Le sport pourrait-il fonctionner sans joueurs étrangers ?

Sport et nationalités (Crédits : L'Harmattan, tous droits réservés)

Michel Pautot, à l’origine de l’arrêt Malaja, analyse la place des sportifs étrangers dans le sport professionnel. Une lecture d’actualité pour la Coupe du Monde.

Par Alexis Vintray.

Sport et nationalitésS’en souvient-on encore dans une Europe où les frontières se sont ouvertes, il y a moins de 20 ans, il était encore interdit d’avoir plus de trois joueurs d’un autre pays de l’Union Européenne dans une équipe de football professionnel.

À l’inverse, quand le PSG a débuté son match contre l’Olympique Lyonnais le 1er décembre 2013, tous les joueurs de l’équipe étaient étrangers : quatre Brésiliens, trois Italiens, un Suédois, un Néerlandais, un Argentin et un Uruguayen. Quel bouleversement en moins de vingt ans ! Alors que la Coupe du Monde de football vient de commencer, qu’est devenue la place réelle des joueurs étrangers dans le sport ?

C’est la question qu’aborde Maître Michel Pautot dans Sport et nationalités (L’Harmattan, 2014), avec de nombreux chiffres et exemples : de la saison 2002-2003 à la saison 2013-2014, le pourcentage de joueurs étrangers en Ligue 1 (Football masculin) passe de 32,1% à 41,3%. Pour le rugby masculin, on passe de 19,5% en 2003-2004 à 42,6% en 2013-2014. Quel que soit le sport, les frontières se sont largement ouvertes, permettant à de nombreux joueurs français de s’expatrier et au public français de découvrir les vedettes internationales. Le volley s’impose comme le sport le plus international, avec 57% d’étrangères dans les équipes féminines et 45% d’étrangers dans les équipes masculines. À l’inverse, c’est le handball qui reste le sport le plus fermé, relativement, avec 31% d’étrangères et 35% d’étrangers dans ses championnats majeurs. Fourmillant de tableaux sur les différentes équipes (l’équipe la plus internationale à avoir remporté la Champion’s League est ainsi l’Inter Milan en 2010 avec 93% d’étrangers), ce livre ravira les amateurs de statistiques sportives.

Surtout, on retrouve clairement au fil des pages l’effet positif des législations européennes, qui ont forcé à une ouverture à laquelle les différents pays se refusaient, préférant discriminer des sportifs à qui on interdisait de travailler dans un autre pays pour leur nationalité. En effet, à de nombreuses reprises, la Cour de Justice des Communautés Européennes a déclaré les quotas de joueurs étrangers contraires au principe de libre circulation des travailleurs communautaires : arrêt Walrave et Koch en 1974 sur le cyclisme ou arrêt Donà de 1976 sur la réglementation de la fédération italienne de football interdisant purement et simplement les étrangers ! Mais bien sûr, c’est l’arrêt Bosman de 1995 qui a le plus marqué les esprits puisqu’il a établi l’illégalité des quotas de sportifs communautaires. Concrètement, depuis cet arrêt, il n’est plus possible de limiter le nombre de sportifs des nationalités concernées dans une équipe ou une compétition professionnelle. Quelques années plus tard, l’arrêt Malaja, dont l’auteur fut l’un des acteurs, élargit la décision aux sportifs non communautaires mais ressortissant d’États ayant signé des accords d’association ou de coopération avec l’Union européenne.

Autant de décisions qui viennent souligner que l’Europe, quand elle se veut simplement une garantie des libertés individuelles, de circulation en particulier, peut-être à l’origine de grandes avancées libérales en réduisant les discriminations légales.

Michel Pautot, Sport et nationalités, L’Harmattan, 2014, 276 pages.