Un Musk contre dix Montebourgs

Elon Musk est un brillant « serial entrepreneur » au flair particulièrement affuté.

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Un Musk contre dix Montebourgs

Publié le 22 janvier 2014
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Par Guillaume Nicoulaud.

Elon Musk at The Summit 2013 - Picture by Dan Taylor / Heisenberg Media
Elon Musk at The Summit 2013 – Picture by Dan Taylor / Heisenberg Media

 

Né en 1971 d’un père ingénieur et d’une mère nutritionniste et mannequin à ses heures, Elon Musk est sans doute l’un des entrepreneurs les plus remarquables de sa génération. En 1995, après des études de commerce et de physique, il fonde Zip2, un éditeur de logiciel qu’il revend à Altavista (Compaq) en 1999 pour plus de 300 millions de dollars. La même année, il cofonde X.com, société avec laquelle, en 2000, il achète PayPal qui est alors totalement inconnu, développe l’activité et revend le tout à eBay en 2002, empochant au passage $165 millions en actions. C’est à ce moment qu’il fonde SpaceX, une entreprise qui produit rien de moins que des lanceurs spatiaux – notamment pour la NASA – et dont il est toujours propriétaire. En 2004, enfin, il rejoint l’aventure Tesla Motors et investit au passage (en 2006) dans SolarCity, un installateur de panneau solaire dont il est largement l’initiateur. Bref, Elon Musk est un type techniquement brillantissime doublé d’un serial entrepreneur au flair particulièrement affuté qui, selon les données de Bloomberg, était, avec un magot estimé à 7,9 milliards de dollars, la 161ème fortune mondiale au 31 décembre dernier1.

À cette date, la fortune de Musk se décomposait comme suit :
— Ses 23% dans Tesla Motors, à $150,43 l’action, valaient 4,3 milliards de dollars ;
— Ses 80 millions d’actions SpaceX étaient estimées à environ 2,1 milliards de dollars (SpaceX n’est pas cotée) ;
— Ses 27% dans SolarCity, à $56,82 l’action, augmentaient sa fortune de 1,2 milliards de dollars ;
— Enfin, le reste de ses possessions était évalué à quelque chose de l’ordre de 300 millions de dollars.

Ce qui est intéressant ici, c’est que plus de 80% de la fortune d’Elon Musk sont concentrés dans deux sociétés cotées – Tesla et SolarCity ; ce qui va nous permettre de mesurer très précisément comment il s’est enrichi au cours de l’année 2013.

Au 31 décembre 2012, les positions de Musk dans Tesla et SolarCity valaient $921 millions et $248 millions respectivement. À la fin de 2013 (et sans tenir compte des achats qu’il a réalisés au cours de l’année), ces montants étaient devenus respectivement $4 milliards et $1,2 milliards. D’où cela vient-il ? Eh bien de l’appréciation du cours de ces deux entreprises : en 2013, l’action Tesla monte – tenez-vous bien – de 344% et celle de SolarCity – encore plus fort – de 376%. En à peine une année, sur ces deux positions, il a gagné plus de 4 milliards de dollars et avec le reste, il semble qu’il ait engrangé2 1,6 milliard de plus.

Elon Musk rentre donc dans le club des 200 premières fortunes mondiales parce qu’il a gagné énormément d’argent en 2013. C’est la raison pour laquelle vous dites que les 200 premières fortunes mondiales ont gagné énormément d’argent récemment : précisément parce que si ce n’était pas le cas, ils ou elles ne feraient pas partie du top 200. Symétriquement, si Tesla périclite et/ou si le réchauffement climatique s’avérait finalement ne pas être d’origine humaine3, il est possible que Musk perde des milliards aussi vite qu’il les a gagné. Dans ce cas, évidemment, il sortira du top 200 et c’est pour cette raison que vous ne direz pas que les ultra-riches ont perdu de l’argent. C’est ce qu’on appelle un biais de sélection ou, dans de trop nombreux cas, de la simple malhonnêteté intellectuelle.

imgscan  contrepoints 2014601 MontebourgPar ailleurs et comme vous l’avez sans doute noté, la fortune de Musk n’est ni d’or ni d’argent : elle est essentiellement constituée de ses parts dans des entreprises qu’il a fondées et qu’il est en train de faire exploser. Tesla, SpaceX et SolarCity c’est – au bas mot – 7 500 emplois, et des emplois, pardonnez-moi de le dire, infiniment mieux payés que nos « emplois d’avenir »4 nationaux. Si votre plan consiste à taxer le capital des riches – en les forçant à revendre une part de leurs actions pour payer l’impôt – pour financer des « emplois d’avenir » et autres machins subventionnés, vous admettez implicitement qu’un Arnaud Montebourg – au hasard – est plus compétent qu’un Elon Musk dès lors qu’il est question de créer de la richesse. Je dis ça, je ne dis rien.

