Compte-rendu du colloque hommage à Pascal Salin

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Compte-rendu du colloque hommage à Pascal Salin

Publié le 9 avril 2014
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Par Boris Navio.

À l’ICES (Institut Catholique d’Études Supérieures, en Vendée), dans un amphithéâtre Richelieu qui avait fait le plein, des universitaires prestigieux étaient réunis pour honorer ensemble un libéral de renom.

SalinJean-Yves Naudet est le premier à intervenir, il rappelle le très riche parcours de Pascal Salin, un parcours marqué par une indépendance d’esprit dont il ne se départira jamais malgré les critiques venant de personnages à qui la liberté semble insupportable. Le professeur Naudet conclut sur ce principe fondateur : la liberté ne s’oppose pas au droit, ce dernier devrait être en accord avec la nature humaine, elle-même reposant avant tout sur la liberté individuelle.

Après un discours de Georges Lane sur Pascal Salin comme professeur, ce dernier, visiblement ému par ces premiers hommages, revient sur ses décennies en tant qu’enseignant et auteur de nombreux ouvrages de référence. Dans une époque où le marxisme était la pensée dominante, il apparaissait comme une évidence que les libéraux devaient être maintenus en marge de la vie universitaire, une entreprise à laquelle les tenants de l’anti-libéralisme s’emploieront sans retenue.

Puis Pierre Martin, étudiant à l’ICES, aborde la structure des marchés dans l’œuvre de Pascal Salin. Ce dernier, contrairement à un stéréotype répandu, y compris chez certains économistes, n’est pas un défenseur d’une concurrence supposée pure et parfaite à laquelle il préfère une libre concurrence  sur des marchés libres et structurés par les contraintes de la réalité. Le nombre d’acteurs importe bien moins que la libre entrée sur un marché, condition indispensable à la régulation naturelle par la concurrence qui favorise l’innovation au service du consommateur. Ce point de vue était largement confirmé par l’intervention du professeur Jean-Didier Lecaillon.

En matière de politique économique, Pascal Salin insiste sur les dégâts considérables que peuvent entraîner des concepts creux issus de la macroéconomie: « la France » exporte, « l’industrie » fabrique, « l’État » régule… Seuls des individus agissent, c’est aussi vrai dans les entreprises qu’au sein de l’appareil étatique, et pourtant on continue à voir en l’État un chef d’orchestre de l’économie nationale agissant pour « l’intérêt général », encore un concept vide de sens. La faute en revient largement aux théories fumeuses d’un certain John Maynard Keynes, dont le charisme personnel et les pirouettes oratoires auront masqué les incohérences de la pensée. Là encore, tant l’étudiant de l’ICES en charge du propos que le professeur Elisabeth Krecké ont développé un point de vue similaire.

Vient ensuite le sujet – ô combien d’actualité – de la fiscalité, lequel est introduit par Loïc Floury, étudiant à l’ICES et auteur chez Contrepoints, qui connaît bien ce sujet pour avoir co-écrit avec Serge Schweitzer un ouvrage intitulé « Théorie de la Révolte Fiscale ». Pierre Garello lui succède, et pointe l’importance de la concurrence fiscale en Europe, à l’inverse de la tendance actuelle à l’harmonisation bureaucratique. Pascal Salin, enfin, affirme que la TVA n’est pas un impôt sur les biens de consommation, comme on l’entend habituellement, mais plutôt un impôt sur les facteurs de production car cette taxe est majoritairement reportée sur les inputs de l’entreprise plutôt que sur le prix payé par le consommateur final.

La monnaie, autre sujet fondamental dans les crises qui nous affectent, occupe une place de choix dans l’œuvre de Pascal Salin. Curieusement, ce n’est pas en libéral mais en monétariste néo-classique que l’invité d’honneur du colloque démarre ses travaux dans les années 60-70, avant de finalement se faire le chantre de la vision « hayekienne » : concurrence des monnaies pour faire émerger les plus fiables et éviter que les gouvernements ne cèdent à la tentation de la création monétaire massive. Guido Hülsmann rappelle quant à lui que la croissance fantastique de la fin du 19ème siècle se fit dans un contexte déflationniste, prouvant la possibilité d’une prospérité durable malgré cet épouvantail moderne qu’est devenue la déflation.

L’investigation des principaux thèmes dans l’œuvre de Salin se poursuit avec l’économie internationale, un titre choisi pour mieux le réfuter dans la minute suivante, car ce ne sont pas des nations qui échangent mais seulement des individus, rappelle Morgane Bernis, étudiante à l’ICES. Elle termine son propos par un plaidoyer en faveur de l’échange pour tous et partout : échanger est un jeu à somme positive et non à somme nulle, puisque chaque protagoniste considère que le bien qu’il désire acquérir possède plus de valeur que celui qu’il s’apprête à céder. Serge Schweitzer ajoute que  l’échange naquît de la différence, avant de conclure sur une formule de Jacques Garello : « L’échange est l’occasion de la concurrence », c’est pourquoi il est indispensable à la réalisation de l’Homme.

L’émotion du professeur Salin est de plus en plus visible au fil de ses interventions, et culmine lorsque le président de l’ICES lui remet une série de « selected papers » réalisés par Serge Schweitzer et Loïc Floury en son honneur. Le public, enthousiaste, est ravi de se faire dédicacer le dernier ouvrage du maître, La Tyrannie fiscale , dont nous parlions récemment sur Contrepoints.

Avant de clôturer ce colloque en hommage à son collègue, Serge Schweitzer met l’accent sur la dimension morale du libéralisme. En effet un système qui n’assure pas la liberté de l’individu – fût-il plus efficace que le marché libre – ne serait pas acceptable pour un authentique libéral, à la différence des libéraux utilitaristes tels Gary Becker. L’exemple de la Chine actuelle ou encore du Chili de Pinochet mettent à mal la thèse selon laquelle la liberté économique entraînerait automatiquement la liberté politique, ce qui doit d’autant plus encourager les libéraux à défendre une philosophie globale de la liberté, bien au-delà de la sphère marchande. Pascal Salin ira jusqu’à mettre en question les barrières érigées entre les différentes sciences humaines car, pour lui, l’étude de l’être humain formerait une seule grande discipline : « nous n’aurons jamais terminé d’avancer dans la connaissance des sociétés humaines, c’est un sujet dont l’horizon est infini », affirme-t-il.

« Ayez le courage de vos convictions, ayez le courage de penser autrement », conclut un Pascal Salin qui n’ignore pas la force de caractère dont un libéral doit faire preuve face à une université et une société française crispées dans un modèle de pensée périmé. Le message est passé auprès d’un auditoire conquis, qui lui offre une interminable standing ovation en point d’orgue d’une journée riche intellectuellement, mais aussi humainement. Il appartenait naturellement au Président de l’ICES, Monsieur Eric De Labarre, de clôturer ce colloque en rappelant combien il était finalement logique que ce soit une université privée qui accueille l’hommage au savant qu’est Pascal Salin.

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