Pourquoi dévaluer est une mauvaise idée

argent brûlé credits davide aligni (licence creative commons)

Pourquoi la méthode de dévaluer pour exporter plus n’est pas bonne pour l’économie.

Par Frédéric Gardel.

argent brûlé credits davide aligni (licence creative commons)

Il est très à la mode parmi les politiques et les économistes de prétendre que dévaluer sa monnaie est positif pour l’économie et règle beaucoup de problèmes. La Fed a racheté jusqu’à 85 milliards par mois de bons du trésor et de créances immobilières et a placé le taux directeur à zéro ou proche de zéro. Le Japon s’est lancé aussi dans ce qu’on a appelé les Abenomics du nom du premier ministre japonais Abe qui a lancé l’opération. Le résultat aux États-Unis est très décevant, malgré l’avantage gigantesque d’avoir la monnaie d’échange internationale (plus pour longtemps) et le résultat au Japon est catastrophique, nous y reviendrons dans un autre article.

Intéressons-nous aux raisons techniques pour lesquelles dévaluer sa monnaie est très dommageable pour l’économie. L’idée avancée par les partisans de la dévaluation est que les entreprises exportatrices vont exporter plus car la valeur de l’Euro se sera dépréciée par rapport aux autres monnaies. Ils auront alors un avantage compétitif par rapport aux entreprises basées dans d’autres zones économiques. Exporter plus est positif, mais avançons maintenant : pourquoi la méthode de dévaluer pour exporter plus n’est pas bonne pour l’économie ?

Pas de gains en perspective

Les entreprises exporteront en effet plus de produits à court terme mais elles recevront un paiement dans un Euro dévalué donc elles recevront plus en nominal mais pas forcément en valeur. Si vous exportiez 100 produits à 1 euro = 1 dollar avant la dévaluation, et que maintenant 1 euro = 0,8 dollars et que vous vendez 120 produits à 1 Euro, vous recevez désormais 120 euros = 96 dollars. Vous n’avez donc que 96 dollars pour acheter ce que vous voulez dans un contexte de prix internationaux alors que vous aviez avant 100 $.

Le but n’est pas de produire beaucoup et d’envoyer ces produits pour le plaisir des populations à l’étranger mais de pouvoir consommer à bas coût tous les produits que l’on veut en important ; avoir une balance commerciale positive signifie qu’on s’enrichit mais avoir une balance commerciale fortement négative comme les États-Unis ou la France augure mal de l’avenir.

Si vous voulez ajouter à la dévaluation une hausse des frais de douane ou des réglementations qui avantagent les entreprises françaises, vous obtiendrez des hausses de frais de douane aussi importants ou plus importants des pays dans lesquels vous voulez exporter ce qui annulera au mieux les gains (nominaux) à l’exportation que vous espériez par une dévaluation.

Par ailleurs, les entreprises exportatrices doivent acheter un certain nombre de matières premières et de composants pour fabriquer ce qu’elles exportent ; ceux-ci seront plus cher à acheter dans une monnaie dévalué donc pour garder une marge constante, les prix de vente devront augmenter, ce qui réduira l’avantage compétitif de la dévaluation.

Les produits importés seront plus chers et les prix de beaucoup de produits étant mondiaux, ils augmenteront en monnaie locale dévaluée donc les prix nationaux vont augmenter et les salariés demanderont une augmentation de leurs salaires qui augmentera le coût des entreprises exportatrices et diminuera d’autant son avantage compétitif.

Enfin les impôts payés par les entreprises exportatrices augmenteront également si leurs profits et les salaires payés aux employés augmentent.

Au final, les coûts seront plus importants donc il n’y aura aucun gain et même sûrement une perte pour l’entreprise exportatrice à part si les salaires ne sont pas augmentés ou si l’entreprise est endettée ; mais si les salaires ne sont pas augmentés, les grands perdants seront les salariés qui produiront plus de marchandise qui sera exportée pour être consommée à l’étranger tout en ayant moins de pouvoir d’achat à cause de l’inflation créée par la dévaluation. Les épargnants en Euro ou produits assimilés perdront une grande partie de la valeur de leurs actifs.

Les politiques veulent en fait éviter d’être mis face aux conséquences de leurs bêtises, ils ne veulent pas admettre que les promesses faites aux électeurs doivent être payés par des impôts pris à ces mêmes électeurs sous la menace de prison ou doivent être annulées ; dévaluer la monnaie permet de diminuer la dette en valeur ce qui permet de diminuer le rapport entre la dette et le Produit Intérieur Brut et de s’acheter du temps, il permet aussi parfois de diminuer les salaires sans les diminuer nominalement ; ça permet aux politiques de s’échapper des problèmes quitte à ruiner l’économie et le pouvoir d’achat du peuple par de l’inflation.

Les économistes jouent le jeu des politiciens car ils sont très appréciés des politiques quand ils prônent l’inflation, ils sont aussi souvent intoxiqués par le keynésianisme (« wishful thinking economics » ou « witchcraft economics » : la méthode coué ou l’économie magique en français) et voudraient faire croire qu’ils ont le secret de l’économie qui doit être laissé à leurs seuls cerveaux experts, le quidam n’étant pas censé pouvoir comprendre les concepts économiques sophistiqués alors qu’ils s’appuient souvent sur des modèles faux et qu’ils n’ont pas pu prévoir les dernières bulles (dotcom sur les valeurs internet, immobilière) ni les bulles actuelles (éducation, dette, dollar).

Le bon sens et les principes de l’école d’économie autrichienne suffisent à comprendre très facilement ce qui se passe, ne tombez pas dans la croyance actuelle : une dévaluation ne servirait en rien l’économie. Attendez de voir le résultat catastrophique au Japon et aux États-Unis qui se profile déjà quand on voit la balance commerciale et qu’on lit à travers les chiffres de l’emploi. Si les politiques auxquels vous ne faites pas confiance appellent de leurs vœux une dévaluation, ça devrait vous indiquer que ce n’est pas une bonne option pour le peuple, pour moi, pour vous.