Observez aussi que durant toute sa carrière, Musk a fondé des startups ou investi dans des startups qui avaient moins d’un an d’existence, les a développé puis, les a revendu avec force profits pour réinvestir dans le projet suivant. Ce faisant, il a créé des montagnes de richesses, des milliers d’emplois sans parler des revenus fiscaux pour Oncle Sam. Si votre plan consiste à matraquer fiscalement et par anticipation les nombreux Musk potentiels qui pourraient voir le jour en France et ce, surtout s’ils ont le mauvais goût de revendre leur boîte dans un délai jugé trop court par l’administration fiscale, si tel est votre plan, disais-je, ne vous étonnez pas si nos Musks en gestation décident de plier bagages et d’aller créer des fortunes ailleurs.

Enfin et pour la bonne bouche, si vous êtes de ceux qui pensent que les grands projets industriels innovants devraient être une mission de l’État parce que le marché est myope ou parce que le secteur privé ne sait pas être visionnaire, je vous signale que nous parlons ici d’un investisseur privé qui, sans aucune fortune à la naissance, développe des voitures électriques, construit des lanceurs spatiaux, installe des panneaux solaires et veut maintenant révolutionner l’industrie ferroviaire – si on peut encore parler d’industrie ferroviaire – avec son projet Hyperloop. Au risque de vous être désagréable, j’ai tout de même le sentiment diffus qu’en matière de redressement productif, il vaut mieux avoir un Musk qui gagne des fortunes qu’une dizaine de Montebourgs qui les dilapident.


Sur le web.

Disclaimer : que ce soit à titre personnel ou professionnel, l’auteur de ces mots n’a aucune action ni autre forme d’intérêt dans Tesla Motors et SolarCity.

  1. À l’heure où j’écris ces lignes, sa fortune est estimée à 9 milliards de dollars et il est 140ème.
  2. Le terme est impropre puisqu’il n’a pas réalisé ses plus-values, bien au contraire.
  3. Mauvaise nouvelle pour SolarCity et tous ses concurrents (qui, bien sûr, n’ont aucune activité de lobbying à Washington).
  4. Ainsi nommés parce que, précisément, ils n’en ont aucun.
Voir les commentaires (18)

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  • Excellent exemple d effectuation
    À savoir aussi qu il fait partie d un groupe au doux nom de la  » mafia paypal  »

    Des mafias comme ça nous en voulons

    à noter aussi que c est un groupe pro libertarien

  • Musk est brillant mais il est un peu surestimé je trouve on le compare à Edison ou Tesla…. Et puis il y a le fait qu’en réalité c’est un peu le doppelgänger de Montebourgs parce qu’une bonne partie de sa fortune existe grâce au gouvernement américain. L’action de Tesla a monté essentiellement sur des annonces gouvernementale de subvention. SpaceX vends principalement à la NASA, et le solaire est subventionné au US comme partout.

    • Sans subvention, Musk seraient le même tandis que Montebourg serait à sa place naturelle, au chômage.

    • Inventer est plus difficile aujourd’hui qu’a l’époque de Tesla et Edison, il ne pourra pas avoir autant d’impact, même google en est loin. Mais ça n’enlève rien à son mérite, seul l’avenir nous dira jusqqu’où il changera le monde.

    • @Cédric

      Tesla a reçu 451,8 millions en prêt de la part du gouvernement américain. Prêt qu’il a remboursé, avec intérêt, 9 ans avant l’échéance.

      SpaceX a reçu des contrats de la NASA. Ces contrats ne sont pas des subventions. SpaceX offre un service en échange de cet argent: 1,6 milliard pour 12 vols de ravitaillement vers l’ISS. Pour comparer Orbital Sciences a reçu 1,9 milliard pour seulement 8 vols de ravitaillement. Le même service offert par Arianespace aurait coûté plus de 2,5 milliards de dollars.

      Quant à SolarCity, Elon Musk en est le principal actionnaire, mais il n’est pas propriétaire de cette compagnie.

  • Ce billet démontre une nouvelle fois que l’Etat (les hommes qui vivent par, pour et en l’Etat) ne produit pas de richesses : au mieux, il la déplace, plus communément il la détruit. En matière économique, les hommes de l’Etat seraient idéalement inutiles, mais sont en réalité nuisibles. Généralement corrompus (cf la retraite d’Ayrault), ils le savent d’ailleurs fort bien, ce qui explique leur empressement à prétendre le contraire.

