Crédit : ce qui vous attend

Jean-Jacques Boujot-Ecureuil roux-(CC BY-SA 2.0)

Que se passe-t-il quand les crédits ne sont plus financés par l’épargne ?

Par Bill Bonner

Jean-Jacques Boujot-Ecureuil roux-(CC BY-SA 2.0)
Jean-Jacques Boujot-Ecureuil roux-(CC BY-SA 2.0)

 

Il n’y a pas eu de politique « normale », de la part des banques centrales, depuis les années Nixon.
La normale, c’est une devise adossée à l’or, non à des théories économiques. Ces 2000 dernières années, ce n’est que brièvement, par épisodes, que le monde a flirté avec une devise fiduciaire, purement « papier ». À chaque fois, l’histoire s’est terminée rapidement… sur des regrets durables.

Sous l’étalon-or, le crédit vient de l’épargne.

Ainsi limités, les taux d’intérêt se tiennent généralement dans le canal des 3%-6%. Ils ne se roulent pas sur le sol du bar, au milieu des flaques de bière, des ivrognes et de la sciure.

Le vrai crédit provient d’argent qui a été épargné, extrait de l’économie de consommation pour pouvoir être utilisé pour les urgences et les investissements. Lorsqu’il est remboursé, généralement grâce à une augmentation de la production, le monde en est plus riche. En revanche, tenter de tromper l’économie avec du crédit factice, de l’argent qui n’a jamais été gagné ni épargné, c’est aller au devant des problèmes.

Selon Jörg Guido Hülsmann, du Mises Institute :

« Dans aucune période de l’histoire humaine la devise papier n’a spontanément émergé sur le marché libre. Dans tous les cas historiques connus, la devise papier est née de ruptures de contrat favorisées par le gouvernement et autres violation du droit à la propriété privée ».

Distribuer plus d’argent donne toujours un coup de pouce temporaire à l’économie. Les gens pensent être plus riches. Ils dépensent ; ils en veulent toujours plus.

Et ensuite ? Ludwig von Mises, de l’école autrichienne, l’a dit :

« Le boom ne peut se poursuivre indéfiniment. Il y a une alternative : soit les banques continuent l’expansion du crédit sans restriction et causent ainsi des augmentations de prix constantes et une orgie de spéculation sans frein — ce qui, comme dans tous les autres cas d’inflation illimitée, se termine par un ‘boom d’effondrement’ et le délitement du système monétaire et du crédit.
Soit les banques s’arrêtent avant que ce point soit atteint, renoncent volontairement à l’expansion du crédit et provoquent ainsi la crise. La dépression suit dans les deux cas ».

Êtes-vous prêt, cher lecteur ?

Pas de limite

Inutile de se presser. Parce que les banques centrales tentent de continuer l’expansion de crédit sans restriction. En d’autres termes, le robinet à sottises n’est pas près d’être fermé. Par deux fois, depuis le début du siècle, les marchés ont mis à l’épreuve la détermination des autorités. « Jusqu’où iront-ils ? » voulait savoir M. le Marché. « Quelle idiotie vont-ils commettre maintenant ? » se demandait-il.

Le président de la BCE, Mario Draghi, s’exprimait pour toutes les banques centrales de la planète lorsqu’il a assuré aux élites financières qu’il n’y aurait « pas de limite » à ce qu’il pourrait faire. Nous avons eu sept années de taux zéro aux États-Unis. Le Japon est à zéro depuis plus de 15 ans. À présent, un tiers de la dette souveraine mondiale offre des rendements nominaux inférieurs à zéro… et c’est avant inflation.

Pour la première fois depuis 2008, les entreprises américaines ont du mal à emprunter de l’argent dans le but d’augmenter les dividendes. Dans les secteurs énergétique, technologique et bancaire, les entreprises se rapprochent des défauts et des faillites.

La semaine dernière, le titre de la major pétrolière BP a perdu 10% suite à l’annonce d’une perte annuelle de 5,2 milliards de dollars. Après avoir lourdement parié sur le secteur de l’énergie, Icahn Enterprises, le support d’investissement du milliardaire Carl Icahn, a atteint son point le plus bas en trois ans… soit une baisse de 68% par rapport à son sommet de 2013.

Les cours des actions de Deutsche Bank, Credit Suisse et UniCredit, toutes de grandes banques européennes, ont été plus ou moins divisés par deux.

Folie monétaire

La Banque du Japon en est désormais à son dixième programme d’assouplissement quantitatif. Ces deux dernières années, elle a ajouté 338% à la masse monétaire du Japon (constituée des réserves bancaires et de la devise physique). Sur la même période, le revenu du ménage moyen a chuté de 7%. À présent, devant l’échec total des taux zéro, le Japon double la mise… avec une politique de taux négatifs. Le gouvernement japonais est désormais payé pour emprunter. Dorénavant, il n’y aura plus besoin d’augmenter les impôts… ni même de les prélever. Dans les faits, les emprunteurs sont désormais taxés pour stocker leur épargne chez le gouvernement.

Parallèlement, nos sources nous informent qu’une propriété des Hamptons s’est vendue pour la somme record de 110 millions de dollars. Ce serait le cinquième achat résidentiel le plus cher de l’histoire américaine. Nous ne pouvons en être certains, mais nous sommes d’avis que sa place dans le livre des records est assurée… du moins pour un moment.

Boom… krach… boom… Rien de tout ça n’est normal, sauf lorsqu’on subit un bon vieil accès de folie monétaire à l’ancienne.

Dans cette « orgie de spéculation », la limite, c’est le ciel… Jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête.

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.