Qui choisirait le socialisme ?

Quel est le pourcentage de la population qui choisirait de vivre dans un régime socialiste si on lui en laissait le choix ? L’analyse de Robert Nozick.

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Qui choisirait le socialisme ?

Publié le 28 avril 2014
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Par Robert Nozick.

enjoy-socialism.jpgArticle publié dans Reason, mai 1978, pp. 22-23 et repris dans Socratic Puzzles, Harvard University Press, 2000. Traduit par Hervé de Quengo.

Quel est le pourcentage de la population qui choisirait de vivre dans un régime socialiste ? Les pays communistes ne nous aident pas à répondre à cette question, car il n’offrent à leurs citoyens aucun choix, que ce soit au travers d’élections ou via l’émigration. Qu’en est-il de l’expérience électorale des sociétés démocratiques, telles que l’Angleterre ou la Suède ? Elle non plus ne nous permet pas d’éliminer l’intérêt personnel (supposé) de notre sujet, à savoir le désir de participer à des relations socialistes interpersonnelles d’égalité et de communauté.

Pour déterminer le pourcentage de ceux qui voudraient particulièrement vivre dans un régime socialiste, nous avons besoin d’une situation où les gens ont le choix entre deux options raisonnablement séduisantes : l’une socialiste et l’autre non socialiste. Même s’il ne s’agit pas du cas optimal permettant de répondre à notre question, l’expérience israélienne des kibboutz s’en rapproche autant que possible.

Non seulement les kibboutz ont offert des possibilités de relations personnelles socialistes dans une communauté socialiste, mais ces communautés ont de plus été largement admirées pour les importantes fonctions qu’elles remplissent : défricher la terre, aider à l’autodéfense juive et « normaliser » le tissu professionnel du peuple juif. À la différence de ce qui se passait pour les communautés utopiques de l’Amérique du dix-neuvième siècle ou pour les communes du vingtième siècle, faire partie d’un kibboutz entraînait le respect et le soutien du reste de la société, grâce à l’aide aux membres en difficulté. En outre, aucun peuple ne pouvait fournir de terreau plus fertile à un engagement socialiste que les juifs ashkénazes. Aucun peuple n’est plus enclin qu’eux à être porté vers une position idéologique « idéaliste », en particulier si elle insiste sur la solidarité de groupe. En fait, il y avait une entrée sélective en Israël au début du siècle ; nombreux étaient ceux qui venaient afin d’aider à construire le socialisme et qui faisaient de leur mieux pour inculquer leurs idéaux à leurs enfants.

Les kibboutz sont désormais une possibilité très confortable. Ils sont en général économiquement très prospères. Un niveau élevé d’activité culturelle est disponible pour chaque membre. Ils bénéficient d’un système d’éducation largement admiré (système que les membres des kibboutz, malgré leurs convictions socialistes, n’ont pas été très disposés à partager avec les enfants plus pauvres des zones environnantes). Ils offrent des possibilités dans l’agriculture, l’industrie, les arts et les services, tout comme dans les tâches administratives et politiques dans le grand mouvement kibboutz. Sans aucun doute, il y a certains métiers qu’il n’est pas facile de pratiquer dans un kibboutz (dans le domaine de la physique expérimentale des particules, par exemple), bien qu’il y ait eu des tentatives pour avoir des professeurs d’université habitant un kibboutz avoisinant.

Robert Nozick
Robert Nozick

En Israël, le kibboutz est une communauté prospère, largement respectée et encouragée (notamment par des dispositions fiscales), qui offre des possibilités hétéroclites de travail et de loisir. Il semble honnête de dire que la raison principale qu’un Israélien peut avoir pour ne pas y vivre est tout simplement qu’il ne veut pas vivre de cette façon.

La population des kibboutz représente 3,5% de la population juive d’Israël et environ 6% de la population juive ashkénaze (dans les kibboutz, la population est à 85% ashkénaze). Nous connaissons donc maintenant approximativement le nombre des gens qui choisiraient, dans des conditions très favorables, de vivre dans un régime socialiste : à peu près six pour cent.

Certes, il faut un peu affiner l’estimation. Certaines personnes hors des kibboutz souhaiteraient certainement y vivre mais en sont empêchées par l’opposition ferme de leurs conjoints, tout comme certains membres demeurent au sein des kibboutz en raison des préférences de leurs conjoints. Certains de ceux qui désireraient partir restent dans les kibboutz parce qu’il n’y a pas de droits à la retraite qu’ils pourraient emporter, tandis que certains de ceux qui vivent dans les moshav [villages fonctionnant en coopératives. NdT] peuvent également chercher un certain mode de vie socialiste (4,5% de la population israélienne, la répartition étant égale entre ashkénazes et séfarades, vit dans des moshav, certains combinant une production communale avec une consommation familiale).

