Michaëlle Jean : une ancienne représentante du Commonwealth à la tête de la Francophonie ?

Michaelle Jean credits Alex Abbou (licence creative commons)

Depuis l’annonce de sa candidature pour prendre la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean défraie la chronique.

Par Jules Robin.

Michaelle Jean credits Alex Abbou (licence creative commons)

Alors que Michaëlle Jean est candidate pour le poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, son manque de connaissance sur les dossiers africains et son passé de représentante de la reine d’Angleterre ont du mal à passer.

Depuis l’annonce de sa candidature pour prendre la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à la place d’Abdou Diouf, Michaëlle Jean défraie véritablement la chronique. La raison : la gouverneure du Canada n’est pas Africaine, alors même que la tradition veut que le Secrétaire général de l’organisation soit issu du continent africain. L’évolution de certaines mœurs peut avoir des avantages certes, mais ici, la situation est toute autre et l’élection de Michaëlle Jean à la tête de la Francophonie pourrait avoir de nombreuses conséquences néfastes, pour l’organisation elle-même, mais également pour l’Afrique.

Rendre à l’Afrique ce qui appartient à l’Afrique

Si pour beaucoup, la personne à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie doit être originaire du continent africain, c’est en premier lieu pour une raison historique. Le poste de Secrétaire général de l’OIF, créé en 1997 lors du VIIe Sommet de la Francophonie à Hanoï, a depuis toujours été occupé par un Africain. De plus, les sources de l’organisation convergent toutes vers le continent noir. 15 des 23 pays fondateurs de l’OIF sont africains alors même que des noms comme Léopold Sédar Senghor, Hamani Diori ou encore Habib Bourguiba resteront à jamais ancrés dans son histoire.

Le continent africain, c’est 29 des 57 pays membres de l’OIF (sans compter la Centrafrique) et 96 millions de francophones. En 2050, sur les 700 millions de francophones que devrait compter la planète, le continent africain devrait en représenter 85 %. Le destin de la Francophonie est lié intrinsèquement à celui de l’Afrique qui constitue aujourd’hui un potentiel économique qu’il serait dommage de négliger.

L’Afrique connaît une croissance annuelle de 6 % depuis près de dix ans. En 2020, son PIB devrait atteindre les 2600 milliards de dollars, contre seulement 1600 milliards en 2008, tandis que sa force de travail devrait compter 1,1 milliard d’hommes. En 2030, le continent sera urbanisé à hauteur de 50 % et 2 milliards de consommateurs feront de lui le plus vaste marché du monde. Un développement économique rare auquel la Francophonie, qui représente 19 % du commerce mondial aujourd’hui, se doit de participer. Or, en élisant Michaëlle Jean à la tête de l’OIF, c’est tout le continent que pourrait se mettre à dos l’organisation.

Une menace pour l’équilibre de la Francophonie

francophonie rené le honzecSi ne pas voter pour une personne en raison de ses origines peut paraître inconcevable, le problème de la candidature de Michaëlle Jean ne réside pas seulement dans le fait qu’elle ne soit pas Africaine. C’est ce qu’elle représente au sens large du terme qui freine le plus sa candidature : un pays anglophone. Rappelons qu’au Canada, 57,4 % des habitants sont anglophones, contre seulement 21,82 % de francophones. Michaëlle Jean est non seulement originaire d’un pays anglophone, mais elle est également complètement imprégnée de la culture britannique. Comme le rappelle l’ancien Premier ministre du Québec, Bernard Landry, de 2005 à 2010, « elle a été la représentante de la reine d’Angleterre (…) Passer de ce statut au personnage le plus important de la Francophonie ne me paraît pas convenable. Ça m’apparaît être une mauvaise symbolique ».

Celui qui connaît les dossiers de la candidate canadienne comme personne enfonce finalement le couteau : « Lorsqu’elle était gouverneure générale du Canada, je ne l’ai jamais vue engager quelque bataille que ce soit pour défendre la langue française ou la faire rayonner, alors qu’au Canada, malheureusement, en dehors du Québec, les minorités francophones sont en régression rapide. Tout cela me semble un mauvais alignement d’astres ». Si tous s’accordent pour dire qu’elle peut avoir le charisme d’Abdou Diouf, son absence de connaissance sur les dossiers africains est en effet de notoriété publique.

Depuis toujours le Secrétaire général de l’OIF est Africain pour une raison d’équilibre. Le plus grand financeur de l’organisation aujourd’hui est le Canada. En parallèle, TV5 Monde, l’AIMF, l’Université Senghor d’Alexandrie et l’Agence universitaire de la Francophonie, les 4 opérateurs phares de l’OIF, sont français. Avec un Secrétaire général canadien, l’organisation coupera l’Afrique d’un pouvoir décisionnel non négociable pour le continent. D’autant que, si le bilan d’Abdou Diouf est aujourd’hui applaudi de toute part, c’est en partie grâce à Clément Duhaime, administrateur de l’OIF et… Canadien. La balance ne se contenterait plus de pencher vers le Canada, elle y tomberait à la renverse.

Choisir une présidence canadienne, symbole des pays du Nord, constituerait finalement un signal fort adressé à l’Afrique, celui de sa mise à l’écart, alors même qu’il est nécessaire, aujourd’hui plus que jamais, de lui donner les clés de son propre destin. Le président de la Haute autorité de la communication audiovisuelle de Côte d’Ivoire, Sy Savané, se demandait récemment si « l’Afrique, dans les batailles à venir, aura (…) ou non une place à l’état-major ». La nomination du futur Secrétaire général de l’OIF les 29 et 30 novembre prochains devrait nous donner la réponse.