Le président de la République du Pérou, Ollanta Humala, accumule les échecs

Longtemps perçu comme un radical de gauche, Ollanta Humala mène finalement une politique de centre-droit complétée par des discours populistes.

Par Rémi Vellez
Un article de Trop Libre

Presidente Ollanta Humala - Credits  Presidencia Perú (CC BY-NC-SA 2.0)
Presidente Ollanta Humala – Credits Presidencia Perú (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Ollanta Humala, fondateur et président du Parti nationaliste péruvien, est une vraie girouette. Dans les années 2000, cet ancien militaire souhaitait faire du Pérou un nouveau pays chaviste et a reçu pour cela de l’argent du Venezuela durant la campagne présidentielle de 2006. En 2011, il s’est présenté comme un disciple de l’ancien président du Brésil Lula. Arrivé au pouvoir à cette date, il mène finalement une politique de centre-droit complétée par des discours populistes en faveur des populations défavorisées, surreprésentées parmi les 45% de Péruviens d’origines amérindiennes.

Longtemps perçu comme un radical de gauche, M. Humala est en réalité attaché au libéralisme économique et à l’ouverture commerciale du pays, comme la quasi-totalité des élites du pays. Les politiques libérales mises en place par son prédécesseur, Alan Garcia, expliquent en partie la forte croissance économique du pays. Mais cette croissance ralentit depuis l’arrivée au pouvoir d’Ollanta Humala. En 2010, elle s’élevait à 8%, puis a diminué à 6% en 2012 et s’est effondrée à 3,6% l’année dernière. Le gouvernement prévoit une augmentation du PIB de 4,8% pour cette année. Cette prévision a peu de chances de se réaliser tant que demeurent bas les cours du cuivre, deuxième produit d’exportation du pays après l’or. Si l’inflation et le budget de l’État sont maîtrisés, le déficit croissant de la balance courante (solde des flux monétaires) devrait alarmer le pouvoir péruvien. Ce déficit peut s’expliquer par l’instabilité gouvernementale qui touche le pays et inquiète les investisseurs. Comme le rappelle The Economist (7 février 2015), Ollanta Humala a déjà changé cinq fois de Premier ministre. Et une nouvelle organisation de son équipe ministérielle est à prévoir depuis que son ministre de l’Intérieur, Daniel Urresi, un général à la retraite, est accusé d’avoir commandité l’assassinat d’un journaliste dans les années 1980.

L’équipe de technocrates engagée par le président pour encourager l’innovation et relancer la croissance ne parvient pas à réformer le pays. En décembre 2014, les parlementaires péruviens ont voté une loi flexibilisant le marché du travail pour les jeunes de 18 à 24 ans. Le 26 janvier dernier, la loi est finalement abolie pour calmer les milliers d’étudiants manifestant contre cette réforme. Or la rigidité du marché du travail est probablement le principal handicap économique du Pérou. La politique fiscale keynésienne menée l’année dernière en faveur des salariés du secteur public n’a pas eu d’impact macro-économique. Comme le secteur informel concentre 60% de l’emploi, les politiques publiques en faveur de la demande intérieure ont peu d’effet sur l’économie réelle. Une plus grande flexibilité du marché du travail devrait diminuer ce taux terriblement élevé.


Sur le web.