Soyons généreux et supposons que 50% de plus choisiraient le socialisme. Ceci nous conduit de six à neuf pour cent. Dans des conditions aussi idéales que peut en fournir le monde réel, 9% des gens choisiraient de conformer leur vie aux principes socialistes.

Cette minorité devrait certes avoir partout le droit de le faire, en s’associant avec ceux qui partagent les mêmes idées pour vivre selon leurs vœux. (C’est une vertu d’un système de liberté que de permettre aux préférences minoritaires d’être satisfaites, tout comme le marché libre s’occupe aussi des goûts de la minorité – par exemple, par des enregistrements de musique de la Renaissance ou de chansons chasidiques.) De plus, cette minorité peut essayer de persuader le reste d’entre nous des vertus supérieures de leur idéal.

Mais c’est tout. Ils n’ont pas le droit de nous obliger à vivre de cette façon. Nous pouvons comprendre, néanmoins, pourquoi ils sont tentés de le faire. Dans le cas le plus favorable à l’acceptation libre des idéaux socialistes, avec les communautés socialistes les plus séduisantes et les plus respectées, avec la population la plus réceptive, seuls neuf pour cent (estimation généreuse) choisiraient de vivre ainsi. Les perspectives sont par conséquents sombres quant à un quelconque avènement volontaire du socialisme, où que ce soit. Comme nous le montre Israël, il n’y aurait pas assez de volontaires.

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  • Et oui. L’argument ultime contre les prétendus socialistes : « juste faites le ». C’est possible, c’est facile : il suffit d’une association type 1901. Versez les impôts que vous envisagez, redistribuez le produit de ces impôts selon les règles de votre choix, etc.

  • Un ponte socialiste demande à un jeune militant fanatique :
    – « serais-tu prêt à donner ta vie pour notre cause ?  »
    – oui, répond le jeune exalté.
    – serais-tu prêts à donner ta maison au parti ?
    – – oui, répond toujours la recrue.
    – et serais-tu prêt à donner ton vélo ?
    – Là, le type se trouble avant de répondre fermement ;: « non » ,
    Son mentor intrigué lui demande pourquoi :
    « parce qu’un vélo, j’en possède un » !!!

  • Le socialisme ne peut s’imposer que par le recours abusif et illégitime à la force brutale. Le socialisme est une idéologie barbare périmée incompatible avec la démocratie et la civilisation moderne, incompatible avec le XXIe siècle.

    C’est pourquoi il faudra tôt ou tard interdire le socialisme, non pas de le penser, ce qui serait absurde, mais sa traduction politique concrète. En effet, si de prétendus intellectuels veulent perdre leur temps avec des idioties, c’est leur problème, mais il importe de faire en sorte que leur problème ne puisse jamais devenir le problème d’autrui. Cela passe par l’interdiction constitutionnelle de toutes dettes publiques, forme de financement parfaitement anti-démocratique puisqu’on laisse la facture à des individus qui ne peuvent pas encore voter, mais également de toutes subventions économiques ou sociales qui ne sont rien d’autre qu’une corruption légalisée financée par l’impôt. Ainsi, le socialisme sous toutes ses formes (fascisme, communisme, social-démocratie…) doit être fermement combattu par l’Etat régalien minimal. En dernière analyse, c’est même l’objet essentiel de ce dernier.

    Le socialisme, c’est non seulement le vol qualifié, mais c’est également le mépris infini de l’Homme. Parce qu’il est fondamentalement immoral, strictement contraire aux Droits de l’Homme, il convient de l’interdire définitivement.

    • les dettes publiques sont déjà interdites :
      « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés.  »
      C’est clair, non ? la contribution « doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés. ». Sic. Les citoyens doivent TOUT payer HIC ET NUNC. Pas question d’emprunter, ce n’est même pas envisagé.
      Reste plus qu’à faire appliquer la loi

    • bonjour,

      je vous vois souvent proposer cette idée, j’aimerais bien voir un article détailler la dessus sur contrepoints un jour.

      je ne partage pas totalement votre vision des choses, je pense que le socialisme devrait resté autorisé dans des communautés de volontaires.

      a part cela, les mesures que vous proposez sont du bon sens.

