Auteurs indépendants, serions-nous enfin reconnus ?

Indépendants : Auteur à part entière ou auteur du dimanche ?

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Auteurs indépendants, serions-nous enfin reconnus ?

Publié le 25 septembre 2015
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Par Céline Barré.

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writer credits Joan M Mas via Flickr ( (CC BY-NC 2.0)

Dans un article paru le 21 septembre dernier dans BFM TV, un journaliste parle des auteurs indépendants. La communauté des indés s’en réjouit : décrocher un entrefilet dans un quotidien local est loin d’être chose aisée, alors un article, imaginez notre liesse…

Auteur à part entière ou auteur du dimanche ?

Là où certains d’entre nous tiquent un peu, et oui, nous devenons exigeants, c’est sur l’emploi du terme « écrivains du dimanche ». En français, si je ne m’abuse, on emploie cette charmante expression afin de décrire un artiste en herbe, une personne qui exerce un passe-temps ou passe son temps comme elle le peut. De la même manière que certains sont férus de jardinage ou s’entêtent à faire du scrapbooking, du crochet ou du tricot en pensant aux frimas qui nous guettent, voire à pousser le vice jusqu’à courir les vide-greniers afin de décrocher le Graal : une boîte à camembert inédite, par exemple, comblera les plus exigeants. D’autres écrivent, se documentent, passent leurs soirées, leurs vacances, leurs dimanches mais également leurs samedis à fignoler des romans ou tout autre récit.

Les auteurs édités ont un emploi du temps tiré au cordeau !

Nous n’ignorons pas que nombre d’auteurs édités par les plus grandes maisons se lèvent à cinq heures du matin et s’astreignent à un régime alimentaire qui frise le sadisme : entre petits fours et canapés leurs papilles sont déboussolées. Que ces derniers aient l’inspiration ou pas, ils écrivent de telle à telle heure, en général au petit matin ou bien très tard dans la nuit, sitôt revenus du vernissage de leur ami peintre (pas du dimanche), de la mondanité incontournable qui a rassemblé le monde germanopratin ou de tout autre endroit où il fait bon être vu en bonne compagnie, de préférence sous l’objectif d’un ami reporter tout terrain, un gars au courage extraordinaire qui, plutôt que de risquer sa peau en Syrie, a choisi de laisser des plumes dans les soirées où la Veuve Cliquot coule à flots.

Les indés vendent leurs opus, ça dérange quelqu’un ?

Le même article cite quelques noms et surtout des chiffres qui donneraient le tournis à un cascadeur hors pair. Telle auteure a vendu tant d’exemplaires de son roman, telle autre en a vendu encore plus, imaginez donc, tout cela en écrivant le dimanche, ça laisse songeur… Ce que notre journaliste du dimanche, c’est-à-dire un journaleux, omet de nous livrer ce sont les chiffres, les vrais. Un écrivain français, à moins qu’il n’ait fait un malheur avec un de ses bouquins est contraint d’exercer une autre profession. Il aura l’immense fierté et honneur de pouvoir clamer haut et fort que son dernier roman est disponible en librairie, et, ainsi impressionner la galerie de ses courtisans. Toutefois, il n’en reste pas moins qu’une fois rentré chez lui il s’installera devant l’écran de son ordinateur, le dimanche, comme les autres.

L’auto-édition séduit les écrivains, les vrais !

Si l’on poursuit ce raisonnement à la petite semaine, on a alors du mal à saisir ce qui pousse des auteurs ayant été édités à se tourner vers l’auto-édition. En effet, seraient-ils las que l’on relise et corrige coquilles et autres bévues ? En auraient-ils ras le casque qu’un éditeur s’occupe de la couverture de leur roman ? Après tout, n’y a-t-il pas plus merveilleux passe-temps que celui qui consiste à passer des journées à fabriquer sa couverture de ses blanches mains ? À s’en émerveiller puis, tout compte fait, à tout recommencer parce que là, non, c’est vraiment trop moche !

