Inflation en Argentine : les origines du mal

Pour comprendre la source de l’inflation argentine, il est nécessaire de s’intéresser à la politique monétaire du pays.

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Inflation en Argentine : les origines du mal

Publié le 6 février 2014
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Par Kevan Saab.

MARCO-DEL-PONT
Mercedes Marcó del Pont, présidente de la Banque centrale d’Argentine (gauche) et Cristina Kirchner, présidente de l’Argentine.

 

Ce billet se veut un contrepoint à l’article de M. Sannat sur l’inflation en Argentine publié mardi dernier. Si les effets néfastes de l’inflation galopante cités dans l’article donnent un bon aperçu des difficultés du quotidien que connaissent les Argentins, la conclusion de l’article se perd quant à elle dans une théorie simpliste du complot à des lieux de la réalité. En effet, contrairement à ce que M. Sannat laisse entendre, l’inflation actuelle que connait l’Argentine n’a strictement rien à voir avec  les grandes banques et la finance internationale, et encore moins la Fed.

Pour reprendre la formule désormais célèbre de Milton Friedman : « l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ». Le cas argentin, comme nous allons le voir, ne fait pas exception à la règle. Ainsi, pour comprendre la source de l’inflation argentine, il est nécessaire de s’intéresser à la politique monétaire du pays.

À la tête de la banque centrale du pays jusqu’en Novembre dernier on retrouve, comme par hasard, une certaine Mercedes Marcó Del Pont, alliée affichée de la présidente Kristina Kirchner, dont l’arrivée à la tête de l’institution n’a rien eu d’un hasard. En effet, l’ancien patron de la Banque Centrale d’Argentine s’était vu remercier début 2010 pour avoir refusé de remettre les réserves de devise de la banque aux mains de la présidence afin d’aider à éponger les dettes du pays, donnant lieu à une véritable passe d’armes politique entre la majorité et l’opposition à cette occasion.

A contrario, entre Kirchner et Marcó Del Pont, la lune de miel a été ininterrompue. Il faut dire que les deux femmes ont la même conception de la politique monétaire. Pour elles, la banque centrale du pays se doit d’être cette planche à billet en charge d’imprimer les pesos qu’aimerait dépenser le gouvernement. Et pendant le mandat de Marcó Del Pont, le moins que l’on puisse dire, c’est que les rotatives ont tourné à plein régime, au point de faire passer ses prédécesseurs pour des Autrichiens, comme le montrent les agrégats monétaires M1, M2 et M3 :

argentina m1

argentina m2

argentina m3

C’est bien simple, la masse monétaire a augmenté à un rythme débridé qui a dépassé de très loin la hausse des richesses produites. Naturellement, il faut donc aujourd’hui bien plus de pesos qu’avant pour acquérir quasiment n’importe quel bien ou service. Cette conclusion rejoint tout à fait les constats d’inflation à deux chiffres partagés par tous les économistes sérieux. Les estimations varient selon les organismes, mais on parle de 20 à 30% en moyenne annuelle depuis 2010. On est bien sûr bien loin des 10% annuel calculé par le gouvernement. Une supercherie statistique d’ailleurs tellement grossière, que le FMI a ouvertement rejeté en 2013 les chiffres gouvernementaux et forcé l’exécutif à revoir sa méthode de calcul de l’inflation sous peine de sanction.

argentina credibility gap

Cependant, le plus scandaleux dans cette histoire reste sûrement les déclarations sidérantes de l’ancienne Présidente de la Banque Centrale d’Argentine qui déclare mot pour mot : « il est totalement faux de dire qu’imprimer de la monnaie génère de l’inflation ». On nage là dans l’incompétence et le déni de réalité le plus total !

Bref, dans un pays où la banque centrale n’est pas indépendante et dont la présidente de l’institution se vante ouvertement de financer tous les budgets gouvernementaux, il n’est en rien surprenant de voir la valeur de la monnaie fondre comme neige au soleil et les prix grimper en flèche chaque semaine. Pour terminer sur une note d’espoir, mentionnons que de plus en plus d’Argentins ne croient désormais plus au contrôle des prix aussi inefficace que draconien et à ses boucs émissaires commodes : banquiers, spéculateurs, hommes d’affaires avides, etc. Gageons que la brutale chute du peso ces dernières semaines, suite à la fin des mesures de soutien de la banque centrale, donnera rapidement du fil à retordre à Mme Kirchner dont les pitreries économiques commencent franchement à agacer.

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  • Enfin un article sérieux, le dernier article de Contrepoints rejetant la faute sur « la finance internationale » était digne d’un torchon communiste.

  • Bref, ne pas mettre de femme à la tête d’une banque centrale.

  • « « il est totalement faux de dire qu’imprimer de la monnaie génère de l’inflation ». On nage là dans l’incompétence et le déni de réalité le plus total ! »

    Non, elle a raison et c’est actuellement démontré par les US, ce n’est pas si simple que cela.
    Si la vélocité de la monnaie s’écroule pas d’inflation.
    C’est l’erreur que font tous les pro hyper inflation sur les US.
    Vous ne pouvez donc pas crier à l’incompétence en citant simplement cette phrase, le reste de son oeuvre suffit.

  • “Cada vez que miro a Argentina, tengo ganas de llorar. » Mario Vargas Lllosa.

  • Gold standard now!!! Plus sérieusement il faut réfléchir à un système monétaire garanti par des actifs tangibles…

    • C’est déjà très largement le cas (dire que un baril de pétrole = 100 $, c’est équivalent à dire que 1 $ = 1/100 de baril. Tout ce passe comme si le dollar était indexé sur les hydrocarbures). Mais ça ne suffit plus. Le monde évolue bien plus vite qu’avant et plus rien n’a de valeur assez stable pour servir de monnaie ; pas même l’or.

    • Le Gold Standard est un modèle déflationniste qui ne fonctionnerait guère de nos jours. Son seul atout est qu’il permet de s’assurer (s’il est maintenu) de la « bonne conduite » des gouvernements vis a vis des dépenses publique du fait de leur limite de jetons a mettre dans la photocopieuse a billet.

      Il me parait bien plus bénéfiques de se placer sur le modèle des canadiens, avec une « targeted inflation » d’environ 2% et l’aménagement des politiques autour(car oui, une inflation limitée est bonne pour inciter a la consommation). Et non la mode argentine ou américaine qui nous explique que le quantitative easing fonctionne due a cette fallacieuse idée que le volume de monnaie est une variable pro-cyclique qui causerait indirectement une reprise de la croissance du PIB.

      Enfin, je trouve ahurissant qu’une tête de banque centrale ne connaisse pas des relations majeures et simple comme la « quantitative equation » qui exprime clairement (depuis longtemps) et avec de fortes preuves empiriques que:
      Inflation = (Croissance monétaire x Croissance de la vélocité)/Croissance du PIB

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