Une rose et un balai, de Michel Simonet

Découvrez l’étonnant livre d’un balayeur lettré.

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Une rose et un balai, de Michel Simonet

Publié le 27 août 2015
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Par Francis Richard.

Michel Simonet une rose et un balaiCe proverbe figure dans Le livre des proverbes français d’Antoine Leroux de Lincy (Adolphe Delahays, Paris,1859) : « Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens. »

Après avoir lu le livre de Michel Simonet, Une rose et un balai, il convient de dire que le métier qu’il exerce, balayeur de rue à Fribourg, n’est pas sot et qu’il ne l’est pas non plus : « Un travail solitaire, mais pas isolé, où il faut bien s’entendre avec soi-même, qui autorise la méditation, pourquoi pas le rêve, à ne pas confondre avec la distraction ou l’étourderie. »

Michel Simonet fait ce métier depuis vingt-neuf ans : « Il devrait me rester une dizaine d’années à tirer… disons plutôt à pousser mon char ou promener mon vorace aspirateur. Il est heureusement bien trop tôt pour songer à la quille ou à l’otium. »

Michel Simonet a choisi ce métier par vocation : il a suivi « une logique de timide, de petit bras à qui un balai convient » ; et par spiritualité : « chrétien à l’air libre », il a eu la confirmation d’avoir fait le bon choix « par la sérénité et l’équilibre qu’il [lui] procure, avec le sentiment de marcher à la suite du Christ, certes chaussé de souliers à coque renforcée, au lieu de sandales ».

Ce qui le distingue des autres balayeurs, auxquels il s’est parfaitement adapté et qui l’ont adopté, c’est d’accomplir son métier « la fleur au balai ». Depuis quasiment le tout début il a mis une rose à trôner sur son char à déchets : « Elle est la promotion de ce dernier qui devient son vase et son réceptacle véhiculaire, la cerise sur le gâteau brunâtre, le petit plus sur le détritus, la richesse d’un pauvre job et la fleur sur son fumier. »

Ce « docteur honoris rosa » est un fin lettré. Au temps où les consignes de bouteilles en plastique ou en verre existaient, leur récupération lui permettait de se constituer un pécule d’une bonne centaine de francs par mois, grâce auquel il s’est constitué « une bonne bibliothèque diversifiée et faite des ouvrages de cette belle mais coûteuse collection qu’est la Pléiade, à raison d’un livre par mois, preuve qu’on peut se recycler dans la littérature… »

Poète, il s’inspire par exemple de Joachim du Bellay et devient Joachim du Balai :

Heureux qui, balayeur, fait d’utiles voyages

De trottoir en trottoir et rose pour Toison,

Et qui a peu besoin de monter en avion

Pour saisir au global le monde et son usage.

[…]

 

Il s’inspire de François Villon et devient François Gravillon :

Ô vous, frères humains qui sur trottoirs tombez,

N’ayez comme la glace vos cœurs endurcis

Contre nous cantonniers qui, effectifs réduits,

Usinons du racloir et de jour et de nuit

Pour extraire, épuisés, aux filons infinis

L’or blanc à ciel ouvert des mines refroidies ;

[…]

Il s’inspire de Paul Verlaine et reste anonyme :

Et je m’en vais

À mon balai

Que j’emporte

Au vent mauvais,

De çà, de là,

Amassant

La feuille morte.

S’il s’inspire des poètes passés, Michel Simonet ne verse pas « dans le nostalgique inconditionnel du « c’était mieux avant » ou dans le spleen du dernier des dinosaures » : « Les traditions peuvent devenir obstacles quand elles survivent à la nécessité, mais si nous sommes toujours à l’école de la vie dans tous ses aspects, nous ne serons jamais de la vieille école. »

Cet adepte de la voie médiane, celle qui se situe entre tradition et modernité, ce « balayeur et fier de lettres », confie en fin d’ouvrage :

« Un balayeur qui écrit n’est pas un écrivain qui balaie : j’ai voulu m’entretenir avec vous des travaux communs et diversifiés au milieu d’une rue, en parcourant cette belle et longue histoire en courte géographie fidèlement accompagné de

Mon char

Ringard

Trône de ma rose,

Collègue de symbiose

Soeur de couleur et d’osmose,

D’entrain jusqu’à l’arthrose.« 

Quand il s’adonne à la prose, qui constitue la plus grande part de son livre, Michel Simonet, qui, « à force de ramasser du papier », a « maintenant envie d’écrire dessus et d’avoir de temps en temps une plume en main au lieu d’un balai » qualifie son style de « plutôt abrupt, parfois rugueux de trottoir, clinique, cleanique ». Ceci étant expliqué par cela…

Ajoutons que son livre est roboratif et plein d’humour (« Le comble du cantonnier : lui demander ses papiers. ») et qu’il ne laisse pas d’étonner ; Michel Simonet est en effet, par exemple, « ouvrier et père de famille nombreuse » (sept enfants), ce qui « n’est pas forcément un long fleuve tranquille et demande dynamisme et suite dans les idées ». Selon lui, les pères sont les aventuriers des temps modernes :

« Une aventure qui en vaut la peine. Car la famille donne encore plus de sens à un travail, unit plaisir et nécessité, contrainte limitante et horizon, fait viser loin autant que haut, n’a pas son pareil pour nous recycler de l’intérieur et donne d’autres buts que la course constante au bien-être insatiable. »

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