Le développement de la finance éthique et islamique en France

Quels sont les enjeux de la finance éthique et de la finance islamique en France ?

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Le développement de la finance éthique et islamique en France

Publié le 6 mai 2014
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Par Sylvain Fontan.

finance islamique

Un des effets de la crise financière de 2007-2008 est une exigence accrue en matière de responsabilité de la part des banques. Dans ce cadre, plusieurs formes de finances souhaitent répondre à cette exigence de responsabilité. Ainsi, les finances dites « éthique » et « islamique » constituent des formes en plein essor. La finance islamique correspond par exemple, au niveau mondial, à près de 1000 milliards de dollars et représente en cela un gisement d’épargne non négligeable, même si cette épargne demeure marginale par rapport à l’ensemble des capitaux financiers mondiaux.

La finance éthique relève d’une démarche alternative

La finance éthique est un concept relativement récent et en constante évolution. Néanmoins, il est possible d’identifier des éléments constitutifs : lutte contre les inégalités, respect de l’environnement et soutenabilité. Dans ce cadre, le but de la finance éthique est d’allier le financement de l’économie à partir de critères jugés éthiques et dans un cadre de développement durable. En pratique, la finance éthique correspond à des produits financiers encore méconnus tels que le microcrédit, l’Investissement Socialement Responsable (ISR) (voir graphique ci-dessous) ou encore l’épargne solidaire.

ISR

La finance islamique, comme son nom l’indique, est basée sur la doctrine islamique

Étant basée sur la charia, autrement dit la loi islamique, la finance islamique considère l’argent comme improductif, et à ce titre il ne peut servir que d’unité de compte. Typiquement, la pratique de l’usure est proscrite. L’usure se définit comme un taux d’intérêt supérieur au taux légal que demande un prêteur. À titre indicatif, un taux est considéré comme usurier lorsqu’il est supérieur à 20%, même si ce taux peut évoluer selon l’époque, le lieu et le contexte.

Malgré quelques tentatives avortées (Malaisie dans les années 40 et Pakistan dans les années 50), la première banque fonctionnant sur les bases de la charia voit le jour en 1963 en Égypte. Elle s’appelle de nos jours la « Nasser Social Bank ». Le principe de base pour qu’un produit financier soit considéré comme « halal » (qui respecte la charia) est que le taux d’intérêt ne doit pas être défini à l’avance pour respecter le principe de la non rémunération de l’épargne.

La Charia permet toutefois le partage des bénéfices obtenus par l’investissement. En pratique, cela signifie que les comptes peuvent être rémunérés à la fin de chaque mois en fonction des résultats de la banque. En effet, le déposant n’est pas considéré comme un créancier mais comme un partenaire, ce qui suppose que le profit, mais aussi les pertes, sont partagés.

Il y a des spécificités liées à cette finance islamique. Par exemple, il est interdit d’investir dans les métaux précieux. Une des principales spécificités correspond aux prêts immobiliers. En effet, les prêts immobiliers posent un problème de rémunération avec un taux d’intérêt. La solution pour contourner cette difficulté est que la banque achète elle-même le bien immobilier, et c’est ensuite l’emprunteur qui paye un loyer à la banque jusqu’à ce que le montant du bien immobilier soit remboursé. Au final, c’est surtout une considération sémantique pour passer d’un taux d’intérêt à un loyer. Les principaux produits islamiques s’appellent Mourahaba, Moudaraba, Moussharaka, Ijara et Istisna.

Limite et potentiel de la finance éthique et de la finance islamique

Le potentiel de développement de la finance islamique en France est très important. En effet, la France détient une population musulmane très élevée avec une population supérieure à 6 millions de personnes, soit près de 10% de la population totale. La forte population musulmane s’explique par des motivations économiques antérieures (reconstruction de la France après la seconde guerre mondiale et besoin de main d’œuvre pendant la période des 30 glorieuses). Par la suite, le regroupement familial instauré en France au milieu des années 70 est venu renforcer cette situation en faisant passer la population musulmane d’une situation de « passage » à une implantation durable.

En ce qui concerne la finance éthique, la demande toujours plus importante en matière de responsabilité des investissements constitue un terreau favorable au développement de ces produits financiers dits éthiques. Néanmoins, elle recouvre pour le moment moins de 2% des actifs financiers. En effet, malgré le fait que ces sujets trouvent un écho de plus en plus favorable dans une large partie de la population, les discours ont du mal à passer aux actes. Au final, les comportements en matière d’épargne et de placement demeurent très traditionnels. Il est peu probable que la finance éthique puisse prétendre à une place beaucoup plus importante sans soutien de la part des pouvoirs publics. De plus, la finance éthique ne relève pas d’un changement profond de fonctionnement car elle est en réalité une branche de la finance traditionnelle où ce sont les critères de placement qui diffèrent, plus que la philosophie générale.

