La France des causes perdues

Aux yeux du Monde, la lutte de géants du Net pour plus de transparence et moins de surveillance n’est pas tout à fait désintéressée. Et alors ?

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La France des causes perdues

Publié le 22 août 2014
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Par Baptiste Créteur.

Edward_Snowden - cc by saPour Le Monde, le combat des géants du Net contre la surveillance ne serait pas vraiment désintéressé : ils ne sont pas seulement fondamentalement contre la surveillance, mais veulent aussi respecter les souhaits de leurs utilisateurs et clients qui préfèrent ne pas être surveillés.

Concrètement, les grandes entreprises américaines du web reçoivent régulièrement des demandes de transmission d’informations de la part du renseignement américain, dont la légalité est sujette à caution. Peu importe que les serveurs soient situés hors des États-Unis.

Cette surveillance massive a été révélée notamment par Edward Snowden, non parce que les entreprises ne voulaient pas révéler à leurs utilisateurs qu’ils étaient potentiellement surveillés – ces entreprises luttent depuis des mois pour obtenir plus de transparence sur les demandes transmises par les services de renseignement – mais parce qu’il leur était tout simplement interdit de le faire.

La philanthropie selon Le Monde

Ces entreprises luttent donc pour que la surveillance américaine, mal contrôlée (les agents s’amusent à partager les conversations érotiques qu’ils espionnent, sans doute un mal nécessaire pour sauver le monde) et à la légalité discutable. Mais ce combat n’est pas noble : pour le Monde, il ne suffit pas que la cause soit juste, il faudrait aussi que la lutte soit désintéressée.

Cette bataille médiatique, puis juridique, des géants américains de l’Internet, ne relève pas de la philanthropie, mais d’un intérêt bien compris. L’avantage compétitif de nombre d’entre eux pourrait s’effilocher si la confiance de leurs utilisateurs dans la protection de leurs données s’effondrait. La question soulevée par l’affaire du courriel irlandais – une donnée gérée par une entreprise américaine à l’étranger est-elle soumise à la loi américaine ? – est d’autant plus cruciale pour Microsoft, et les autres entreprises du Net, que ces dernières ont trouvé à l’étranger un relais de croissance très important.

On ne peut que se féliciter du combat mené par les entreprises américaines victimes de la surveillance subie par leurs utilisateurs. Qu’elles le mènent par pur intérêt est loin d’être certain, mais l’idée qu’elles pourraient perdre du poids face à des entreprises étrangères pèse sans doute plus dans la balance quand le gouvernement américain prend ses décisions que les considérations éthiques dont il ne s’était jusque là pas vraiment encombré.

Et même si les entreprises agissaient par pur intérêt, la position du Monde ne serait pas défendable. Il faudrait au contraire se féliciter des vertus du marché ici mises en évidence : par intérêt, les entreprises défendent une position éthique. Ce ne sont pas tant leurs intérêts qu’elles défendent que ceux de leurs utilisateurs.

Défendre les causes perdues ?

En France, journalistes et politiciens ne veulent mener que des combats désintéressés. Une bonne cause est une cause perdue. Mieux vaut mourir au champ d’honneur socialiste (sic) que gagner grâce aux vertus du marché.

On comprend mieux pourquoi l’argent jeté par les fenêtres n’émeut pas les journalistes et fait sourire les politiciens : non seulement ce n’est pas le leur, mais en plus ils font une bonne action, une action désintéressée. Voilà pourquoi on prolonge l’agonie d’Altia et Heuliez à coup de dizaines de millions d’euros, pourquoi on subventionne tant de projets aux perspectives de viabilité et de succès quasi nulles.

Et voilà plus généralement pourquoi on persiste, malgré leur échec évident depuis plus de 30 ans, à mener des politiques socialistes, à droite comme à gauche. Cela ne cessera que lorsqu’il n’y aura vraiment plus d’argent à brûler ; on brûle déjà aujourd’hui en s’endettant l’argent qu’on n’a pas encore pris aux Français. Quand plus personne ne voudra prêter, il ne restera plus qu’à aller directement se servir chez les Français. Et quand il n’y aura vraiment plus rien, comme on l’a vu ailleurs, on arrêtera les dommages – à contrecœur.

Le problème des socialistes est qu’ils finissent toujours par manquer d’argent des autres. – Margaret Thatcher

À moins, bien sûr, qu’on ne change d’idée, et qu’on arrête de se demander si ceux qui agissent bien y trouvent un intérêt ou non. Ou qu’on pose les choses de la même façon pour tout le monde.

Les journalistes sont-ils vraiment désintéressés quand ils revendiquent le pluralisme pour maintenir leurs niches fiscales les subventions versées à leurs employeurs ? Les intermittents sont-ils désintéressés quand ils font des jérémiades pour maintenir leurs privilèges ? Les acteurs du monde de la culture pleurent-ils de façon désintéressée leurs subventions menacées ? Est-ce vraiment un souci d’égalité qui conduit les bénéficiaires d’avantages divers à manifester leur colère quand l’idée de remettre ces avantages en question est soulevée ?