    On sortira de la crise terminale de la social-démocratie en interdisant le champ économique à l’action des politiciens, donc en limitant leur potentiel de nuisance. Réduire puis contenir les moyens financiers de l’Etat revient à interdire le socialisme, c’est-à-dire à interdire son application pratique.

  • C est sur qu il est surestimé

    Chaque société à besoin de son story telling et de ses idoles
    mais ce qui semble intéressant c est cette fascination américaine par rapport au makers : à ces gens qui arrivent à construire quelque chose pas à partir d une idée géniale mais plutôt en federant des gens autour de leur projets et à créer des nouveaux marchés

    La question est ce que c est transposable en France ou ailleurs, rien n est moins sur

    Combien d initiatives ont été faites dans divers pays d obédience différentes pour copier cette créativité de la silicon valley
    Israël France Russie UK Chili …. quasiment aucune réussite
    Pourquoi tout se passe dans cette région?
    Le libéralisme est une condition nécessaire mais non suffisante ?

    Peur être?
    Une immigration de qualité
    un protestantisme
    une acceptation de l incertitude

    • La scène technologique israélienne se porte très bien. Le Chili est pas trop mal mais c’est une petite économie . En France il n’y a pas de Silicon Valley mais le secteur se porte vraiment bien, c’est juste qu’une partie des start up se créer … à l’étranger. Un peu d’effort, la richesse est proche!

    • La Californie pas très libérale ou alors dans le sens américain

    • Donc Musk serait surestimé? L’homme qui a créé Space X et Tesla? Voilà le sujet d’un bel article pour Contrepoint, l’attitude bien française de considérer les choses comme surfaites. liberal think, tu fais partie du problème, pas de la solution.

  • Le vrai problème est que Mr Montebourg ne risque pas de tomber sur cet article…

  • N’importe quoi.

    Musk investit désormais systématiquement dans des domaines largement subventionné par l’Etat : jamais Tesla n’aurait pu se développer et ne pourrait se maintenir sans les subventions délirantes qu’elle reçoit du gouvernement fédéral et de l’Etat de Californie. C’est évidemment pareil pour le solaire et pour ces projets spatiaux prétendument privé.

    Musk est devenu l’incarnation parfaite du crony-capitalism.

    L’auteur de cet article confond systématiquement être libéral et être le courtisan des riches. Cet article est une honte.

    http://ricochet.com/main-feed/Elon-Musk-Shows-Us-How-to-Thrive-in-the-Government-Directed-Economy

    • En effet. Attention. Ses profits sont des ventes de quotas de « polluer » aux constructeurs de voitures pratiques qui font le plein en 5 minutes partout sur le territoire avec une autonomie de plusieurs fois celle de la Model S, tout en coutant beaucoup moins cher.

      Arriver à produire industriellement ce modèle n’en reste pas moins une réussite exceptionnelle, fruit d’un esprit à la détermination sans faille.

    • @Arn0

      Tesla a reçu 451,8 millions en prêt de la part du gouvernement américain. Prêt qu’il a remboursé, avec intérêt, 9 ans avant l’échéance.

      SpaceX a reçu des contrats de la NASA. Ces contrats ne sont pas des subventions. SpaceX offre un service en échange de cet argent: 1,6 milliard pour 12 vols de ravitaillement vers l’ISS. Pour comparer Orbital Sciences a reçu 1,9 milliard pour seulement 8 vols de ravitaillement. Le même service offert par Arianespace aurait coûté plus de 2,5 milliards de dollars.

      Quant à SolarCity, Elon Musk en est le principal actionnaire, mais il n’est pas propriétaire de cette compagnie.

  • « Au risque de vous être désagréable, j’ai tout de même le sentiment diffus qu’en matière de redressement productif, il vaut mieux avoir un Musk qui gagne des fortunes qu’une dizaine de Montebourgs qui les dilapident. »

    Ou même seulement un seul Montebourg, dont le pouvoir de destruction est assez fort comme cela. Dix Montebourg (pas de -s final), on n’ose même pas imaginer le cataclysme.

  • Une précision : musk ne serait vraiment riche que s il revendait ses participations !
    Pour l instant il ne possède que fictivement 9mds !!!!
    On connait la volatilité des cours de bourse… +300% en un an mais CZ peut aussi faire -300% en 3 mois…

  • Les commentaires sont fermés.

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