Didier Vanderbiest (UdL) : « Notre salut viendra forcément par moins d’État »

Vanderbiest

Interview de Didier Vanderbiest, candidat pour l’UdL aux élections régionales belges en province de Luxembourg.

Didier Vanderbiest est candidat pour l’UdL aux élections régionales belges en province de Luxembourg. Contrepoints l’a rencontré dans son fief de Bure afin de mieux le connaître, afin de l’interroger aussi sur les objectifs de sa formation politique.

VanderbiestContrepoints : Bonjour Didier Vanderbiest.

Didier Vanderbiest : Bonjour.

Vous êtes l’un des fondateurs de l’Union des Libéraux (UdL), une formation politique née le 14 juin dernier. Celle-ci se présentera lors des prochaines élections régionales belges, dans la province du Luxembourg et dans celle de Namur. Vous conduirez la liste UdL dans le Luxembourg. En préambule de cette interview, pouvez-vous nous dire qui vous êtes ?

Je suis né en 1969, fils d’agriculteur du Hainaut et devenu vétérinaire. J’habite à Bure (Tellin) depuis 1993. De tendance libérale depuis mon plus jeune âge par mes origines, j’ai réellement basculé dans le libéralisme authentique suite à un accident de travail en mars 2011. J’ai alors passé mon temps à lire durant plusieurs mois des quantités énormes d’articles d’auteurs tels que Vincent Bénard, Pascal Salin, Damien Theillier ainsi que, bien entendu, le magazine Contrepoints, qui regorge littéralement d’écrits venant de tous horizons : CATO Institute, Martin Masse, Le Minarchiste, etc.

Ce n’est pas la première fois que vous vous présentez aux élections…

En effet, aspirant depuis longtemps à un changement en profondeur de notre modèle socio-économique, j’ai intégré en 2009 une formation politique naissante emmenée notamment par Rudy Aernoudt. Aux élections fédérales de mai 2010, ma liste a réalisé en province de Luxembourg le score le plus important des « petits partis » avec 5,93% sur mon canton, soit le deuxième plus élevé pour ma formation partout où elle présentait des listes. Je me suis ensuite retiré de ce parti en août 2010 dans le sillage de Rudy.

Dans quel contexte est née l’UdL ?

Fin 2010 se créa un groupe sur Facebook appelé « Groupe Libéral Francophone », auquel j’ai adhéré très tôt. En été 2011, plusieurs d’entre nous se sont rencontrés pour discuter. C’est après plusieurs réunions de ce genre que nous avons décidé de créer un nouveau parti à connotation libérale classique. Nous avons alors écrit notre programme au cours de plusieurs week-ends avec aussi de très nombreux échanges via Facebook. Finalement, en juin 2013, le bébé est né !

Quels sont les objectifs du parti ?

Les objectifs sont d’obtenir à moyen terme une visibilité médiatique. Nous pensons que les élections prochaines sont un bon tremplin pour cela. À partir de là, nous voulons expliquer aux gens que les crises que nous traversons ne sont pas dues au libéralisme mais à l’excès d’État et à son interventionnisme omniprésent. Sachant que le libéralisme n’est ni de gauche, ni de droite, mais en faveur de moins d’État pour plus de libertés, ces dernières étant constamment bafouées, nous pensons, à l’UdL, qu’il est possible de fédérer un grand nombre de personnes. Cela nous permettra de mettre en œuvre dans la foulée de vraies réformes favorables à tous, et pas seulement à certains groupes de personnes comme c’est le cas actuellement par des agissements de copinage à connotation électoralistes – les subventions et les niches fiscales en sont deux exemples criants.

Et pour ces élections 2014, l’UdL a-t-elle des objectifs précis ?

Un politicien bien connu m’a dit récemment droit dans les yeux : « Écoutez Monsieur, sachez que les enfants de mes arrière-petits-enfants ne connaîtront jamais ce que vous proposez ! » J’espère simplement que ça ira un peu plus vite que son mépris n’a été grand…

Quels sont les points que l’UdL met en avant lors de cette campagne électorale ?

Sur le plan socio-économique, il est important d’agir sur cinq facteurs clés que sont la fiscalité directe, le coût du travail, le prix de l’énergie, les réglementations abusives et l’éducation.

Concernant la fiscalité, quelles sont les mesures préconisées ?

Nous proposons l’instauration d’un impôt unique à 20% avec exonération des 12.000 premiers euros afin que les bas salaires paient très peu comparativement à maintenant. Nous voulons cesser avec l’impôt le plus progressif au monde car il sanctionne le travail et la prise de risque. Un impôt « juste » doit être proportionnel et non progressif. J’admets que, vu l’exonération des bas salaires, notre proposition est un tant soit peu « progressive » mais nous voulons calquer sur ce qui a été instauré en Slovaquie en 2004. L’impôt des sociétés sera également ramené à 20%.

Quid des niches fiscales ? Comptez-vous les maintenir ?

