Deux poids, deux mesures, une victime

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Le deux poids, deux mesures est une discipline très courue par nos politiciens, faisant de chaque citoyen une victime qui ne sait plus sur quel pied danser.

Par Baptiste Créteur.

esclavage_moderneImaginons une situation relativement simple survenant dans un passé lointain, très lointain. Un propriétaire terrien a l’idée de faire aménager et cultiver ses terres à moindres frais, et achète des hommes et femmes pour travailler sur ses plantations. Ces hommes et femmes ne seront ni rémunérés, ni indemnisés, et les droits attribués à chaque individu ne leur seront pas reconnus. Comment juger cette pratique, aussi appelée esclavage ?

La réponse n’est pas aussi intuitive qu’elle n’y paraît. Pour des hommes et femmes politiques de haut niveau, par exemple Christiane Taubira, la réponse dépend intégralement de l’origine ethnique de l’esclavagiste.

Si l’esclavagiste est d’origine européenne, alors son peuple a une tradition de colonisation et d’oppression, d’exploitation et de conquête. L’esclavage doit alors être condamné, sa fin commémorée, ses dégâts réparés, et ses ancêtres doivent en porter la culpabilité et le fardeau. Mais si l’esclavagiste est d’origine africaine, alors il ne faut pas que ses descendants portent sur leurs épaules ce fardeau.

Ce raisonnement choque de nombreux Français. Cet odieux « racisme anti-blancs » viserait à détruire notre civilisation, et il faudrait bien entendu éviter la destruction de notre civilisation par de farouches musulmans. Il y a pour eux un odieux deux poids, deux mesures : les délinquants sont des chances pour la France et on leur pardonne tout en raison de leur origine, les musulmans bénéficient d’avantages indus et de discrimination positive, etc.

Accorder des droits différents aux individus selon leur appartenance à quelque groupe que ce soit, et faire porter sur des individus la responsabilité d’actes commis par leurs ancêtres ou les ancêtres de leurs compatriotes, sont des erreurs1. Mais il est un deux poids, deux mesures que peu dénoncent.

Si un individu vous presse, à la menace d’une arme ou de la violence, de lui donner votre bien, c’est un vol. S’il le fait régulièrement, c’est du racket ; peu importe qu’il offre en échange sa « protection », ou quelque autre service que ce soit. Ce qui compte, c’est que l’on soit forcé de lui donner notre bien. Peu importe aussi qu’il ait des difficultés financières ou des projets d’investissement requérant plus, ou même qu’il verse tout à une œuvre caritative : c’est un voleur.

Mais si les voleurs se réunissent et se constituent en un gouvernement, envoient pour collecter l’impôt le fisc et les huissiers, et votent des lois lui permettant de le faire et lui offrant la « légitimité démocratique » de le faire, alors ils deviennent un État ; le vol n’en est plus un et s’appelle désormais impôt. Pire : ne pas obéir aux voleurs devient une fraude, une fuite, une évasion, un vol à la nation.

Et nombreux sont ceux qui ne voient pas la supercherie. Qui dénoncent celle de Taubira et pas celle sur laquelle reposent les États modernes. Pourtant, il est assez simple de comprendre que ce qui est valable pour un individu l’est pour un groupe, que ce qui est valable pour un citoyen l’est pour un élu et pour l’État dans son ensemble. Si l’État vole ou tue, c’est mal. Si la légitimité d’un contrat vient du consentement entre les parties, l’État ne peut pas s’imposer à tous sans leur accord.

Le problème du libéralisme ne tiendrait-il pas, d’ailleurs, dans sa limpide simplicité ?

Le public est ainsi fait qu’il se défie autant de ce qui est simple qu’il se lasse de ce qui ne l’est pas. – Frédéric Bastiat

  1. La légitimité de la propriété peut, elle, être remise en question