Haut Val des Loups, par Jérôme Meizoz

Haut Val des Loups, par Jérôme Meizoz (Crédits : Zoé, tous droits réservés)

Critique du dernier roman de Jérôme Meizoz, Haut Val des Loups, paru aux éditions Zoé.

Par Francis Richard.

Haut Val des Loups, par Jérôme Meizoz (Crédits : Zoé, tous droits réservés)
Haut Val des Loups, par Jérôme Meizoz (Crédits : Zoé, tous droits réservés)

Le dernier livre de Jérôme Meizoz, Haut Val des loups, porte le sous-titre Un vrai roman. Certes, mais alors c’est un vrai roman dans le sens qu’il appartient décidément à ce genre éminemment élastique qu’est le roman, puisqu’il n’y a point, dans ce vrai livre, de vraie intrigue. Ce vrai roman comprend deux parties et, dans chacune, un certain nombre de chapitres millésimés dans le désordre, de 1976 à 2014. Tout juste peut-on dire que la première partie a trait à un événement criminel et la seconde à des illusions perdues que le temps ne démentira pas.

En 1991, un jeune homme, défenseur de l’environnement et brillant débatteur, est violemment agressé dans son chalet par trois hommes, qui le battent en silence, saccagent tout chez lui et emportent peut-être des documents. Son tort est vraisemblablement de s’être opposé à des projets immobiliers. Cette agression, dont les auteurs ne seront jamais démasqués, s’est produit dans un lieu qui n’est pas cité nommément, mais tout indique qu’il se situe dans un canton helvétique bien spécifique.

Ce canton se caractérise par les quasi-monopoles du Parti et du Quotidien-unique, par un monde de connivences et de clans, par des autochtones, notamment ceux du Haut Val, qui se sont bâti « un fier récit » en transformant un monde inhospitalier en nature habitable et qui entendent le défendre contre les intrus et les trouble-fêtes. Et, en contrepoint, par « le cri d’alarme d’un Poète des cimes blanches en défense des paysages« .

Pour le lecteur ignorant, en fin de volume, sont rendues à leurs auteurs les citations, qui émaillent ce récit chaotique, d’où naît tout un monde. Un nom revient toutefois souvent, celui de Maurice Chappaz, le Poète des cimes blanches. Ce nom seul devrait permettre de resituer les êtres et les temps réels évoqués (sur une période de quelque quarante ans quand même) dans un espace bien déterminé et singulier, que Jérôme Meizoz décrit très bien dans sa complexité, même s’il ne peut taire quelques penchants.

L’agression sauvage dont il est question dans ce vrai roman a bien eu lieu. L’auteur donne un indice à ceux qui ne sauraient pas à quel méfait il est fait allusion. Cet indice se trouve dans un dialogue, pas loin de la fin: « Tu as réfléchi pour qui tu votes? Autrefois le « wwf », maintenant la « ffw »... » Mais les clés d’un livre n’intéressent que les contemporains… Dans quelques décennies, il faudra le prendre pour une fable, dans l’acception de leçon de vie, présentée sous une forme satirique, voire caricaturale, celle de la défense de la nature contre l’argent-roi… D’autant qu’à un quart de siècle de distance, des événements similaires s’y produisent…

Tous les faits sont réels s’ils sont présentés sous une forme romanesque et, souvent, poétique. Restitués dans un désordre chronologique, comme les réminiscences parcourent les cerveaux humains quand ils s’égarent dans le passé, ils justifient peut-être, au fond, le sous-titre, car la réalité y dépasse allègrement la fiction. Alors pourquoi inventer dans ce cas-là ? Autant dire le vrai, dans la mesure où c’est possible. Autant donner des noms symboliques aux êtres et aux choses, pour passer du particulier à l’universel.