Hiroshima et Nagasaki : il y a 70 ans

Replica of the original "Fat Man" bomb, Domaine public

Retour sur l’événement qui a marqué la fin de la seconde guerre mondiale dans le Pacifique.

Par Jacques Henry.

Harold Agnew on Tinian in 1945, carrying the plutonium core of the Nagasaki Fat Man bomb, Domaine public

Il y a 70 ans presque jour pour jour Harold Agnew sortait en souriant d’un baraquement du projet Manhattan à Los Alamos avec une petite valise spéciale contenant le cœur de plutonium de la bombe « Fatman » qui allait être larguée le 9 août 1945 sur la ville de Nagasaki provoquant la mort instantanée d’environ 80 000 personnes. Triste spectacle que de voir cet homme souriant, un simple ingénieur et employé de haut rang de l’armée américaine, alors qu’il savait que ce joujou allait être utilisé contre le Japon pour détruire une ville, tuer des civils et mettre fin à la guerre tout en assurant par la suite l’emprise hégémonique des USA sur le Japon et quelques autres pays de la région qui perdurera jusqu’à nos jours. La charge de plutonium d’environ 7 kilos – la taille d’une balle de tennis – conduisit à la fission effective de moins d’un kilo en raison de la configuration loin d’être optimale des explosifs entourant cette charge. La puissance de l’explosion fut néanmoins près de deux fois plus élevée que celle d’Hiroshima, trois jours plus tôt.

Replica of the original "Fat Man" bomb, Domaine public
Replica of the original « Fat Man » bomb, Domaine public

Agnew fut récompensé pour ses bons et loyaux services ayant permis de mettre fin à la guerre et fut pour cette raison nommé directeur des laboratoires de Los Alamos, contribuant au développement de l’arsenal nucléaire américain. La bombe arriva sur l’île de Tinian dans la partie nord de l’archipel des Mariannes et ses composants y furent assemblés sous la direction d’Agnew.

Fat Man's nuclear device about to be encased, domaine public
Fat Man’s nuclear device about to be encased, domaine public

Tinian et Saipan furent prises aux Japonais en juin 1944 après ce que l’on peut appeler une extermination systématique de tous les Japonais, militaires et civils, présents sur ces îles, et Tinian en particulier devint en quelques mois la plus grande base aérienne du monde : pas moins de 1500 bombardiers B29 décollaient et atterrissaient jour et nuit pour répandre le feu et la mort sur les grandes villes japonaises dont en particulier Tokyo situé à 1500 miles de cette île d’une grande importance stratégique.

Il y a donc 70 ans, on s’affairait dans l’archipel des Mariannes pour mettre le Japon définitivement à genoux. Les Américains avaient provoqué l’attaque de Pearl Harbor en harcelant les navires commerciaux japonais dans le Pacifique nord-ouest. Ils ne voulaient déjà pas entendre parler d’une domination japonaise sur cette région. Leur stratégie n’a pas changé depuis, l’armée américaine est toujours à Guam (Mariannes du sud) et à Okinawa (Japon) ainsi que dans de nombreuses bases sur les principales îles japonaises, en Corée, aux Philippines ou encore en Thaïlande.

Mais revenons aux bombes. Il est intéressant de noter que J. Robert Oppenheimer, considéré comme le père de l’arsenal nucléaire américain, pensait en 1944 qu’il faudrait au moins 50 bombes nucléaires pour venir à bout du Japon, ça donne rétrospectivement une bonne image de la mentalité du complexe militaro-industriel américain qui, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, entretient l’attitude militariste et impérialiste des États-Unis. L’État Major américain considérait que ces bombes atomiques d’un nouveau genre ne présentaient aucune différence sinon en termes d’échelle de puissance destructrice avec les armements conventionnels de l’époque tels que les bombes Torpex dopées à la poudre d’aluminium et à la trinitro-perhydro-triazine, un explosif deux fois plus puissant que le TNT classique. Le Programme Manhattan avait donc doté l’armée américaine de ces super-bombes, la radioactivité n’étant qu’une conséquence mineure et négligeable.

Aujourd’hui, à l’occasion du 70e anniversaire de la première utilisation de bombes nucléaires au cours d’un conflit armé, il était opportun de rappeler ces faits car, même si les Américains sortirent vainqueurs de ce conflit, ce n’est pas une raison pour ne pas les considérer en partie aussi comme des « criminels de guerre ». La mémoire ne doit pas oublier non plus qu’après les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, la ville de Koromo, alors fief de la firme Toyota – aujourd’hui renommée Toyota – fut entièrement détruite par des bombardements incessants et ce dernier fait de guerre conduisit à la capitulation sans conditions du Japon le 15 août 1945. De nombreux généraux japonais furent par la suite déclarés criminels de guerre par les États-Unis… Les vainqueurs ont toujours raison.


Source et illustrations : http://www.atomicheritage.org

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