El Khomri au ministère du Travail ou la stratégie de la tortue

Myriam El Khomri credits Parti Socialiste via Flickr ( (CC BY-NC-ND 2.0)

Deux questions se posent après la nomination de Myriam El Khomri au ministère du Travail.

Par Frédéric Mas.

Myriam El Khomri credits Parti Socialiste via Flickr ( (CC BY-NC-ND 2.0)
Myriam El Khomri credits Parti Socialiste via Flickr ( (CC BY-NC-ND 2.0)

Le remplaçant de François Rebsamen à la tête du ministère du Travail est une remplaçante inconnue du grand public, tout comme de Manuel Valls semble-t-il, Madame Myriam El Khomri. Jusqu’à présent secrétaire d’État à la politique de la ville, cette juriste de formation s’est surtout illustrée par son militantisme au sein du Parti socialiste, depuis l’équipe de Bertrand Delanoë jusqu’à devenir l’une des porte-paroles d’Anne Hidalgo pendant sa campagne pour gagner la ville de Paris.

Sans juger des compétences et des qualités de ce ministre fraîchement nommé, notons tout de même que cette nomination laisse songeur au moins à deux titres.

Premièrement, le ministère du Travail est offert sur un plateau à une presque néophyte en économie alors que le chômage bat des records dans le pays. Alors que François Rebsamen semble se retirer sur la pointe des pieds au plus fort de la tempête, on a l’impression que Valls met le moussaillon à la barre afin d’éviter le naufrage. De là à imaginer qu’elle puisse servir de fusible en cas d’incapacité à améliorer la situation en matière d’emplois, il n’y a qu’un pas.

Deuxièmement, cette nomination nous dit beaucoup sur la manière dont le Parti socialiste sélectionne ses élites aujourd’hui : les canaux semblent s’être désormais principalement rétrécis à deux voies royales, deux groupes sociologiquement différents. Le premier est celui des anciens énarques, le second des anciens collaborateurs d’élus devenus eux-mêmes élus. Cela ne favorise pas vraiment l’originalité en termes de réflexion, de prise de risque, ou encore d’innovation. Madame la ministre appartiendrait plutôt à la seconde catégorie, ce qui laisse présager une grande continuité dans l’immobilisme de son prédécesseur.

Ainsi, en temps de crise, le Parti socialiste semble adopter la stratégie de la tortue : celle-ci, adoptée par les légionnaires romains sous l’Antiquité, consistait essentiellement à se regrouper et se retrancher derrière leurs boucliers pour surtout ne rien laisser passer du monde extérieur. Espérons que la nouvelle venue au ministère dissipe le malaise grandissant entre personnel politique et société civile…