En revanche, la finance islamique se place dans un cadre beaucoup plus innovant même si elle demeure une activité de niche. Elle est surtout développée dans des pays anglo-saxons, et notamment au Royaume-Uni. Sur le plan juridique, la France aurait normalement dû bénéficier d’un avantage compétitif. En effet, la France est l’héritière d’un droit romain, plus proche du droit islamique que du droit anglo-saxon, mais les lenteurs administratives spécifiques à la France n’ont jusqu’à présent pas permis de développer ce genre de produits, malgré des efforts dans ce sens. Sur le plan sociologique et économique, la France compte une population musulmane trois fois plus importante qu’en Grande-Bretagne. Là-aussi, la France aurait dû bénéficier de cet avantage. Toutefois, la population musulmane française est surtout issue des pays du Maghreb dont la population est moins rompue aux pratiques de la finance islamique que les populations immigrées malaisiennes ou pakistanaise présentes en Grande-Bretagne.

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  • L’offre de services financiers conformes à la finance islamique en France commence à s’étoffer. Il existe même un Guide de finance islamique en France :

    http://finance-islamique-france.weebly.com/

  • Fait ce que je te dit, pas ce que je fais.

  • Je me demandais pourquoi il n’y avait pas plus de commentaires. J’imagine que je n’ai pas été la seul à avoir été censurée.

    Pressions extérieures ou ligne rédactionnelle ambivalente et qui ne peut souffrir aucune critique?

  • Sans changer de système une petite décimation à un sur deux en ce qui concerne les plus hauts revenus des dirigeants des banques françaises (européennes aussi ?) permettrait de rendre tout ce petit monde bien plus sage … pour quelques temps et puis recommencer tant qu’ils n’auront pas compris …

  • Il n’est pas interdit d’investir dans les métaux précieux, ce qui est interdit, c’est la spéculation.

    • comment définissez-vous la spéculation ?

      • La définition est assez large, premièrement vous ne pouvez pas vendre ou acheter ce que vous ne possédez pas. Ce qui exclut les options et les produits dérivés. Ensuite, l’argent n’est pas considéré comme une marchandise mais comme un simple moyen d’échange. A ce titre, vous ne pouvez pas « jouer » sur les monnaies. Ces deux formes de spéculation font causent beaucoup de désagrément aux états, aux entreprises et citoyens du monde entier.

        • Alors comment le banquier musulman gagne-t-il des sommes gigantesques sans spéculer/arnaquer ?

          • Bonjour Zelectron,

            Votre question contient déjà la réponse : en évitant de spéculer et d’arnaquer vous aurez ce que les musulmans appellent la baraka. Quant à expliquer ce que signifie exactement le concept de baraka cela nous mènerait au prosélytisme.

          • Ni bisounours ni vampires. Je ne suis pas là pour défendre les banquiers musulmans en tant qu’individus. Il y a certainement parmi eux des honnêtes gens et d’autres qui le sont moins comme partout ailleurs. L’Islam n’a pas de complexe par rapport à l’argent : commercer, investir dans l’économie réelle, créer de la richesse et des emplois…

        • votre système est en train de s’effondrer, et c’est ce qui vous rends mauvais, sans la forte démographie du monde arabe ( preuve du caractère moyenageux ) et les petrodollars, vous n’existeriez deja plus…

  • @Zebulon pour vous un banquier qui n’anarque pas/ne spécule pas est un bisounours? Quel cynisme !

  • Bonjour,
     
    Excellent article.
     
    Il est vrai que la Finance Islamique et Ethique se développe timidement mais ceci est totalement normal. Il vaut mieux être prudent et réfléchir aux vrais besoins du consommateur qui pour le coup est considéré comme un consomacteur plutôt que de créer le besoin par l’offre (comme le font les grandes institutions financières).
     
    Pour répondre à Breizh, éviter la spéculation et l’usure n’est pas chose aisée, puisque notre environnement est pollué par ces notions et ce type de rémunération. C’est la raison pour laquelle les produits islamiques et éthiques mettent un certains temps a éclore. L’usure est présente dans beaucoup de produits et il devient compliqué de créer de nouveaux produits qui, justement, ne contiennent pas de sous-jacents à intérêts ou spéculatoires.
     
    Toujours pour répondre à Breizh, la Finance Islamique n’est pas faite pour s’enrichir comme la finance traditionelle. Comme le précise SAAFI et Ribh, la Finance Islamque participe à la fluidité du système économique et commercial et par conséquent favorise l’essor des pays. Bien entendu que si le pays et donc ses citoyens se portent bien, le banquier aura de plus en plus d’affaires et donc de rémunération, mais comme l’a rappelé Ribh, son but n’est pas l’enrichissement mais un juste partage des richesses et donc des gains (et aussi des pertes).
     

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