Le temps pascal, le vin et les racines chrétiennes

Si l’on doit chercher les racines chrétiennes de la France, il est possible de les trouver dans nos vignobles et sur nos tables.

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Pressoir mystique (Image libre de droits)

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Le temps pascal, le vin et les racines chrétiennes

Publié le 20 avril 2014
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Par Jean-Baptiste Noé.

Pressoir mystique

Le temps pascal prolonge nécessairement le mystère de la Semaine Sainte : mystère de l’institution de l’eucharistie, mystère de la Résurrection. A ces deux événements le vin est convié. Que le Christ ait choisi le vin comme boisson pour devenir son sang ne doit rien au hasard. Il aurait pu prendre de l’eau, et la symbolique aurait été très belle, car l’eau est source de vie, mais c’est le vin qu’Il choisit. Le vin et la vigne sont omniprésents dans la Bible, retenons ici quelques moments majeurs.

Le livre s’ouvre d’abord sur l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal, associé à tort à un pommier à cause d’une mauvaise traduction : pomma signifie le fruit, comme dans pomme de terre ou pomme de pin, et non pas la pomme, malum en latin. Les Pères de l’Église ont très tôt reconnu la vigne dans cet arbre, et les fouilles archéologiques ont montré que la vigne était présente en Arménie 6000 ans avant Jésus-Christ, sur les lieux mêmes où s’est échoué Noé. La vigne est donc l’arbre qui ouvre la Bible, et c’est aussi celui qui le termine. Dans son Apocalypse saint Jean évoque « l’arbre de vie qui donne douze fois du fruit », arbre lui-aussi associé à la vigne.

La vigne est également présente après le déluge, symbole de purification et annonce du baptême ; Noé en fait les frais en s’enivrant à ces fruits qu’il ne maîtrise pas. Le vin se retrouve à Cana, en ouverture de la vie publique du Messie, le Jeudi Saint, comme signe sensible de notre rédemption, et aussi le vendredi, sur le bois de la croix. Il faut revoir les magnifiques tableaux allégoriques du Moyen-Âge que l’on appelle « pressoir mystique ». Le Christ crucifié est placé dans un pressoir à vis, ses membres sont torturés, et de son corps coule le sang, récupéré dans des calices d’or par des évêques et par des prêtres. Le Christ est la vraie vigne, vigne si réelle que c’est lui-même qui est mis au pressoir. Ainsi la vigne, source de notre chute par la désobéissance d’Adam et Eve, devient la source de notre salut, par l’obéissance de Jésus. La crucifixion est le point culminant de la présence constante du vin et de la vigne dans la Bible.

Vignobles d’Église

Cette forte charge symbolique, conjuguée à l’impérieuse nécessité de posséder du vin pour célébrer la messe, a conduit les évêques et les moines à développer un vignoble de qualité, en France et en Europe. Bien sûr les vignobles existent avant eux, les Grecs et les Romains sont friands de vin, mais ce sont eux qui ont maintenu la viticulture au moment de l’effondrement politique de l’Empire, et qui l’ont aussi considérablement développée et améliorée.

L’exemple du vignoble bourguignon est connu de beaucoup. Le Clos Vougeot est le fruit du travail acharné des moines cisterciens pour transformer une terre ingrate en terroir de haute qualité. C’est d’ailleurs à Vougeot que fut perfectionné le pressoir, machine qui permit de produire davantage de vin sans en diminuer la qualité. À Vougeot, on peut ajouter le champagne, et le rôle mythique de dom Pérignon et de dom Ruinart à l’abbaye de Hautvillers. Si ce n’est pas à proprement parler dom Pérignon qui a inventé le champagne, il a toutefois joué un rôle majeur dans la naissance de la renommée viticole de cette région froide et humide, presque inapte au vin.

Ces deux exemples ne sont pas les seuls. Bordeaux, qui a la réputation d’être un vignoble de bourgeois et d’urbains, a lui aussi une origine ecclésiale. Si on excepte le Médoc, créé de toute pièce au XVIIe siècle sur des terrains marécageux, les grands crus bordelais se trouvent dans les limites géographiques de l’ancien diocèse de Bordeaux, et ce sont les évêques de la ville qui l’ont développé. Quant à Saint-Émilion, nous nous trouvons sur les terres du monastère fondé par l’ermite Émilion au VIIIe siècle.

En Allemagne, le cépage riesling, si apprécié pour ses arômes complexes, fut créé à l’abbaye d’Eberbach au XVIIe siècle, abbaye cistercienne située en lisière du Rhin. Sa voisine Fulda est à l’origine de la mise au point du processus des vendanges tardives en 1775, ce qui lui permit de vendre ses vins à des prix largement supérieurs à ceux de ses rivaux.

Le vin de Porto est quant à lui promu et développé par les jésuites et les dominicains, avant que les Anglais ne s’en emparent et lui procurent sa renommée. Si l’on voyage sur les autres continents, on découvre que les vignobles californiens, chiliens, argentins furent à chaque fois créés par des missionnaires, qui avaient absolument besoin de vin pour célébrer la messe, et qui ne pouvaient pas en importer d’Europe. Certes, ces vignobles étaient de piètre qualité, mais ce fut le début de la grande aventure des vins du Nouveau Monde qui nous enchantent aujourd’hui. On pourrait en dire autant des vignobles chinois, australiens et néo-zélandais. L’engouement des Japonais pour le vin trouve lui aussi son origine dans l’évangélisation de ce pays à partir du XVIIe siècle. Il compte aujourd’hui parmi les principaux consommateurs de cognac et de beaujolais.