Cessons donc de mener des actions philanthropiques avec l’argent des autres tout en prétendant être désintéressés. On le voit, l’intérêt des entreprises les conduit à défendre de justes causes (en l’occurrence la transparence et le respect de la vie privée sur Internet).

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  • Il faudrait aussi remettre en cause les infrastructures publiques routières, ferroviaires, aériennes et téléphoniques qui servent avant tout à ceux qui sont dans le commerce et le transport, qu voyagent, qui communiquent. Ce qui n’est le cas que d’une catégorie de population…
    C’est un véritable déni de démocratie…

    J’aime bien faire mon comique.

    Je ne suis pas le seul quand on voit le premier degré de cet article.
    Certains ne voient le monde que par le petit bout de leur lorgnette.
    Un peu de culture avec un peu plus d’épaisseur n’a jamais nui à l’objectivité.

    Et puis, quand on a un petit peu plus de vécu dans la vie, une vérité saute au visage : qui est franchement désintéressé ?

    Tout le monde est corporatiste.
    Tout le monde défend son bout de gras.
    En quoi est-ce choquant ?
    La vie est elle-même une lutte pour la survie.
    Les prétendants à la liberté et à l’objectivité, voire au financement par Internet, les auto-proclamés nouveaux parangons de vertu (les mêmes personnes) ne sont-ils pas eux-mêmes corporatistes ?
    Ils défendent leur chapelle, comme tout le monde.

    Qui peut prétendre être pur ?

    Cet article ne fait pas exception à la règle.
    L’effet miroir est saisissant.

    C’est peut-être ce corporatisme généralisé par ailleurs qui empêche le progrès.
    Mais le progrès est-il nécessairement et seulement dans l’Internet.

    « Bonjour M’sieur l’Boucher, j’voudrais une entrecôte bien fraîche de c’matin !
    Ah, désolé, j’vends plus qu’sur Internet. »

    Le chanteur Sting avait pourtant bien montré que l’avenir du monde et de l’humanité ne se trouverait que dans les solutions trouvées dans la proximité, dans son entourage.
    Peut-être était-il encore plus en avance que l’idéologie du web ?

    Je sais pas pour vous, mais pour moi, l’Internet, le web, j’en étais un fan, un prescripteur, l’un des premiers défenseurs, j’ai une connexion depuis 1993… Je trouve que cela commence à sentir vraiment le roussi. Je ne suis pas le seul. Après avoir agrandi notre vision du monde, on se rend compte que le web l’a aussi sacrément rétréci. Moralement, mentalement, philosophiquement. La mentalité de ces gens est petite, unilatérale, monopolistique. Ils ne supportent pas l’altérité, la différence. Ça commence à tourner en boucle, leu antienne, comme un mauvais refrain.

    • Vous avez bu ?
      Je sais que la bière dans les céréales c’est très bien, mais de là à citer Sting…

      • Pourquoi pas ?
        Sting se référait lui-même à Gandhi qui disait la même chose, ou Sœur Emmanuelle, au Jean-Paul II.
        On se réfère toujours à des personnages célèbres ou visibles. Et quand, une personne devient célèbre, elle sert à son tour de références aux autres.

        Quel mal y-a-t-il à cela ?
        La visibilité sert la compréhension et l’explication des faits, les personnages publics sont des moteurs et porteurs d’évolutions.

        Sting en use pour exposer sa vision du monde. Il a raison.
        Je ne vois pas en quoi il est moins crédible qu’un autre.
        Je ne suis pas une groupie de Sting. Mais je le trouve particulièrement intelligent et « sage » pour quelqu’un de son métier, qui se trouve être aussi le mien. J’ai travaillé avec quelqu’un qui a travaillé avec lui et il fait l’unanimité dans notre activité de création musicale. II est crédible. Il est une référence.

        Cela s’appelle la chaîne des causalités.
        Phénomène qui existe aussi dans la philosophie.
        J’aurais pu aussi me citer, avec les mêmes référence en chaîne.
        Mais se citer est toujours un peu prétentieux, comme vous le savez.

        J’ai le défaut de faire mon miel intellectuel de toute intelligence.
        Pas vous ?

        • Pourquoi l’idée de Sting est intéressante ? C’est parce qu’elle rend compréhensible la permanence des sociétés qui n’évoluent que par effet accordéon. Faits qu’avaient mis en évidence Gauss puis Kondratiev dans leurs théories. En effet, l’effet accordéon montre qu’après une grande expiration (rétraction, vidange) suit une grande inspiration (expansion, remplissage). Il en est de même dans la nature par les phénomènes des saisons, la photosynthèse, la lune et les marées. Idem dans l’effort physique, mental ou créatif qui nécessitent de la nourriture pour régénérer l’action. On ne peut passer sa vie à pondre ou expulser. Il faut aussi ingérer. Tout phénomène pérenne s’articule autour de cycles.

