Auteurs indépendants, serions-nous enfin reconnus ?

writer credits Joan M Mas via Flickr ( (CC BY-NC 2.0)

Indépendants : Auteur à part entière ou auteur du dimanche ?

Par Céline Barré.

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writer credits Joan M Mas via Flickr ( (CC BY-NC 2.0)

Dans un article paru le 21 septembre dernier dans BFM TV, un journaliste parle des auteurs indépendants. La communauté des indés s’en réjouit : décrocher un entrefilet dans un quotidien local est loin d’être chose aisée, alors un article, imaginez notre liesse…

Auteur à part entière ou auteur du dimanche ?

Là où certains d’entre nous tiquent un peu, et oui, nous devenons exigeants, c’est sur l’emploi du terme « écrivains du dimanche ». En français, si je ne m’abuse, on emploie cette charmante expression afin de décrire un artiste en herbe, une personne qui exerce un passe-temps ou passe son temps comme elle le peut. De la même manière que certains sont férus de jardinage ou s’entêtent à faire du scrapbooking, du crochet ou du tricot en pensant aux frimas qui nous guettent, voire à pousser le vice jusqu’à courir les vide-greniers afin de décrocher le Graal : une boîte à camembert inédite, par exemple, comblera les plus exigeants. D’autres écrivent, se documentent, passent leurs soirées, leurs vacances, leurs dimanches mais également leurs samedis à fignoler des romans ou tout autre récit.

Les auteurs édités ont un emploi du temps tiré au cordeau !

Nous n’ignorons pas que nombre d’auteurs édités par les plus grandes maisons se lèvent à cinq heures du matin et s’astreignent à un régime alimentaire qui frise le sadisme : entre petits fours et canapés leurs papilles sont déboussolées. Que ces derniers aient l’inspiration ou pas, ils écrivent de telle à telle heure, en général au petit matin ou bien très tard dans la nuit, sitôt revenus du vernissage de leur ami peintre (pas du dimanche), de la mondanité incontournable qui a rassemblé le monde germanopratin ou de tout autre endroit où il fait bon être vu en bonne compagnie, de préférence sous l’objectif d’un ami reporter tout terrain, un gars au courage extraordinaire qui, plutôt que de risquer sa peau en Syrie, a choisi de laisser des plumes dans les soirées où la Veuve Cliquot coule à flots.

Les indés vendent leurs opus, ça dérange quelqu’un ?

Le même article cite quelques noms et surtout des chiffres qui donneraient le tournis à un cascadeur hors pair. Telle auteure a vendu tant d’exemplaires de son roman, telle autre en a vendu encore plus, imaginez donc, tout cela en écrivant le dimanche, ça laisse songeur… Ce que notre journaliste du dimanche, c’est-à-dire un journaleux, omet de nous livrer ce sont les chiffres, les vrais. Un écrivain français, à moins qu’il n’ait fait un malheur avec un de ses bouquins est contraint d’exercer une autre profession. Il aura l’immense fierté et honneur de pouvoir clamer haut et fort que son dernier roman est disponible en librairie, et, ainsi impressionner la galerie de ses courtisans. Toutefois, il n’en reste pas moins qu’une fois rentré chez lui il s’installera devant l’écran de son ordinateur, le dimanche, comme les autres.

L’auto-édition séduit les écrivains, les vrais !

Si l’on poursuit ce raisonnement à la petite semaine, on a alors du mal à saisir ce qui pousse des auteurs ayant été édités à se tourner vers l’auto-édition. En effet, seraient-ils las que l’on relise et corrige coquilles et autres bévues ? En auraient-ils ras le casque qu’un éditeur s’occupe de la couverture de leur roman ? Après tout, n’y a-t-il pas plus merveilleux passe-temps que celui qui consiste à passer des journées à fabriquer sa couverture de ses blanches mains ? À s’en émerveiller puis, tout compte fait, à tout recommencer parce que là, non, c’est vraiment trop moche !

Si, aujourd’hui, quelques écrivains lâchent leur éditeur et s’auto-publient c’est avant tout par dépit. Les éditeurs se sucrent royalement sur leur dos, leur font signer des contrats qui sont tellement bien ficelés qu’il faut parfois motiver et rétribuer une tribu d’avocats (et pas d’avocaillons) afin de récupérer ses droits. Un auteur qui démarre – uniquement grâce à son talent puisque nous savons qu’un bon carnet d’adresses ne sert à rien dans notre pays – vend entre cinq et huit cents exemplaires en moyenne d’un roman sur lequel il gagnera 8% après avoir âprement négocié.

Un indé qui publie sur Amazon ne bénéficie d’aucune promotion, fait tout, et quand il parvient à vendre son roman, est rétribué d’une manière que j’ai détaillée dans un article du 3 septembre dernier. Je vous laisse donc juge dans cette affaire et vous invite à faire un tour sur les plates-formes de vente d’ebooks. Allez savoir, vous y découvrirez peut-être une pépite. À toutes fins utiles, j’ajoute à l’intention des férus du papier que la plupart des indés proposent également leur roman en version brochée.