Si, aujourd’hui, quelques écrivains lâchent leur éditeur et s’auto-publient c’est avant tout par dépit. Les éditeurs se sucrent royalement sur leur dos, leur font signer des contrats qui sont tellement bien ficelés qu’il faut parfois motiver et rétribuer une tribu d’avocats (et pas d’avocaillons) afin de récupérer ses droits. Un auteur qui démarre – uniquement grâce à son talent puisque nous savons qu’un bon carnet d’adresses ne sert à rien dans notre pays – vend entre cinq et huit cents exemplaires en moyenne d’un roman sur lequel il gagnera 8% après avoir âprement négocié.

Un indé qui publie sur Amazon ne bénéficie d’aucune promotion, fait tout, et quand il parvient à vendre son roman, est rétribué d’une manière que j’ai détaillée dans un article du 3 septembre dernier. Je vous laisse donc juge dans cette affaire et vous invite à faire un tour sur les plates-formes de vente d’ebooks. Allez savoir, vous y découvrirez peut-être une pépite. À toutes fins utiles, j’ajoute à l’intention des férus du papier que la plupart des indés proposent également leur roman en version brochée.

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  • En fait, l’appellation « écrivain du dimanche » serait plutôt une protection : au moins le fisc aura du mal à prétendre qu’il s’agit de l’activité principale et qu’elle doit être imposée à 47% et chargée à 46%. Allons, les lecteurs ne devraient pas s’y laisser prendre, et nous pourrons toujours leur dire qu’un écrivain du dimanche est à un écrivain normal ce que les habits du dimanche sont aux habits normaux…

    • MichelO, beaucoup de lecteurs demeurent rétifs à la lecture en numérique, je le déplore même si j’ai moi-même un réel attachement pour les livres brochés. Il est important également que la moutonnerie ambiante cesse et que les lecteurs fassent montre de davantage de curiosité et d’ouverture d’esprit. Ce n’est qu’en devenant une « indé » que j’ai rencontré de multiples talents, je ne soupçonnais pas moi-même qu’un tel vivier existait. Qu’on se le dise, le renouveau de la littérature française existe, au lecteur de faire montre de curiosité et de faire SON choix sans demander l’avis d’un libraire, comme un grand, quoi. Aller sur Amazon c’est également un moyen de lire les dix 1ers % d’un roman, un peu comme lorsque l’on feuillette un ouvrage en librairie. Je ne suis pas favorable aux fermetures de librairies, entendons-nous bien, ce sont les éditeurs qui sont dans mon collimateur. Les libraires (enfin certains) font un travail remarquable et sont de vrais passionnés.

  • Belle plume ! ( on devrait dire beau clavier, peut-être, aujourd’hui ! )

  • Yeah! Je partage ta colère et j’ai adoré ta prose enragée et drôle ^-^
    Un jour nous aurons les editeurs free lance et tous les maillons de la chaîne de l’édition en prestataires et les grandes maisons arrogantes auront du mouron à se faire! Longue vie aux indies!

  • Allez sur les plates-formes d’E-books, je plussoie.

    Article 7 de la loi Lang « Toute publicité annonçant des prix inférieurs au prix de vente au public est interdite hors des lieux de vente ».

  • Il serait temps que les auteurs dit « écrivains du dimanche » soit reconnus par les médias et que les lecteurs soient un peu plus curieux en allant rechercher l’auteur inconnu qui lui apportera peut être plus de rêve qu’un auteur à bestseller qui est poussé par l’éditeur et son marketing de vente.
    Il y a encore du boulot avant que les mentalités changent…

    • Jeanine, j’y travaille. En lisant mon article et en postant votre commentaire vous me prouvez que le message passe, les mentalités changent. Un bel article est sorti aujourd’hui même dans Rue 89. Les indés sont contents.

