Télérama : inquiétudes au Louvre, vraiment ?

Pyramide du Louvres (Crédits Jean-François PARIS, licence Creative Commons)

Un article récent paru dans Télérama critique l’arrivée du nouveau directeur du Louvre, Jean-Luc Martinez.

Par Ariane Warlin.

Inquiétudes sur le Louvre ? En lisant ce titre sensationnaliste dans Télérama, j’ai été tentée de me demander ce qui pouvait bien se passer de si incroyable qui suscite de pareils émois. Le célèbre musée avait-il été vendu ? Allait-il être repris par des fonds de pension ? Une énième antenne allait-elle émerger dans un autre pays du Golfe persique ?

Que nenni ! Ce qui inquiète nos journalistes bienpensants de Télérama, c’est (entre autres) que l’art contemporain puisse ne plus avoir sa place au Louvre. Il faut dire qu’Henri Loyrette, le précédent directeur des lieux, avait fait une large place aux vers de terre géants et autres sculptures informes. Son successeur, Jean-Luc Martinez, ne s’inscrit pas dans la même veine, ce qui lui vaut un traitement plutôt condescendant.

« Espérons que le musée saura rester connecté avec son temps », écrit la journaliste, Mme Lorraine Rossignol, pour ne pas la nommer, avec toute la non neutralité qui caractérise son journal. Qu’elle soit rassurée, le sémillant Jeff Koons fera bientôt son entrée en musée et Jean Deloisy a été approché. Comme elle l’écrit elle même, il a bien fallu que Jean-Luc Martinez « montre patte blanche ».

Comble du scandale, il souhaite aussi supprimer le principe des cartes blanches à l’auditorium, où de « grands invités » (par ailleurs amis proche de Loyrette) venaient à prix d’or mettre en scène des pièces de théâtre ou des concerts, la plupart du temps très peu fréquentés. Fini donc le règne de « l’entre-soi » a décrété Martinez dans un élan, qualifié de courageux par les uns et de honteux par les autres.

Tout ceci n’est pas seulement une posture destinée à faire table rase du passé et à s’imposer comme l’exact contraire de Loyrette. Jean-Louis Martinez, élevé dans un milieu modeste, a en effet une sainte horreur des mondanités. Mais ne faut-il pas néanmoins y passer un minimum quand on occupe les fonctions qui sont les siennes aujourd’hui ?

Son enthousiasme pour le projet du Louvre Abu Dhabi, pour sincère qu’il soit, est aussi sans doute une façon de trancher, là encore, avec le précédent patron du Louvre, lequel s’était beaucoup opposé au projet à ses débuts, avant de finir par s’y rallier. Les 1,4 milliard d’euros mis sur la table n’y était pas étranger, pas plus que la pression du Quai d’Orsay. Il n’en demeure pas moins que sa réaction initiale avait été hostile et que par la suite, compte tenu d’une série de maladresses et de comportements arrogants, le projet avait failli capoter.

Finalement, pas de quoi s’inquiéter tant que ça. Bien au contraire…