L’espoir a-t-il un avenir ? par Monique Atlan et Roger-Pol Droit

Une investigation philosophique de la notion d’espoir pour désamorcer le sentiment décliniste signée Monique Altan et Roger-Pol Droit.

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L’espoir a-t-il un avenir ? par Monique Atlan et Roger-Pol Droit

Publié le 1 mars 2016
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Par Edern de Barros
Un article de Trop Libre

l espoir a t il un avenir roger pol droitL’ouvrage de Monique Atlan et de Roger-Pol Droit est un Ovni dans l’actualité littéraire, au sens premier du terme. Leur objet d’étude, l’espoir, est un « papillon difficile à épingler » parce qu’il est un sentiment si communément partagé qu’il en devient comme trop évident, et par suite difficilement identifiable, nécessitant une mise au clair. Par ailleurs, en abordant le problème politique du pessimisme du point de vue de l’espoir, indépendamment de tout positionnement idéologique, les deux auteurs survolent les essais politiques. Ces derniers foisonnent à proportion que se développe le sentiment décliniste, comme pour remédier au vide de projection en proposant les uns et les autres des projets prétendument galvaniseurs. Il s’agit plus profondément d’une investigation philosophique de la notion d’espoir elle-même pour désamorcer au fondement même le sentiment décliniste, qui surgit d’une crise de notre rapport au temps. De cette manière, ils rétablissent les conditions pour redessiner une ligne d’horizon commune, sans jamais la dessiner effectivement.

L’espoir éclipsé

L’espoir est un phénomène proprement humain, et à ce titre, il est infiniment complexe, mêlant sentiments et raison. Il n’est pas réductible à l’attente passive et crédule en des jours meilleurs. Au contraire, l’espoir se nourrit de la réflexion sur le temps, à la fois sur le passé comme « champ d’expériences » vécues, et sur l’avenir comme « horizon d’attentes ». En ce sens, la notion de progrès joue un rôle déterminant dans la construction de l’espoir comme sentiment. Il est un horizon collectif qui se cultive. Comme l’a bien formulé Étienne Klein, « l’idée de progrès a une anagramme qui la résume en partie : le degré d’espoir ».

Notre période est traversée par une crise de l’espoir, qui provient en partie d’un manque de recul sur celui-ci, menant à deux excès : l’abandon de l’espoir, ou au contraire l’enfermement dans une crédulité naïve. Selon la formule de Bergson, « l’homme ne peut pas exercer sa faculté de penser sans se représenter un avenir incertain, qui éveille sa crainte et son espérance ». Or l’espoir est intimement lié au jugement que nous portons sur l’avenir, comme l’a si bien montré Descartes dans Les passions de l’âme. L’espoir bascule vite dans la crainte, voire même dans le désespoir, lorsque nous nous représentons la probabilité que nos désirs se réalisent comme faible.

Dans cette perspective, l’abandon de l’espoir est un refuge contre la déception des attentes non abouties. François Hartog, dans son livre Régimes d’historicité, présentisme et expériences du temps, montre bien cette éclipse de l’espoir dans des sociétés traversées par l’incertitude, la valorisation de l’instant présent seul à notre portée, conduisant in fine à une apathie politique par manque de projection, ou par la mort de l’idéalisme : en somme, un cercle vicieux de dépolitisation des sociétés. En devenant un tabou, l’espoir est abandonné aux religions, lesquelles offrent un horizon d’attente au-delà du politique. L’enjeu est donc de refonder l’espoir collectif comme sentiment au cœur de la politique, dans la vie d’ici-bas. Car « si l’espoir politique est grippé, l’espoir individuel, lui, résiste en secret ». Telle est l’image de l’éclipse : « ce qui est éclipsé n’est pas anéanti mais seulement voilé »

Une archéologie de l’espoir, contre l’optimisme crédule

L’investigation philosophique menée par Monique Atlan et Roger-Pol Droit est d’abord une investigation historique, du fait même que l’espoir est « un drôle de papillon difficile à épingler ». Il n’est pas possible de le figer conceptuellement, au moyen d’une réflexion abstraite de l’expérience. La tâche consiste à dresser un vaste panorama du rapport des sociétés au temps, pour montrer que toutes n’ont pas cultivé de la même manière l’espoir comme sentiment : qu’apprend-t-on dans le mythe de Pandore sur l’espoir ? Que nous enseigne Platon ? Épicure ? Qu’est-ce que la foi chrétienne offre comme perspective ? Quelle a pu être l’influence des Grandes découvertes sur notre rapport au temps ? En quoi la Révolution française a-t-elle fait basculer radicalement l’espoir dans la sphère politique ? Pourquoi en sommes-nous arrivés à ce degré de nihilisme, à cette méfiance envers l’avenir ?

Cette mise à distance doit permettre de saisir que la perte d’espoir n’est pas une fatalité, mais elle est la conséquence d’un abandon philosophique, et du refuge dans le « présentisme » ou dans son excès inverse, l’optimisme crédule et passif. L’ouvrage se situe dans la continuité des travaux d’Ernst Bloch sur l’Utopie : il s’agit de se rendre d’abord maître de l’espoir pour en faire le socle d’un projet collectif. La force de l’ouvrage consiste à ne rien proposer de concret, mais seulement à préconiser plus de recul sur les ressorts d’un sentiment au fondement même de la politique.


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