      • Je n’ai pas réussi à m’inscrire pour commenter votre article sur Rue89, alors je vous réponds ici.
        Ce qui suit est un exemple et je parle pour mon expérience que je veux partager avec les auteurs qui débutent.
        Penser numérique, c’est bien, mais cela n’ouvre pas les portes à tous les lecteurs. On oublie trop souvent que nos aînés ou les gens de ma génération ont besoin de la relation sur papier.
        L’auteur a lui aussi besoin de cette relation et qu’il soit écrivain du dimanche où très connu, c’est le seul moyen actuel pour vraiment donner vie à « son œuvre littéraire ». Un vrai livre, quel bonheur de le toucher, le respirer… Avoir Son livre imprimé, combien d’auteurs en rêvent…
        C’est pour cette raison que beaucoup d’auteurs se tournent vers des maisons d’éditions alternatives où ils trouvent un service d’édition et d’impression plus ou moins gratuit. Je ne peux pas dire complètement gratuit car les corrections sont payantes, ainsi que la couverture du livre s’il veut la personnaliser, quand à la diffusion, je n’en parle même pas puisqu’elle est complètement inexistante….
        Cela fait 10 ans que je publie des recueils de poèmes, d’abord en autoédition, puis pour être reconnue en tant qu’auteure à part entière auprès des libraires très frileux de « compte d’auteur », je me suis tournée vers une de ces maisons qui assurent au moins la visibilité et l’existence de mes livres. Cela s’arrête là, puisque c’est moi qui en fais toute la promotion. La poésie n’est pas un domaine qui attire les éditeurs, bien que pas mal de maison en publient, mais ils préfèrent très souvent pousser un jeune auteur qui propose un premier ouvrage et qui peut être dirigé vers leur ligne éditoriale. Il en est d’ailleurs de même pour tous les genres de littératures.
        Je n’ai donc même pas cherché à proposer un manuscrit à un éditeur, ayant à 64 ans, et avec bientôt dix recueils publiés, pratiquement aucune chance d’être retenue.
        Pourtant, j’existe, à petite échelle, mais j’existe par mon site Internet qui accueille environ 200 visiteurs par jour, par les sites de poésie où je diffuse mes écrits et où je suis au moins lue, par les concours où j’ai été très souvent plébiscitée.
        Même si mes livres sont présents sur toutes les plateformes du Web où l’on vend des livres neufs, ils se vendent très peu par ce biais. Je n’ai donc qu’une alternative afin de continuer l’aventure, c’est de proposer autre chose, autrement pour donner aux lecteurs où à ceux qui m’écoutent, cette part de rêve, d’espoir et de fraternité que la poésie génère.
        Souvent, je me suis dit : Arrête, ça ne sert à rien, tu dépenses plus d’argent que tu n’en rentres, mais non, je ne suis pas de celles qui baissent les bras et je ne lâcherai jamais, même si je reste dans l’ombre, qu’importe, j’aurai apporté au monde ma petite part de lumière. Après avoir participé à de nombreux salons du livre et lassée de ne récolter que des miettes, je me tourne maintenant vers la puissance du « Dire » avec la lecture à voix haute et les dédicaces qui suivent forcément. C’est vraiment là que mes textes prennent toute leur ampleur poétique et tout ce que la poésie doit engendrer dans l’imaginaire de mon auditoire en ligne ou sur une scène. C’est aussi comme ça que j’existe vraiment par le partage et la relation avec l’autre. Je continue ainsi mon petit bonhomme de chemin et je voudrais dire à toutes et tous ceux qui se lancent dans la démarche d’écrire et de publier leur livre, qu’il faut beaucoup d’énergie et de courage car le système actuel de l’édition ne permet pas à tous d’exister à part entière.
        Je pense aussi que les médias ne cherchent pas assez ces perles rares qui passent complètement inaperçues et qui mériteraient d’entrer dans la grande cour des auteurs listés chez Decitre ou autres référentiels d’auteurs, car beaucoup de ces perles y ont leur place.
        Merci à vous pour m’avoir lue
        Jeannine B

  • Il faut aussi des comités de lecture du dimanche, et des prix littéraires du dimanche.
    Cela permettra un tri entre le bon et le moins bon, bénéfique au lecteur du dimanche…

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