          On aspire, on expire.
          On avance, on recule.
          L’Internet n’échappera pas à la règle.

          De grands avancées suivies de retours au passé.

          C’est récurrent dans l’Univers.
          Chez nous cela s’appelle la vie.

          Je n’ai pas fumé.

        • Alors pourquoi ne pas citer les auteurs originels ; si Patrick Rondat cite Platon (au hasard) j’ai beau aimer beaucoup Rondat, je citerais quand même Platon.

          La référence en chaîne permet une actualisation d’une position (ainsi il sera plus pertinent de citer un contemporain quand on est dans un contexte contemporain) : je vous suis totalement. Il n’empêche que l’on peut très bien adapter et réinterpréter à sa sauce ce que l’on entend ; et je suis persuadé que vous en êtes capable.

          Alors je vous pose la question : en quoi le web aujourd’hui aurait réduit notre vision du monde ?

          • Socrate, Platon, Jésus-Christ, Saint Thomas D’Aquin, Spinoza, Saint-Exupéry : quel auteur original dois-je citer selon vous ?

            je ne dis pas qu’il l’a réduit. J’ai bien dit qu’il l’avait étendu, relisez-moi, mais qu’il n’était pas à l’abri d’une rétraction et d’un retour au passé. Je disais juste que cette phénoménologie était récurrente dans l’histoire des hommes, de la Terre, de l’Univers.

  • Internet n’est qu’un amplificateur, il agrandit la vision du monde de ceux qui en ont une grande, il appauvrit celle de ceux qui en ont une étriquée, il montre à des millions les photos et paroles de ceux qui sont exhibitionnistes latents, il isole un peu plus ceux qui ont des tendances autistes. Les politiques pensent pouvoir tenir le peuple en contrôlant le passage par l’ampli, c’est aux peuples de leur donner tort, en faisant preuve d’un peu d’astuce individuelle et non en jouant les sociétés contre les états.

    • Vous avez totalement raison, le web n’est ni plus ni moins qu’une ville, un monde virtuel identique à la ville, au monde réel. C’est un clone, un duplicata électronique de la réalité, qui augmente la réalité au sens qu’elle « semble » augmenter les échanges », dans un sens. Alors qu’elle les diminue dans l’espace quotidien. En effet, la réalité virtuelle isole de plus en plus les gens : constats effectués dans les transports, dans la rue, sur les plages wififiées, dans les familles où chacun a son ordinateur, son IPhone, son IPad, son entre-soi, sa bulle virtuelle. Tout le monde tapote, est un virtuose du pouce ou du clavier, et ignore monstrueusement son voisin, n’est plus un virtuose de la communication directe de voisinage.

      Souriez à un « branché » du métro. C’est quasiment la peine de mort aujourd’hui !

      D’où les services psychiatriques en pathologie cognitives basées sur l’addictologie, phénomène qui va en s’amplifiant. C’est uniquement par ce constat que j’en venais à dire qu’un excès dans un sens provoque un phénomène de rétractions ou de réaction dans l’autre sens, et que ce phénomène de retrait ne peut se faire, dans un terme que je ne connais pas, qu’au dépends de l’Internet, un jour ou l’autre. Quand les gens en auront marre de ne parler qu’à des pseudo, qu’à des clones, qu’à des robots, ils reviendront à la réalité « réelle », qui est faite de touchers, de sons et de souffles directs, de baisers, de toucher d’instruments à sons réels, de pénétrations…

      J’en ai fait l’expérience personnelle car j’ai été au bout de ce que pouvait offrir l’expérience de synthèse et d’échantillonnage liée aux sons, comme de la communication Internet étant possesseur de sites web et de magasins en ligne, dans mon métier de compositeur. J’ai un home studio virtuel dernier cri augmenté de tout ce que l’électronique actuelle offre comme périphériques. Tous les musiciens home-studistes sont comme moi, observent le même processus. Quand on maîtrise le sujet et qu’on en a fait le tour, on ne souhaite plus qu’une chose, revenir vers les musiciens et la pratique de l’instrument réel, qui touche les cœurs et les esprits par le son émis à partir du matériau d’origine, pas à partir de celui digitalisé passant pas l’ordinateur ou le web. Même si dans ce processus de compréhension et d’intégration professionnelle, j’ai gardé l’outil technologique pour ses aspects novateurs, modernes, rapides et pratiques, afin d’aller plus vite vers les gens, les vrais gens, les vrais musiciens… Dont je fais partie à l’origine car ma formation est de type classique depuis le piano, les percussions jusqu’à l’écriture académique sur le papier.

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