Qu’est-ce qu’on attend ?

Collectivisme (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints, licence Creative Commons)

Le pédalo coule, la liberté recule. Qu’attendons-nous pour agir ?

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La France s’enfonce dans le collectivisme plus rapidement que le reste du monde, où les officiers de la social-démocratie officient pourtant à toute vapeur. La liberté et la responsabilité individuelles reculent à mesure que le pouvoir avance, pour ne jamais reculer. Les extensions temporaires du pouvoir, dictées par l’urgence et les circonstances exceptionnelles de la crise économique et du terrorisme international, deviennent permanentes. Et après tout, pourquoi pas ? Si elles sont acceptables dans un certain contexte, c’est qu’elles sont acceptables tout court, non ?

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. – Benjamin Franklin

Le monde entier découvrait récemment que ses pires soupçons en matière de surveillance étaient non seulement justifiés, mais dépassés par l’ampleur des actions entreprises par les États en marge de tout cadre légal. Alors qu’on découvre chaque semaine de nouvelles « menaces » de sécurité, on découvre dans le même temps que les failles ont souvent été exploitées, et sans doute parfois propagées, par les États. Une guerre semble se livrer en secret entre États, mais aussi et surtout entre les États et leurs citoyens.

Et cette guerre laisse les citoyens toujours plus désarmés face aux États. Là où les hommes de l’État étaient avant tout mieux équipés et disposaient d’une force de frappe rapidement mobilisable face à des citoyens de moins en moins capables de s’armer, donc de moins en moins aptes à faire valoir leur droit de résistance à toute éventuelle oppression. Désormais, c’est aussi une supériorité technologique importante, associée à la discrétion, qui assure la domination étatique : sans capacités de cryptographie ou sans équipements sophistiqués, impossible de déceler et déjouer la surveillance ou les attaques de drones.

L’utilisation de ces données contre les citoyens est pour l’instant relativement théorique. Mais l’information dont dispose l’État devient un enjeu bien plus important quand elle génère de vrais risques pour la démocratie : la campagne du second mandat de Barack Obama s’est avant tout faite sur Internet, via des messages ciblés à certaines catégories de population. Un président en exercice, disposant d’équipes dédiées à la connaissance des citoyens d’un côté, et d’équipes de campagne utilisant des informations ciblées sur les citoyens de l’autre, pose de réelles questions démocratiques.

Et sans aller jusqu’à soupçonner un président d’utiliser son pouvoir à des fins personnelles et d’abuser de la confiance même vacillante des citoyens, on ne peut que remarquer la perte progressive de confiance des citoyens envers leurs élus et la politique en général, qui alimente des courants perçus comme apportant une rupture : les libertariens aux États-Unis, les extrêmes étatistes en France.

Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, se demandent comment apporter une réelle rupture et rendre aux citoyens leur liberté, leur pouvoir et leur rôle, qui tous leur ont été confisqués. Et c’est ce qui m’amène à m’interroger profondément : qu’attendons-nous ?

Aux États-Unis comme en France, les libéraux se regardent trop souvent le nombril et passent trop de temps à débattre et confronter les infimes détails de la théorie qu’ils défendent. Nous tentons de faire avancer la pensée libérale alors que la liberté recule un peu plus chaque jour, comme si le temps passé à prêcher des convaincus allait changer quoi que ce soit. Nous nous agitons et nous enfonçons dans les sables mouvants de l’argumentation en ligne et du débat virtuel entre libéraux, gardons parfois des rancœurs pour nos divergences de point de vue, et oublions l’essentiel : porter et diffuser nos idées.

Il est plus que temps de changer d’approche et d’adapter nos méthodes à nos objectifs. Nous voulons convaincre, et nous sommes convaincus, mais pas assez convaincants. Ce n’est pas en cachant nos idées ou en nous rangeant systématiquement derrière notre pureté théorique et le scandale (bien concret, lui) de la politique actuelle que nous rallierons les foules.

Pour convaincre, il faut nous mettre au niveau de ceux que nous cherchons à convaincre. Sans faire de concessions sur le plan théorique, nous devons communiquer sur les sujets auxquels ils sont sensibles et avec des messages qui leur parlent. Cela semble évident, mais ne l’est pas tant que ça.

Car les libéraux se placent généralement plutôt du côté de la raison et de la rigueur, jugeant les résultats plutôt que les intentions et accordant de l’importance aux moyens et non seulement à la fin. Les politiciens du moment sont des démagogues sans scrupules, qui ont plus le sens de la formule que des chiffres et des concepts.

Les libéraux sont en quête de vérité ; la plupart des Français ignorent ou se complaisent dans le déni de la situation française véritable, croient encore à la réduction du chômage malgré la hausse de la dépense publique et au retour de la croissance durable malgré la dette et les déficits.

Il va en un mot falloir rendre le libéralisme plus attractif. Et avant cela, le faire exister.

Car avant même que le débat ne commence, et alors que le libéralisme a toutes ses chances de l’emporter, il est attaqué de partout sous la forme d’un homme de paille. « Libéralisme », « néo-libéralisme » et « ultra-libéralisme », malgré leur omniprésence dans les médias, n’ont aucun porte-parole. Au point qu’on en vienne à accuser Hollande, Valls ou le MEDEF d’être trop libéraux et à voir des « virages libéraux » dès qu’un président devient trop impopulaire.

Le libéralisme a donc avant tout besoin d’exister, et pour cela, il a besoin des libéraux. D’une façon générale, l’existence de la liberté n’est possible qu’en présence de défenseurs.

Quelle cause est plus grande que ceux qui se battent pour elle ? – Ayn Rand

Les libéraux vont donc devoir se mobiliser, ensemble, et efficacement. Oublier un temps au moins leurs querelles, discordes et désaccords, abandonner la controverse et le débat pointu, cesser d’affuter leurs armes pour enfin entrer dans l’arène politique.

Et là, pas question de perdre du temps. L’effort et le patrimoine des Français sont dilapidés à chaque instant, et chaque jour qui passe éloigne un peu plus la liberté du débat et des Français.

L’urgence et l’importance des enjeux doit naturellement conduire les libéraux à la discipline personnelle que requiert leur combat commun. Sinon, ils seront tels un Président de la République s’intéressant à une expulsée alors qu’il dirige un pays en faillite, tels des citoyens qui se déchirent sur la signification du mariage dans un pays en voie de sous-développement, tel un capitaine de bateau qui s’assurerait que les vitres sont propres alors que son bateau sombre.

Et le meilleur argument en faveur de la liberté, c’est une vie bien vécue. Incarnons nos valeurs et nos principes, vivons nos vies, et présentons la beauté de nos idées et idéaux à tous ceux qui pourront les comprendre.