Réduction du chômage : un montage ridicule

chomage-Insomnia Cured Here-Charlie Chaplin(CC BY-SA 2.0)

S’occuper de la demande d’emplois ? Mais il n’y a pas d’offres d’emplois !

Par Jacques Garello

chomage-Insomnia Cured Here-Charlie Chaplin(CC BY-SA 2.0)
chomage-Insomnia Cured Here-Charlie Chaplin(CC BY-SA 2.0)

 

Après l’opération COP 21 dont personne ne se souvient, mais qui a permis d’amortir le choc des régionales, voici maintenant lancé le grand programme d’inversion de la courbe du chômage. Il s’agit, une fois de plus, d’un montage médiatique et assez scandaleux : on fait croire aux Français, et aux chômeurs les premiers, que la solution est dans la formation de 500 000 personnes aujourd’hui sans emploi.

Dans la rubrique de conjoncture de notre lettre 1257 (décembre) nous rappelions que rien n’est plus simple que de mettre fin au chômage massif, et nous avions énuméré les dispositions élémentaires à prendre. En voici le rappel :

1° Stimuler l’activité économique et la croissance en diminuant les charges publiques (impôts et cotisations) et surtout en supprimant la progressivité des prélèvements qui pénalise ceux qui veulent davantage travailler, épargner, entreprendre. Les cotisations sociales (retraites et santé) atteignent un taux dramatiquement haut avec les systèmes de répartition.

2° Libérer le marché du travail en réhabilitant le contrat individuel, au lieu d’imposer salaires et conditions de travail fixés par des négociations collectives ou des réglementations publiques. Le SMIC doit disparaître, comme la durée légale du travail, comme la durée du contrat.

3° Prévoir un filet social pour aider les chômeurs en leur garantissant un revenu minimum familial, limiter dans le temps cette indemnisation, améliorer la formation.

4° Réduire les interventions économiques et sociales de l’État, qui créent des revenus immérités au travers de privilèges et statuts, et redistribuent arbitrairement les revenus tirés de l’activité productive, profits, salaires et intérêts.

Ces mesures doivent être à l’abri de toute manipulation et garantir la stabilité institutionnelle et législative qui permet des anticipations fiables.

Le gouvernement n’a retenu qu’une seule de ces dispositions, à vrai dire mineure : améliorer la formation.

Le prétexte du gouvernement est de se rapprocher du modèle allemand. Il est vrai que l’on évoque très souvent la qualité de la formation et de l’apprentissage en Allemagne. Mais il s’agit de mesures préventives du chômage, destinées à mettre à la disposition des entreprises un capital humain de qualité, capable de s’adapter pour occuper les emplois disponibles.

En revanche, les grandes réformes des quatre lois Hartz (sous le gouvernement Schröeder) ne sont même pas évoquées par le gouvernement. Elles seraient contradictoires avec la tradition « sociale » de la France, car elles conduisent à privilégier les accords d’entreprises au détriment des négociations collectives menées par les syndicats et les instances patronales, à moduler le contrat de travail individuel en fonction de l’intérêt des parties, à supprimer la durée légale du travail (en se tenant en principe en dessous du plafond européen de 48 heures), à libérer les salaires horaires (même si le SMIC a été instauré récemment, mais fort éloigné du salaire médian).

Il n’est qu’à constater le sort qui a été réservé à la réforme du Code du travail tout au long de l’année 2015 pour comprendre qu’on a en France renoncé à donner aux salariés et aux employeurs les éléments de flexibilité dont ils ont besoin pour sceller un accord personnel.

Quant à la création d’emplois, elle est bloquée dans notre pays. Entreprendre, épargner et investir, c’est s’exposer à des charges sociales galopantes, à des impôts sur les bénéfices et sur les revenus, et au coût d’une réglementation pléthorique et incertaine.

Mais l’essentiel, pour calmer l’opinion publique, n’est-il pas de faire croire que l’on a introduit tout d’un coup des changements miraculeux dans l’économie française ? On jouera – et on joue déjà dans certains discours – sur le fait que la formation ne porte ses fruits qu’à terme, et on scrutera avec espoir les chiffres mensuels des demandeurs d’emplois, tandis que le nombre des créations d’emplois sera stationnaire, ou en déclin.

Qu’il existe une insuffisance des « appariements », que des employeurs cherchent en vain du personnel de qualité et de quantité voulues, c’est incontestable (hôtellerie par exemple), mais cela n’explique pas 5 millions de personnes sans emploi durable. Assimiler une fois de plus des gens en formation à des personnes en voie d’être rapidement employées est une manipulation de plus. Sans doute le gouvernement prépare-t-il en sous-main la vraie mesure anti-chômage, conçue par Bernard Tapie ; mettre le chômage hors-la-loi. On y viendra en 2016.

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