      • Il est bien entendu que l’interdiction du socialisme ne concerne que l’Etat. Si quelques groupes sociaux veulent pratiquer la collectivisation entre leurs adeptes volontaires, grand bien leur fasse ! On peut toutefois spéculer qu’il leur faudra composer avec les décisions de justice sanctionnant les manoeuvres dolosives qui ne manqueront pas d’encadrer cette pratique. Le socialisme, tant qu’il repose sur le volontariat, indiffère superbement l’honnête citoyen. Tout au plus s’agit-il d’une expérience économique à observer sous microscope, dans un environnement confiné.

        @P : tout à fait !

      • « le socialisme devrait resté autorisé dans des communautés de volontaires. »

        Le problème c’est les héritiers !
        Contrepoints avait évoqué des sectes organisées de façon socialiste il y a quelque semaines, exposant l’idée que de telles constructions ne pouvaient accueillir qu’un nombre limité de membres.
        Certains descendants des sectes en questions se sentent coincés et ne peuvent, ou ne savent, s’extraire de la situation ou les ont mis leur parents.

        • On peut envisager des solution comme celle proposés par les communauté Amish dans le Massachusetts. Une fois atteint un certain age de raison ( dont les critère ), chaque Amish à la possibilité de découvrir et d’expérimenter le monde (non-amish) qui l’entoure pendant 2 ans. Une fois ces deux ans passés, il choisis si il souhaite continuer de suivre les préceptes Amish et ainsi de bénéficier de la mutalisation communautaire ou si il souhaite vivre selon un autre mode de vie non-amish. à noter que si l’Amish choisis de refuser la communauté Amish, il en est en principe exclus à vie ( mais en réalité il est très facile de la réintégrer, la legislation amish étant assez souple sur ce point ). Bref tout ça pour dire que des solutions semblent possible pour garantir le choix informé et consenti d’un « héritier d’une communauté » quand à son appartenance communautaire tout en garantissant le principe de libre détermination des communauté auto-gérées

  • “ Le socialisme, c’est la philosophie de l’échec, le crédo des ignares et le prêche des envieux ; sa mission est de distribuer la misère de manière égalitaire pour le peuple.” Winston CHURCHILL 1953

  • « le kibboutz est une communauté prospère, largement respectée et encouragée (notamment par des dispositions fiscales) »
    Et si ces dispositions n’existaient pas … ?
    Encore une illustration de « la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde »

  • Manque de bol pour nous, une bonne partie des 9% de la population mondiale qui veulent vivre dans le socialisme habitent en France. Ce pays est foutu.

  • On peut aisément comprendre le choix volontaire et raisonné d’un particulier pour un modèle privé socialiste. Il est indéniable que le socialisme à des avantages productif et organisationel ( comme tout systeme planifié) que ne possède pas le libéralisme basé sur la liberté donc une certaine indétermination forcément préjudiciable ( on a jamais vu un chef d’entreprise privilégié le libre marché entre ses organisme de production). Et c’est pourquoi les défenseurs utilitariste du libéralisme ruine parraissent aussi dépassé et ruinent la cote de popularité du libéralisme (qui croient encore a la main invisible d’Adam Smith a part franchement si ce n’est de sombres conservateurs républicains). Tout ca pour dire que le socialisme si il est compris une théorie managériale de redistribution des capitaux et des honneurs basé sur la coopération volontaire est totalement justifiable et même très louable ( du moins si on à fois dans le progrès ). Mais par contre en tant que systeme politique nous sommes probablement tous d’accord pour dire que c’est insoutenable et ceci pour des raisons morales évidentes (pas de consentement)

    • Ne mélangez pas tout ! Vous confondez les structures hiérarchisées émergeant naturellement avec le marché libre avec le socialisme esclavagiste, idéologie construite artificiellement pour justifier vainement l’immoralité des voleurs, des fainéants et des parasites. La différence fondamentale est le volontariat qui caractérise les premières, autant pour les salariés que pour les consommateurs ou les propriétaires. En tant que salarié, vous pouvez souverainement démissionner à chaque instant, et c’est même le seul article de loi qui devrait subsister dans le code du travail.

      « le socialisme à des avantages productif et organisationel ». Passionnante affirmation ! Lesquels ?

    • La main invisible n’est qu’une analogie décrivant un phénomène existant, pas une chose en laquelle on croit ou non.
      Nier ce phénomène c’est comme nier l’existence du soleil.

      • Le soleil n’existera plus dans quelque milliard d’année. La main d’Adam smith était peut etre valable au 19eme, je doute franchement qu’elle soit encore valable aujourd’hui vu le contexte technologique et economique. Apres jsuis pas economiste, mais ca m’étonnerai que la main d’adam smith soit aussi universel que E=MC2

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