« Anti-Piketty » : qui sont les riches ?

Contrairement à l’idée reçue passéiste de Thomas Piketty, les riches ne sont pas des rentiers, mais des entrepreneurs.

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« Anti-Piketty » : qui sont les riches ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 septembre 2015
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Par Mathieu Bédard

 

antipiketty_Le livre de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, a créé un raz-de-marée médiatique lors de sa publication en traduction anglaise il y a deux ans. Les partisans de la redistribution de la richesse, toujours en quête d’un idéal intellectuel et théorique depuis la chute du communisme, ont accueilli ce livre à bras ouverts.

Piketty y émet la thèse que le capital se reproduit, et que les riches s’enrichissent toujours plus rapidement que le reste de la société. Malgré certaines critiques sérieuses, mais isolées et peu relayées dans les médias, le livre avait joui jusqu’ici d’une certaine réputation de rigueur intellectuelle. Un ouvrage vient aujourd’hui jeter un pavé dans la mare.

Ce livre collectif, Anti-Piketty : Vive le Capital au XXIe siècle !, publié aux éditions Libréchange sous la coordination d’Emmanuel Martin, vient démolir cette réputation en remettant en cause toutes les étapes du raisonnement de Piketty. Plus de 21 universitaires et spécialistes des questions économiques, dont l’économiste nobélisable Daron Acemoğlu et le très influent président émérite du National Bureau of Economic Research des États-Unis, Martin Feldstein, contribuent à cet ouvrage.

Dans un premier billet à propos de ce livre, je voudrais revenir sur la vision complètement tronquée qu’a Piketty de nos «riches». Il présente les plus fortunés comme des rentiers, une classe oisive qui ne fait qu’accumuler le capital sans efforts particuliers, comme si l’économie était sur pilotage automatique. L’Anti-Piketty note comment cette vision diverge avec la réalité où les «riches» sont un groupe en constante évolution.

Si l’on regarde la première édition du classement des milliardaires établi par la revue Forbes en 1987, on s’aperçoit qu’on ne reconnaît aujourd’hui presque aucun nom dans la liste. L’une des raisons est évidemment que conserver son capital est, contrairement à la vision simpliste de Piketty, extrêmement difficile.

Par exemple, le Japonais Yoshiaki Tsutsumi, qui y a tenu la première place, a disparu du classement en 2006, et sa fortune a continué de fondre comme neige au soleil depuis. La fortune de la deuxième place du même classement, un autre Japonais, a quant à elle été dilapidée par ses héritiers et ne représente aujourd’hui que 20% de sa valeur d’alors. On est bien loin du capital qui se reproduit par lui-même sans effort, comme Piketty le prétend.

La deuxième façon dont la vision de Piketty détonne avec la réalité, c’est que les riches ne sont pas oisifs. 67% des milliardaires du classement 2014 sont eux-mêmes entrepreneurs, et leur richesse provient de la création d’entreprises. Lorsqu’on inclut la première génération d’héritiers à ce calcul, l’Anti-Piketty nous apprend que 90% des milliardaires américains du classement Forbes avaient des grands-parents pauvres ou peu fortunés.

En effet, les nouveaux entrants au classement des grandes fortunes sont des personnes qui créent des entreprises, des emplois, et de la richesse pour toute la société. Ce sont par exemple Elon Musk, fondateur de Tesla, ou Peter Thiel, fondateur de PayPal, qui ont construit leur fortune par une prise de risque et des innovations utiles à tous et chacun.

L’histoire de l’une de ces milliardaires est particulièrement parlante. C’est Elizabeth Holmes, créatrice de Theranos, la société qui a révolutionné le marché des tests médicaux en les rendant beaucoup plus abordables, et en permettant d’en obtenir les résultats en quelques heures. Elle a abandonné ses études à un très jeune âge, déposé plusieurs brevets, travaillé en secret pendant 10 ans avant que ses innovations portent leurs fruits.

Quand on utilise des visages et de véritables expériences humaines comme contre-arguments à la thèse de Piketty, cette dernière devient très difficilement soutenable. Il est impossible de voir la fortune d’Elizabeth Holmes autrement que par le résultat d’un entrepreneuriat acharné et d’une prise personnelle de risque immense. Et les retombées de cette aventure vont au-delà de Madame Holmes elle-même, puisque les Américains des régions où son entreprise est présente paient aujourd’hui leurs tests médicaux beaucoup moins chers.

Le livre Anti-Piketty tombe à point, dans un débat qui est trop souvent tenu dans des termes abstraits. Lorsqu’on s’intéresse aux véritables fortunes, aux gens et histoires derrière celles-ci, on trouve des faits complètement différents que le déshumanisant «1%» répété à tue-tête par les passionnés de l’inégalité.

La vision des riches ne représente qu’une seule des nombreuses erreurs de Piketty. Mon prochain billet à propos de l’Anti-Piketty s’intéressera à ses données, censés être le point fort de son livre. On verra que les universitaires et économistes qui les ont passées en revue ont trouvé plusieurs problèmes importants.

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