Le chant du canari, d’Anne-Frédérique Rochat

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Le chant du canari, d’Anne-Frédérique Rochat

Publié le 12 août 2015
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Par Francis Richard.

Le chant du canari Anne-Frédérique Rochat« Le mariage est l’art difficile, pour deux personnes, de vivre ensemble aussi heureuses qu’elles auraient vécu seules, chacune de leur côté. » disait en substance Georges Feydeau.

Les auteurs de comédies, tels que Georges Feydeau, à la faveur de bons mots, qu’ils lancent avec légèreté, et qui claquent comme des répliques, parviennent souvent ainsi à énoncer des vérités plus profondes qu’il n’y paraît de prime abord.

Aujourd’hui, le mariage n’étant plus aussi attractif que par le passé, même pour ceux qui le revendiquent comme un droit, il faut donc, bien sûr, remplacer, dans la sentence du vaudevilliste, le mariage par la vie de couple.

Nombreux sont toujours, cependant, ceux qui, de nos jours, recherchent âprement cette difficulté sans imaginer qu’il puisse en être autrement. Il en est ainsi de Violaine et d’Anatole, dans Le chant du canari, d’Anne-Frédérique Rochat.

Au moment où cette dernière se penche sur leur couple, celui-ci a quelques années au compteur et ses ardeurs se sont passablement émoussées. Et le différend qui les oppose – progéniture or not progéniture -, n’arrange rien à leurs relations quelque peu tendues par moments.

Elle, elle aimerait bien avoir un petit : « le sentir grandir à l’intérieur de son ventre, puis dans ses bras, tout contre son sein, le voir s’endormir, débordant de plaisir, repu et tranquille à la fois ». Lui, il n’aimerait pas du tout : « Il trouvait les mômes désespérément criards et incontinents. »

Aussi le « cher et tendre » offre-t-il à son aquatique « dulcinée » (elle aime se délasser en prenant des bains) un poisson rouge, en guise de piètre lot de consolation, même s’ils savent, l’un comme l’autre, ce qu’animal veut dire, sous toutes ses formes. Elle travaille en effet au Musée d’Histoire Naturelle et lui dans une animalerie.

Car les poissons rouges ont beau être gentils, comme dirait Michel Houellebecq (qui crée cet adage pour les chiens dans Configuration du dernier rivage), un poisson rouge reste un poisson rouge, aux expressions et aux marques d’affection tout de même limitées. Et le poisson passe rapidement de vie à trépas, avec l’aide de sa maîtresse…

Tout couple, c’est bien connu, se dispute pour d’autant mieux se réconcilier que l’affrontement a été vif entre les deux parties. Et le couple Violaine-Anatole n’échappe pas à ces va-et-vient de sentiments contraires, qui peuvent aller jusqu’à des rapports d’amour-haine.

Anatole n’est-il pas prévenant quand il offre à Violaine un serin des Canaries pour remplacer le défunt poisson rouge ? Ou quand il lui offre pour son anniversaire une copie de La ville entière de Max Ernst, dont elle aurait aimé posséder l’original après l’avoir vu dans une exposition ?

Seulement, en dépit du talent du copiste, la copie qu’il a exécutée du célèbre tableau ne fait pas à Violaine le même effet qu’aurait eu sur elle l’original si elle avait pu « le regarder à toute heure, à chaque instant, pour se remettre à jour quotidiennement et, par la même occasion, se sentir moins seule ».

Violaine est, de plus, perturbée par le comportement d’Anatole, troublant à ses yeux, sans que l’on puisse discerner quelle est la part imaginée par elle et la part de réel dans ce comportement.

Alors elle s’accroche, comme à une bouée, au chant merveilleux du canari, « si léger, si gai, qui pouvait vous faire croire, pendant un instant, que l’existence est un petit lac de montagne, une forêt de pins, un champ de coquelicots ».

Autant dire que le couple se trouve dans une situation précaire et que s’installe un malaise grandissant entre Violaine et Anatole, que l’auteur ne cherche pas à dissiper et qui n’épargne pas le lecteur.

À ce malaise n’est, semble-t-il, pas étranger le fait que Violaine n’ait pas connu grand-chose aux hommes avant de connaître le sien et qu’elle soit en conséquence restée très dépendante de lui, comme une enfant de son père.

La tension monte donc crescendo, jusqu’à l’épilogue, sous la plume d’Anne-Frédérique Rochat, qui sait fort bien utiliser la forme romanesque pour exprimer les dits, les non-dits et les pensées de ses personnages.

Et le lecteur dans tout ça ? L’épilogue lui apporte-t-il vraiment réconfort, ou bien un lot d’incertitudes ?

 

  • Anne-Frédérique Rochat, Le chant du canari, Éditions Luce Wilquin (sortie en librairie le 21 août 2015), 176 pages.

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Créer un compte Tous les commentaires (1)
  • Daniel chaudron
    13 août 2015 at 1 h 51 min

    Violaine et d’Anatole: femme/homme.
    La couverture du livre montre 2 femmes (un homme met rarement des petites soquettes blanches et un caleçon mi-mollet blanc.
    Ou alors, je ne suis pas à la page?

  • Les commentaires sont fermés.

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