Voici les marques tangibles de la présence de l’Église dans le vignoble. Promenez-vous dans les rayons des supermarchés et soyez attentifs aux noms des crus, vous vous rendrez compte alors que la plupart d’entre eux sont liés à l’Église : Saint Joseph, Saint Pierre, Notre Dame des Anges, quelques grappilles qui relient le vin au christianisme.

Si l’on doit chercher les racines chrétiennes de la France et de l’Europe, il est possible de les trouver dans l’architecture de nos villages, dans les tableaux de nos musées, et aussi dans nos vignobles et sur nos tables. La gastronomie française, qui a été promue par l’UNESCO, trouve une de ses sources d’inspiration dans le mystère pascal.


Sur le web. Article publié initialement sur le site Génération Benoît XVI en mai 2011.

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  • Absolument les racines de l’Europe, de la France sont chrétiennes et les églises et musées en témoignent.

    Cela dit, à bien observer les églises, on voit qu’elles sont bâties sur des site païens, paganistes, paysans.

    On observera notamment la présence d’eau près des églises d’anciennes implantations et sur le portail nord de la cathédrale de Chartres les travaux des champs en 12 mois et les 12 signes du Zodiac.

    Les racines de la France sont chrétiennes et viticoles, sa tradition vinicole, sont sol originel est païen.

    La terre > la vigne > la greffe > le jus du fruit > l’élaboration du vin. La culture en somme.

    • Certes mais le fait que le Christianisme se soit implanté en remplaçant les anciens lieux païens et en reprenant des images que les populations locales pouvait comprendre est connu depuis fort longtemps, ce n’est pas une redécouverte et ne gâche en rien la radicalité nouvelle du message chrétien.

    • « sur le portail nord de la cathédrale de Chartres les travaux des champs en 12 mois et les 12 signes du Zodiac. »

      Vous devez parler des bateaux gonflables?

  • Effectivement, l’un et l’autre sont liés, une histoire intéressante pour mieux comprendre le catholicisme…;)

    • Hé, ce n’est pas ce que je dis. Cathos illuminée, c’est sûrement vrai, ahah…!!
      je dis qu’ils ont un bout d’histoire commune et qu’il est bon de le rappeler et d’en avoir conscience. Ma compréhension et ma pratique religieuse sont toute personnelle mais elles me conviennent ainsi!!

    • Exporter du vin jusqu’aux Indes, à cette époque épique, dans quel état de conservation ?
      Sacrés amphorés ces gaulois

  • La France et l’Europe n’ont pas plus de racines chrétiennes qu’autre chose. Au demeurant, ce pays est maintenant laïc est très fortement athée. Les cathos qui s’ s’expriment sur ce blog sont des crétins qui croient en des mythes fumeux inventés par des bergers du désert schizophrènes. Ce qui en dit long sur le niveau intellectuel des cathos, proche du néant !

    • Pauvre âme, faites donc un tour chez Libération ou le Monde, vous aurez des amis.

    • Laïc et athée, deux notions qui n’ont pas grand chose à voir, sauf si c’est grandorientesque

    • Je suis moi-même Athée mais je juge personnellement vos propos déplorable. J’ai lu la Bible, plus particulièrement le Nouveau Testament. Ces derniers opus sont certes très romancés et comportent des épisodes fantastiques qu’ils serait certes « crétin » de prendre au pied de la lettre…
      …Mais ce sont aussi des textes philosophiques d’éthique et spirituel, particulièrement influent.
      Le christianisme, qu’on l’aime ou non, a dominé pendant des siècles les sphères autant privés que publiques de l’Europe. Nous ne pouvons pas nier sa contribution à notre culture, notre histoire. Dans notre France contemporaine, la laïcité c’est la séparation de l’Etat et des Religions, rien d’autre. Comme l’aurait dit Jésus Christ, Rend à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. La liberté de culte est protégée pour tous même la liberté de ne pas croire.
      Et je doute que les Français soient majoritairement athées, probablement beaucoup sont agnostiques ou simplement déistes. Beaucoup sans être catholique, ne nieront pas l’empreinte de cette religion dans notre société civile d’aujourd’hui.

    • Quel manque de culture.
      Pourquoi les athées sont-ils toujours agressifs? Ne seraient-ils pas bien dans leurs godasses?
      Idem pour les anti-libéraux.

  • Merci pour cet article fort intéressant. Ça me rappelle que je dois offrir une bouteille de Clos Vougeot à ma chère et tendre.

  • Il y a un petit bouquin qui a été lu dans toute ma famille, cathos et non cathos, puis des amis très cathos d’autres moins. Bref, un petit livre génial qui a abouti sur des débats décomplexés: Dieu est un pote à moi de Cyril Massaratto!

  • « Il aurait pu prendre de l’eau, et la symbolique aurait été très belle, car l’eau est source de vie, mais c’est le vin qu’Il choisit. »

    Le Christ prend du vin parce « fruit de la vigne et du TRAVAIL des hommes ». Comme le pain est le « fruit de la terre et du travail des hommes ».

  • Les commentaires sont fermés.

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