1352 – Un médecin contre la tyrannie, de Philippe Favre

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1352 – Un médecin contre la tyrannie, de Philippe Favre

Publié le 8 janvier 2016
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Par Francis Richard.

Philippe Favre 1352 un médecin contre la tyrannieLes renommées, qui importent, résistent à l’épreuve du temps, dit-on. C’est souvent vrai, mais pas toujours ; il faut se méfier des généralisations parce qu’elles souffrent inévitablement d’exceptions qui les remettent en cause, ne serait-ce que partiellement. Le roman historique de Philippe Favre, 1352 – Un médecin contre la tyrannie, en est un exemple par excellence.

Qui se souvient en effet de Guillaume Perronet ? Philippe Favre a choisi de ressusciter ce médecin qui s’est dressé au XIVe siècle contre la tyrannie en Valais. Le mot de tyrannie n’est pas trop fort pour qualifier les exactions commises alors, contre les Valaisans, par l’évêque de Sion, Guichard Tavel, et par le comte de Savoie, Amédée, dit le Comte vert.

Plutôt que de raconter l’histoire de ce roman très documenté et plein de rebondissements, comme peuvent l’être les romans historiques d’Alexandre Dumas père, qu’il faut donc lire en prenant à la fois de l’instruction et du plaisir, il semble que ce soit les leçons à en tirer qui vaillent le retour de près de sept siècles en arrière.

« Un bienfait n’est jamais perdu ».

Ce proverbe s’applique au jeune Guillaume Perronet. Simple pâtre, à quinze ans, en 1331, n’écoutant que son cœur, il sauve un jour de la noyade, au péril de sa propre vie, un jeune chevalier en armure, tombé accidentellement dans le Rhône. Il apprendra qu’il s’agit de Charles, héritier du royaume de Bohême, qui sera plus tard sacré empereur à Rome.

Cet exploit change sa vie. En reconnaissance, il recevra de la part de celui qu’il a sauvé de quoi suivre des études de physicus (médecin) à Bologne. Rentré au pays en 1334, il aura l’occasion d’être reconnu en opérant des guérisons parmi les personnes qui sont au pouvoir dans le pays et qui lui témoigneront de la reconnaissance.

Quand un événement incompréhensible se produit à l’époque, il est tellement facile de trouver un bouc émissaire. Plutôt que de raisonner et de déterminer s’il ne s’agit pas de quelque chose de naturel, la chasse aux sorcières est ouverte. C’est ainsi qu’une guérisseuse est accusée d’avoir changé la couleur de la neige, qui de blanche, par ses sortilèges, serait devenue rouge comme le sang…

De même, à l’époque, aux maladies sont attribuées bien souvent des causes surnaturelles, contre lesquelles il ne peut être remédié que par les prières ou les processions. Devant les ravages des épidémies les hommes se livrent soit à une dernière débauche, soit à des dévotions, en ayant toujours la perspective de l’enfer, tandis que la science accroît peu à peu son domaine, distinct de la croyance.

Car la médecine occidentale n’en est encore qu’à ses débuts. Guillaume s’avère cependant un excellent élève de ses maîtres de Bologne et obtient la guérison de patients en conduisant des raisonnements appropriés, et, quand il se rend compte que son savoir est impuissant, il prend des mesures pour que la maladie ne s’étende pas. Comme le dit Charles, son ami princier, le savoir est un pont jeté entre les hommes…

Aux exactions sur les personnes physiques s’ajoutent les atteintes aux droits de propriété des Valaisans, qui se voient accablés par des impôts et taxes par les tyrans que sont évêque et prince. La prospérité, contrepartie des franchises accordées aux communes, disparaît avec la liberté qui leur est confisquée…

Alors qu’en tant que médecin, rien ne le prédispose à prendre les armes contre les tyrans, par deux fois, Guillaume Perronet se lance dans l’aventure, en entraînant par son charisme, par son honnêteté, par sa détermination et par sa vaillance, les Valaisans derrière lui. Si un moment le médecin cède le pas au guerrier, c’est tout de même le médecin qui reprend le dessus à la fin.

Un résumé de l’histoire de Guillaume Perronet est donc peut-être ce médaillon qui lui a été remis un jour par un vieil hospitalier : à l’avers le symbole de l’Ordre du Temple avec sa devise Memento finis, (Pense à ta fin), et au revers la marque des hospitaliers de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem avec sa devise T*F*O*P, pour Tuito Fidei et Obsequium Pauperum, (Défense de la foi et assistance aux pauvres).

Bref, Guillaume est un résistant, qui lutte contre la tyrannie et contre la maladie…

Le roman historique de Philippe Favre n’est pas pour autant le seul récit de ses exploits d’homme de guerre et d’hospitalier, il est aussi aussi le récit de bien d’autres choses et notamment celui d’un homme, comme les autres, en proie à des émotions physiques et sentimentales, capable même de pleurer par moments, se souvenant alors de ce que lui disait Hélécha :

« Lorsque l’on pleure, c’est toujours sur soi-même ; parfois les histoires des autres sont comme un miroir qui déclenche nos émotions, mais nos larmes nous les versons toujours sur nous, jamais vraiment sur autrui. »

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