Michaëlle Jean : une ancienne représentante du Commonwealth à la tête de la Francophonie ?

Depuis l’annonce de sa candidature pour prendre la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean défraie la chronique.

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Michaelle Jean credits Alex Abbou (licence creative commons)

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Michaëlle Jean : une ancienne représentante du Commonwealth à la tête de la Francophonie ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 5 novembre 2014
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Par Jules Robin.

Michaelle Jean credits Alex Abbou (licence creative commons)

Alors que Michaëlle Jean est candidate pour le poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, son manque de connaissance sur les dossiers africains et son passé de représentante de la reine d’Angleterre ont du mal à passer.

Depuis l’annonce de sa candidature pour prendre la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à la place d’Abdou Diouf, Michaëlle Jean défraie véritablement la chronique. La raison : la gouverneure du Canada n’est pas Africaine, alors même que la tradition veut que le Secrétaire général de l’organisation soit issu du continent africain. L’évolution de certaines mœurs peut avoir des avantages certes, mais ici, la situation est toute autre et l’élection de Michaëlle Jean à la tête de la Francophonie pourrait avoir de nombreuses conséquences néfastes, pour l’organisation elle-même, mais également pour l’Afrique.

Rendre à l’Afrique ce qui appartient à l’Afrique

Si pour beaucoup, la personne à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie doit être originaire du continent africain, c’est en premier lieu pour une raison historique. Le poste de Secrétaire général de l’OIF, créé en 1997 lors du VIIe Sommet de la Francophonie à Hanoï, a depuis toujours été occupé par un Africain. De plus, les sources de l’organisation convergent toutes vers le continent noir. 15 des 23 pays fondateurs de l’OIF sont africains alors même que des noms comme Léopold Sédar Senghor, Hamani Diori ou encore Habib Bourguiba resteront à jamais ancrés dans son histoire.

Le continent africain, c’est 29 des 57 pays membres de l’OIF (sans compter la Centrafrique) et 96 millions de francophones. En 2050, sur les 700 millions de francophones que devrait compter la planète, le continent africain devrait en représenter 85 %. Le destin de la Francophonie est lié intrinsèquement à celui de l’Afrique qui constitue aujourd’hui un potentiel économique qu’il serait dommage de négliger.

L’Afrique connaît une croissance annuelle de 6 % depuis près de dix ans. En 2020, son PIB devrait atteindre les 2600 milliards de dollars, contre seulement 1600 milliards en 2008, tandis que sa force de travail devrait compter 1,1 milliard d’hommes. En 2030, le continent sera urbanisé à hauteur de 50 % et 2 milliards de consommateurs feront de lui le plus vaste marché du monde. Un développement économique rare auquel la Francophonie, qui représente 19 % du commerce mondial aujourd’hui, se doit de participer. Or, en élisant Michaëlle Jean à la tête de l’OIF, c’est tout le continent que pourrait se mettre à dos l’organisation.

Une menace pour l’équilibre de la Francophonie

francophonie rené le honzecSi ne pas voter pour une personne en raison de ses origines peut paraître inconcevable, le problème de la candidature de Michaëlle Jean ne réside pas seulement dans le fait qu’elle ne soit pas Africaine. C’est ce qu’elle représente au sens large du terme qui freine le plus sa candidature : un pays anglophone. Rappelons qu’au Canada, 57,4 % des habitants sont anglophones, contre seulement 21,82 % de francophones. Michaëlle Jean est non seulement originaire d’un pays anglophone, mais elle est également complètement imprégnée de la culture britannique. Comme le rappelle l’ancien Premier ministre du Québec, Bernard Landry, de 2005 à 2010, « elle a été la représentante de la reine d’Angleterre (…) Passer de ce statut au personnage le plus important de la Francophonie ne me paraît pas convenable. Ça m’apparaît être une mauvaise symbolique ».

Celui qui connaît les dossiers de la candidate canadienne comme personne enfonce finalement le couteau : « Lorsqu’elle était gouverneure générale du Canada, je ne l’ai jamais vue engager quelque bataille que ce soit pour défendre la langue française ou la faire rayonner, alors qu’au Canada, malheureusement, en dehors du Québec, les minorités francophones sont en régression rapide. Tout cela me semble un mauvais alignement d’astres ». Si tous s’accordent pour dire qu’elle peut avoir le charisme d’Abdou Diouf, son absence de connaissance sur les dossiers africains est en effet de notoriété publique.

Depuis toujours le Secrétaire général de l’OIF est Africain pour une raison d’équilibre. Le plus grand financeur de l’organisation aujourd’hui est le Canada. En parallèle, TV5 Monde, l’AIMF, l’Université Senghor d’Alexandrie et l’Agence universitaire de la Francophonie, les 4 opérateurs phares de l’OIF, sont français. Avec un Secrétaire général canadien, l’organisation coupera l’Afrique d’un pouvoir décisionnel non négociable pour le continent. D’autant que, si le bilan d’Abdou Diouf est aujourd’hui applaudi de toute part, c’est en partie grâce à Clément Duhaime, administrateur de l’OIF et… Canadien. La balance ne se contenterait plus de pencher vers le Canada, elle y tomberait à la renverse.

Choisir une présidence canadienne, symbole des pays du Nord, constituerait finalement un signal fort adressé à l’Afrique, celui de sa mise à l’écart, alors même qu’il est nécessaire, aujourd’hui plus que jamais, de lui donner les clés de son propre destin. Le président de la Haute autorité de la communication audiovisuelle de Côte d’Ivoire, Sy Savané, se demandait récemment si « l’Afrique, dans les batailles à venir, aura (…) ou non une place à l’état-major ». La nomination du futur Secrétaire général de l’OIF les 29 et 30 novembre prochains devrait nous donner la réponse.

