Politique française : coups de tonnerre sur le Doubs

Que retenir de cette élection législative partielle qui a vu l’élimination dès le premier tour du candidat UMP ?

Par Stéphane Rossard

tonnerre credits Walid Mahfoudh  (CC BY-NC 2.0)
tonnerre credits Walid Mahfoudh (CC BY-NC 2.0)

 

Le « vent mauvais » forcit accompagné de coups de tonnerre rapprochés et qui se multiplient depuis ce fameux 21 avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen s’était qualifié pour le second tour de la présidentielle.

À la stupeur générale de la sphère bien-pensante, autrement dit, cette élite totalement déconnectée des problèmes concrets auxquels fait face depuis trente ans une majorité de nos concitoyens. Problèmes qui vont crescendo, il va sans dire.

Le dernier en date de ces coups de tonnerre retentissants est donc l’élimination du candidat UMP dès le premier tour de l’élection législative partielle qui vient de se tenir dans le Doubs. Une élimination qui laisse s’affronter le candidat FN contre le candidat PS. Un choix cornélien, au passage, pour les leaders de l’UMP.

Cette élimination de l’UMP amène plusieurs enseignements. En espérant que les premiers intéressés fassent la même chose afin de garder un sérieux espoir de reconquérir le pouvoir.
D’abord, elle démontre bien que l’UMP n’incarne plus l’opposition. Quand le PS s’enrhume, l’UMP tousse. Et boit carrément la tasse. La défaite est sévère. D’autant que le bilan de François Hollande d’un point de vue économique est catastrophique. Un désastre qui ne profite plus à l’UMP.

Coup de foudre sur le Doubs - René Le Honzec - contrepoints 187Ensuite, il est évident que les électeurs préfèrent manifestement comme on dit « l’original à la copie ». En d’autres termes, ils voteront désormais pour le FN, d’autant que le tabou autour de ce vote est tombé, et non l’UMP discréditée aux yeux de beaucoup de Français. Ils ne croient plus aux discours des leaders de la droite classique, des discours en creux, qui tournent en rond selon eux. D’autant que ces discours n’ont jamais été ou très rarement suivis des actes tant promis.

Enfin, cette défaite cuisante invalide le retour de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP. Pour beaucoup de Français, Nicolas Sarkozy c’est du passé. Il a trahi son électorat lorsqu’il était Président de la République. Contrairement à ce qu’il croit, il n’aura pas de seconde chance. Les temps ont changé. Et en mal pour nombre de Français. Ils n’accordent plus aucune indulgence. Car leur exaspération a atteint son paroxysme !

Il y a fort à parier que l’UMP minimisera cette défaite. Avec pour argument principal, même si éculé : c’est un cas particulier dont il est impossible de tirer une leçon générale… Une façon de plus de se voiler la face, à défaut de l’avoir perdue déjà… Un rideau de fumée pour éviter de voir clairement l’étendue du désastre. Et démoraliser les troupes certainement avec un moral déjà bien bas.

Les 60% d’abstention pourraient leur donner raison. Mais ces 60% confirment avant tout la défiance des Français vis-à-vis de la classe politique dans son ensemble. Un échec qui fragilise la République.

Autant dire que la menace se rapproche. Cette configuration politique du second tour à cette élection législative partielle pourrait très bien préfigurer le second tour de la présidentielle de 2017.
Que l’UMP se souvienne de la suffisance de la gauche en 2002 quand on évoquait une possible élimination de Lionel Jospin au premier tour. À force de sous-estimer à la fois l’adversaire et le mécontentement du peuple français, voilà le résultat.

L’UMP aura-t-elle la force de renverser la table ? De « tuer » le père ? Aucun espoir. À ses vassaux, il leur manque le courage.

Du temps du RPF (Rassemblement pour le Peuple Français), Malraux disait à propos du RPF, le premier mouvement gaulliste : « c’est le métro à 6 h du soir ». Une France qui a été désertée par la gauche et la droite.

La nature ayant horreur du vide, règle qui s’applique aussi en politique, les électeurs se sont tournés vers le parti, qui à leurs yeux, se rapproche le plus d’eux, de cet état d’esprit et qui représente cette France du quotidien, qui trime.

Le « vent mauvais » se renforce, la tempête souffle en rafales de plus en plus violentes. Et qui, au final, pourrait emporter la maison Républicaine.


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