Fed : l’échec américain… et bientôt européen ?

Bernanke credits Medill DC (licence creative commons)

Le quantitative easing si prisé par la Fed est-il une solution viable pour l’Europe ?

Par Frédéric Gardel.

Bernanke credits Medill DC (licence creative commons)

En 2008, les États-Unis se sont lancés dans des rachats d’actifs jusqu’à 85 milliards par mois avec le QE (Quantitative Easing), le QE2 en 2010, puis le QE3 et finalement l’opération twist en 2012. Cette dernière consiste pour la Fed (Federal Reserve System) à vendre des obligations de court terme et à acheter des obligations de long terme. Elle a annoncé l’arrêt de ces achats en octobre 2014. Parallèlement, les taux d’intérêt ont été gardés à 0 et 0,25% et les investisseurs ont été poussés à acheter des actions plutôt que des obligations d’État relativement peu rémunératrices.

Les défenseurs du QE prétendent que l’inflation est contenue, le CPI (Consumer Price Index) demeurant à moins de 2% et le Dollar étant relativement fort. Ils prétendent que la croissance est revenue et que l’emploi s’est amélioré.

Voyons pourquoi c’est totalement faux et pourquoi le QE est un échec frappant, les conséquences négatives les plus grandes restant à venir.

Des promesses non tenues

La Fed a désormais en 2014 un bilan gigantesque de 4500 milliards contre 800 milliards en 2008. Les intérêts obtenus par les obligations qu’ils détiennent sont réinvestis en dettes d’État et dettes immobilières. Par ailleurs, quand les obligations qu’elle détient arrivent à maturité, la Fed rachète de nouvelles obligations pour un montant équivalent donc elle continue toujours à acheter des bons du trésor et des créances immobilières même depuis la fin officielle du QE3.

Le premier programme d’achats d’actifs initial a été QE1. Il devait simplement s’appeler QE car il était censé être suffisant pour rétablir la confiance sur les marchés. La Fed devait revendre les obligations qu’elle avait achetées et les marchés devaient reprendre leur cours normal sans intervention de la Fed mais QE1 n’a pas fonctionné donc la Fed a dû faire QE2. QE2 devait aussi être l’ultime programme d’achats d’actifs de la Fed pour amorcer la reprise. Cependant, il n’a pas été davantage suffisant, donc la réserve fédérale américaine a dû rajouter un programme de QE3, ainsi que l’opération Twist.

Ce dernier n’a pas fonctionné non plus. En effet, pour que la Fed puisse prétendre qu’elle a réussi le QE, il faudrait qu’elle revende les quatre milles milliards d’actifs qu’elle a acheté et remonte les taux d’intérêt à au moins 3% sans que les marchés ne baissent, ni que le marché des obligations ne s’écroule.

Le QE n’a pas fonctionné car la Fed n’a pas diminué son bilan ni remonté les taux d’intérêts. La Fed prétend toujours qu’elle va clôturer les contrats qu’elle a acquis et remonter les taux d’intérêt. L’élément déclencheur pour finir ces pratiques non conventionnelles a d’abord été un taux de chômage sous les 6% que nous avons désormais, puis une inflation moyenne à 2%.

La Fed prétend qu’elle gardera les taux d’intérêt bas pendant « un temps considérable » mais cette formulation n’a jamais été défini par l’actuelle présidente de la Fed, Janet « inflation » Yellen et elle se refuse à dire s’il s’agit de six mois, un an, deux ans, voire plus, car elles ne le savent pas et la formule n’a donc aucun sens.

La Fed devra donc laisser s’installer une récession sévère, plus sévère que celle qui aurait eu lieu il y a quelques années si elle n’avait pas commencé les QE. L’autre alternative est qu’elle s’entêtera et fera QE4 car le QE ne marche pas et aggrave le problème mais à court terme il permet de gagner du temps, ce qui est bien là tout le but recherché.

En effet la Fed obéit au Trésor et n’est pas indépendante de l’exécutif. Le QE permet donc à un gouvernement de gagner du temps jusqu’aux prochaines élections. Ainsi, on peut se rappeler l’aveu bien tardif de son ancien président Alan Greenspan : « I Never Said The Fed Was Independent (…) In other words, the Fed and The treasury and the Government is basically one and the same. » (« Je n’ai jamais dit que la Fed était indépendante (…) la Fed, le Trésor et le gouvernement sont fondamentalement une seule et unique entité »).

Dans ce jeu de dupe, le marché a pour l’instant facilité la tâche de la Fed. Par exemple dans le FOREX, le Dollar s’est apprécié en fin d’été 2014 car le marché anticipait l’arrêt du QE par la Fed et la diminution de son bilan. Mais si la Fed passait le pas et diminuait son bilan de quatre milles milliards de dollars en vendant les actifs qu’elle a acheté ces dernières années, les marchés d’actions et d’obligations s’effondreraient. Cela eut pour résultat cocasse qu’en 2013 les mauvaises nouvelles étaient accueillies par une hausse des actifs car elles diminuaient la probabilité que la Fed arrête le QE. Bienvenue dans l’économie folle régentée par l’État : les mauvaises nouvelles deviennent des bonnes nouvelles !

Par ailleurs, selon l’ancien patron de la Fed Ben Bernanke, le but de ces rachats était d’augmenter les liquidités dans le système financier et de pousser à la hausse le prix des actifs. Cette hausse devait entraîner un effet de richesse des détenteurs d’actifs immobiliers ou d’actions, puis une hausse de la consommation par effet boule de neige.

Le prix des actifs a augmenté nominalement mais l’effet sur l’économie réelle n’a pas été obtenue. Le QE ne bénéficie en effet qu’à un nombre réduit de personnes qui ont des actifs en bourse, la classe moyenne américaine ayant démesurément vendu ses actions pendant la crise par rapport aux élites.

La croissance actuelle est obtenue à force de création de bulles et en s’endettant

La croissance actuelle est obtenue à force de création de bulles et en s’endettant. Ces bulles exploseront un jour ou l’autre car toutes les bulles finissent par se dégonfler.

Une des plus grosses bulles est celle de la dette de l’État Américain dont le montant officiel est de 17900 milliards et le déficit pour un an est donné à 480 Milliards. Or, la dette a augmenté de 1100 milliards en un an, donc le déficit a en fait été de 1100 milliards avant les astuces comptables qui utilisent des comptes exceptionnels et les comptes des régimes sociaux pour arriver à un chiffre amoindri de 480 milliards.

La balance commerciale en août 2014 a été négative pour un montant de 43 milliards malgré le pétrole relativement bon marché ; la balance commerciale est négative de plus de 500 milliards de dollars en rythme annuel, ce qui est intenable car le reste du monde ne va pas indéfiniment travailler pour fournir des biens aux Américains en échange de dollars.

Les Chinois peuvent aussi bien consommer que les Américains, consommer n’est pas une aptitude exceptionnelle, tout le monde peut le faire. Quand le Yuan s’appréciera par rapport au Dollar, qui est actuellement largement sur-évalué, le niveau de vie des Chinois augmentera et ils pourront consommer les biens qu’ils produisent plutôt que les envoyer à l’étranger pour être consommer par les Américains.

Le taux de croissance officiel du Produit Intérieur Brut (PIB) est surestimé en sous-estimant le chiffre officiel de l’inflation, le CPI, par un ensemble de règles absurdes dont le but est d’arriver à un chiffre amoindri qui permet d’afficher un taux de croissance gonflé.

Nous verrons dans un prochain article qu’on ne peut pas croire les chiffres officiels qui sont pourtant repris en cœur par l’intelligentsia américaine.