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  • Cette organisme ne sert strictement à rien ni en Afrique ni au Canada. Il pourrait avoir un pingouin à sa tête cela ne changerait rien

  • J’achète la position de Cédric, coupons les subventions à cette pompe à fric inutile.

  • Encore un repaire de fonctionnaires grassement payés et parfaitement inutiles, un tique de plus sur la bête…

  • Michaëlle Jean représente en elle seule 3 entités entièrement membres de l’OIF, c’est-à-dire le Canada, le Québec et le Nouveau-Brunswick. Elle est aussi appuyée par Haïti. Le Canada a comme langues officielles le français et l’anglais tout comme le Nouveau-Brunswick. Le Québec n’a qu’une seule langue officielle, parlée par 80% de sa population, le français. Ce que vous dites n’a donc aucun sens. Il n’y aucun danger à ce qu’elle représente le Canada, qui est d’ailleurs le deuxième bailleur de fonds de l’OIF. Vous parlez comme si le Canada voulait détruire le Francophonie, ce qui est absolument ABSURDE. Sans son soutien, et avec le soutien décroissant de la France, l’OIF n’aurait pu fonctionner dans son état actuel lors des dernières années. Alors, on pourrait peut-être le remercier à la place de dénigrer ce pays.

    Être Gouverneur général du Canada, c’est être chef d’état de Facto d’un pays entièrement indépendant, certes ayant comme chef d’état la reine d’Angleterre. Celle-ci, tout comme le Royaume-Uni, n’a plus aucun pouvoir et le Canada est seul maitre à bord.

    Mme Jean parle 5 langues et sa langue natale est le français. Elle est francophile. Elle avait d’ailleurs été nommée Grand témoin de la Francophone lors des derniers JO de Londres. Elle avait choisie par Abdou Diouf lui-même qui avait vu en elle une digne représentante de la Francophonie. Allez-vous mettre en doute les capacités de M. Diouf?

    De plus, lorsque vous parlez de Bernard Landry, sachez que celui-ci est un québécois séparatiste. Il a une aversion pour Michaëlle Jean depuis qu’elle a été gouverneure générale du Canada. D’ailleurs, dans l’article que vous citez, Bernard Landry ne dit que des paroles superficielles sans rentrer dans les détails. Il ne fait absolument pas la preuve que Jean n’est pas qualifiée pour le poste. C’est de la petite politique revancharde Néanmoins, quelques années auparavant, il avait décoré lui-même Michaëlle Jean de la plus haute distinction de la Francophonie, c’est-à-dire Chevalière de l’Ordre de la Pléade. Il avait honoré Jean et l’avait remercié pour sa défense et la promotion qu’elle faisait de la langue française lors de son travail de journaliste à Radio-Canada.

    Lorsqu’elle était Gouveneure générale du Canada, Michaëlle Jean a fait plus de 10 visites d’état en Afrique durant lesquelles elle a rencontré plusieurs chefs d’état africains dont plusieurs francophones. Michaëlle Jean est reconnue pour l’excellence de sa connaissance internationale et de divers dossiers. Elle a aussi prouvé l’importance qu’elle accordait aux droits de l’homme lors de ses différents voyages en Afrique critiquant certains pays et faisant délivrer des dizaines de femmes prises dans une prison pour hommes.

    http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/carnets/2010/12/02/131619.shtml?auteur=2269

    Jean a déjà prouvé son humanisme et sa capacité à faire preuve de leadership.

    Elle rajoute à son arc le fait d’avoir été l’envoyée spéciale du l’Unesco pour Haïti et chancelière de la plus grande université bilingue du monde, c’est-à-dire l’Université d’Ottawa. Elle a d’ailleurs parrainé de nombreux partenariats avec des pays africains afin de leur facilité l’accès à cette université de calibre mondial.

    Concernant Clément Duhaime, il est clair que celui-ci se retirera de ses fonctions si Mme Jean est élue. Le poste sera remis par un africain. Ce propos a été confirmé par l’ambassadeur du Canada en France, M. Lawrence Cannon.

    De plus, il n’y aucune règle qui affirme que le poste de SG de la Francophonie doit être remis à un african. Il n’y a eu que deux SG depuis la création de ce poste. On est loin de parler de tradition. Avant ce poste, les dirigeants principaux venaient de différents endroits sur le globe. Il serait injuste d’exclure à vie les pays asiatiques, européens et américains de ce poste.

    François Hollande était en visite d’état au Canada lors des derniers jours. Il a entre autres rencontré les premiers ministres canadien et québécois. Il n’a pas hésité à rencontrer Michaëlle Jean. Celle-ci a aussi été invitée dans l’ensemble des évènements. Le discours que M. Hollande a fait par rapport à la Francophonie était en symbiose avec la vision de Michaëlle Jean. Dans la diplomatie internationale, ces signes sont forts.

    Mme Jean, née en Haïti, donc ancêtre du continent africain, est canadienne, québécoise et française par son mariage avec le français Jean-Daniel Lafond. Elle représente trois continents en une seule entité. Elle représente aussi les femmes et est la plus jeune des candidates. D’un sens, elle est la seule à vraiment représenter le visage que veut se donner la francophonie.

    La candidature de cette femme est aussi crédible que l’ensemble des autres candidatures.

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