Baltimore : le succès d’un couvre-feu et l’amour robuste d’une mère

Après les émeutes d’hier, la ville de Baltimore semble s’apaiser, et la question affleure sur toutes les lèvres : quelle est la raison de l’explosion de violence ?

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis.

MD Guard stand alert after Baltimore Riots credits Maryland National Guard (CC BY-ND 2.0)
MD Guard stand alert after Baltimore Riots credits Maryland National Guard (CC BY-ND 2.0)

 

C’est dans un calme qui contrastait avec la fureur du lundi que le couvre-feu a été imposé aux résidents de Baltimore mardi soir. Seulement dix personnes ont été arrêtées. Lundi, on dénombrait 235 arrestations dont 34 mineurs. Dix-neuf immeubles ont été incendiés et 144 véhicules ont été détruits. Quinze policiers ont été blessés dont six sérieusement.

Mardi, la journée a surtout appartenu aux résidents de Baltimore qui ont voulu démontrer qu’ils n’avaient rien à voir avec les émeutes de lundi. Les bénévoles qui ont participé au nettoyage des rues ont été nombreux.

Mais celle qui s’est méritée l’essentiel des projecteurs s’appelle Toya Graham. Lundi, lorsqu’elle a reconnu son fils de 16 ans déguisé qui lançait des bouteilles à la police, elle s’est précipitée sur lui pour le ramener à la maison. La vidéo est devenue virale.

Toya Graham a dit que son sang n’a fait qu’un tour quand elle a reconnu son fils. « C’est mon seul garçon, a-t-elle dit – il a cinq sœurs, et je n’ai pas l’intention de le laisser devenir un Freddie Gray ».

Elle a bien raison, car beaucoup d’Afro-américains connaissent le même sort que Freddie Gray, et pas seulement aux mains de la police. Ils sont tués par d’autres Afro-américains dans des guerres de gangs. La mairesse Stephanie Rawlings-Blake en sait quelque chose : son cousin de 20 ans a péri par balles il y a deux ans.

À Ferguson, même si les deux tiers des résidents étaient noirs, seulement quatre des 54 officiers de police étaient noirs. Baltimore n’a pas ce problème de représentation. Les noirs sont 63% de la population et 40% des policiers. La mairesse est noire, le commissaire de police est noir… et pourtant, Baltimore a l’un des taux de criminalité les plus élevés aux États-Unis, ce qui la place dans la même ligue que Chicago…

Pendant ce temps, à Chicago…

Chicago ? Les noirs représentent un tiers de la population et le quart des policiers. En 2014, 400 résidents de Chicago ont péri par meurtre, dont 300 noirs. 300 morts c’est le triple du nombre de noirs tués par les policiers lors d’une seule année, de 2005 à 2012, soit une moyenne de 96 annuellement.

Les conséquences sociales de l’hécatombe des noirs sont tragiques : les prisons sont surpeuplées de noirs et 70% des enfants noirs sont élevés dans des familles monoparentales.

Les noirs ont raison d’exiger avec vigueur que des histoires à la Eric Garner, Walters Scott et Freddie Gray ne se reproduisent plus. Mais si la vie des noirs compte vraiment, il faudra aussi s’occuper des problèmes intra-communautaires liés à la drogue, car ce sont eux qui tuent le plus de noirs.