Toutes les niches fiscales – qui représentent 60 milliards d’euros – seront abolies. Finis les privilèges ! Bien évidemment, certaines sociétés paieront « enfin » des impôts, mais vu notre suppression de 50% des charges patronales, elles réaliseront d’importantes économies sur le côté et n’auront aucune raison de délocaliser ou d’aller construire une nouvelle usine en Macédoine – comme Van Hool vient de l’annoncer récemment suite à un coût du travail beaucoup trop élevé chez nous. De plus, nous aurons simplifié de très nombreuses démarches administratives, que ce soit pour l’obtention de permis ou pour embaucher du personnel. Le code du travail sera simplifié : licencier plus facilement afin de moins rechigner à embaucher. Si, en plus, nous cessons de déréguler le marché de l’énergie par des réglementations abusives et des subventions en tout genre avec pour conséquences des fermetures de centrales au gaz, des risques de black out et un prix de l’énergie qui explose, nous enverrons un signal clair et rassurant aux entreprises et investisseurs.

Des réglementations qui dérégulent ? N’est-ce pas contradictoire ? Que voulez-vous dire ?

Il faut bien comprendre la différence entre « réglementation » et « régulation ». Ce sont les réglementations qui empêchent un marché libre de se réguler par lui-même, suite à des choix opérés par un acteur extérieur au marché qui est très souvent l’État. L’État dérégule un marché par son interventionnisme en perturbant les choix des acteurs économiques.

Justement, quel sera le visage économique de la Belgique une fois ces mesures mises en œuvres ?

Nous rendrons une compétitivité importante à nos entreprises, nous en attirerons de nombreuses autres et nous permettrons la naissance d’un très grand nombre de nouvelles sociétés. Cela entraînera la création de nombreux emplois. Toute la machine économique redémarrera.

Les études PISA démontrent que la qualité de l’enseignement francophone en Belgique est une des plus faibles en Europe. Les jeunes Belges seront-ils suffisamment armés, au sortir du collège ou de l’université, que pour pouvoir s’emparer des nouveaux emplois créés ?

C’est à ce niveau que la réforme de l’éducation est cruciale avec une approche en entreprise dès l’âge de 14 ans afin d’intégrer au mieux nos jeunes dans le monde du travail. Le chèque-éducation sera également instauré afin de tirer vers le haut la qualité de notre enseignement, comme cela est pratiqué en Suède notamment.

L’UdL est donc un parti de grandes réformes ?

Parfaitement. Sur le plan des libertés individuelles, de très nombreuses réformes sont aussi nécessaires. Que ce soit la simplification des normes urbanistiques, la réduction des droits d’enregistrement, le retour à la législation des années 80 sur la détention d’armes à feu, la dépénalisation des drogues, la suppression des droits de succession, de l’impôt foncier, etc. Toute atteinte à la propriété privée sera abolie.

Certains pourraient croire à de belles promesses sans lendemain… Comment allez-vous financer toutes ces réductions fiscales ?

Il faut bien se rendre compte que, en Belgique, nous sommes quasiment les champions de la dépense publique. Nous dépensons 53% de notre PIB alors que l’Allemagne se situe à 46% et que des pays comme la Suisse et la Nouvelle-Zélande sont sous les 40%. Imaginons que nous baissions nos dépenses à 43% du PIB. Cela ferait 40 milliards d’économie ! Ensuite, il ne faut pas perdre de vue que, grâce aux niches fiscales, l’impôt réellement payé en personne physique est de 24,5% alors que celui des sociétés est de 14,5%. Or, nous mettrons tout le monde à 20%. Sans oublier que la relance économique qui suivra nos réformes rapportera beaucoup plus d’argent à l’État en fiscalité directe. Il suffit d’aller voir ce qui s’est passé dans tous les pays qui ont instauré l’impôt unique pour s’en convaincre. Cela me fait toujours rire d’entendre certains partis s’interroger sur la faisabilité des réformettes fiscales de leurs adversaires.

Les lecteurs de Contrepoints connaissent déjà bien le Parti Libertarien de Belgique. Ils découvrent peu à peu l’UdL. Une question revient régulièrement dans les commentaires, tant en France qu’en Belgique : y a-t-il de la place sur l’échiquier politique pour deux formations purement libérales, l’une – l’UdL – qui se revendique libérale classique et l’autre – le P-Lib – qui s’affirme libertarienne ?

Mais certainement. Libéralisme et libertarianisme sont deux conceptions différentes malgré de nombreux points communs.

Quelles sont vos différences fondamentales avec le Parti Libertarien ?

L’UdL a des différences fondamentales avec le socialisme mais certainement pas avec le Parti Libertarien. Je parlerais plutôt de divergences de points de vue. Le P-Lib veut limiter les seules ressources de l’État à la TVA alors que nous voulons y ajouter l’impôt unique à 20%. Ce dernier permettrait de dégager plus facilement des excédents afin de combattre la dette publique que les libertariens, eux, veulent annuler. Le P-Lib veut aussi, par exemple, restaurer le port d’arme alors que nous n’y sommes pas favorables.

En guise de conclusion, que pouvons-nous vous souhaiter, Didier Vanderbiest ?

Que les gens entendent notre discours et qu’ils y adhèrent. D’autres pays comme la Suède ou la Nouvelle-Zélande ont réalisé les plus grandes réformes libérales de tous les temps, alors pourquoi pas nous ? Lorsque nous serons dos au mur, notre salut viendra forcément par moins d’État et plus de libertés, ce sans quoi nous verserons dans le totalitarisme, la dictature – l’Histoire nous a déjà enseigné cela. Et comme l’a si bien dit JFK : « À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »


Pour en savoir plus sur l’UdL :