100 ans de la Fed : revue des critiques

Façade de la Federal Reserve Bank

La Réserve fédérale américaine fête aujourd’hui son centenaire. Tour d’horizon des principales critiques qui lui sont adressées.

Par Gregory Bresiger [*]
Traduction : Institut Coppet.

Façade de la Federal Reserve Bank
Façade de la Federal Reserve Bank

Supprimons la banque centrale américaine car elle a provoqué les crises de 2008, 1987, et 1929, et qu’elle se fourvoiera encore.

C’est ce que beaucoup de critiques disent à propos du système de la Réserve fédérale qui a 100 ans aujourd’hui 23 décembre. Ils constatent que, tandis que la Fed veillait sur l’économie, nous avons enduré nombre de bulles, de crises, et de cycles d’inflation qui ont grandement dévalué le dollar. La Fed, disent-ils, a provoqué ou aggravé de nombreuses crises.

« Le bilan de la Fed durant le siècle est consternant, sous quelque angle que ce soit » déclare le Professeur Joseph Salerno, professeur à la Business School de Pace University et expert de la question monétaire.

« Si vous dites que le but de la Fed est d’empêcher les calamités, alors vous devez admettre que c’est un échec » déclare William A. Fleckenstein, un dirigeant de hedge fund et auteur de Greenspan’s Bubbles.

Fleckenstein indique qu’il y a eu deux bulles durant le dernier quart du XXe siècle. Il pense également que, sous le système de planche à billets de la Fed, des taux d’intérêt quasi nuls ces dernières années, « la Fed est à nouveau en train de créer une bulle ». La Fed devrait être supprimée, ajoute-t-il, parce qu’elle ne rend aucun compte de ses erreurs.

La durée des statuts de la Fed est illimitée ont indiqué des sources de la Fed, qui ne feraient que parler du fond. Et c’est généralement la seule façon dont répondent les sources de Fed lorsqu’elles sont interrogées sur sa politique actuelle ou historique.

Qu’est-ce que la Fed ?

La Fed est une banque pour les banques qui créent de la monnaie. Elle est conçue pour être prêteur en dernier ressort, pour secourir les banques en temps de crise. Et la crise est une raison pour laquelle les États-Unis ont finalement à nouveau autorisé une banque centrale il y a un siècle. Les États-Unis ont précédemment eu une banque centrale durant le XIXe siècle, le renouvellement de son autorisation avait été bloqué par le veto d’Andrew Jackson, qui pestait contre une banque centrale qui était l’outil des intérêts des riches.

La Fed débuta avec comme objectif de protéger le dollar. Il lui était donné le droit exclusif de créer de la monnaie en 1913.

La Fed « fournirait les moyens grâce auxquels les paniques périodiques qui secouent la République américaine, et lui causent d’énormes dommages, seraient stoppées » d’après Robert Latham Owen, un des auteurs de la loi originelle de création de la Réserve Fédérale.

Pourquoi lui confier ces pouvoirs ?

Après que la panique bancaire de 1907 à Wall Street a conduit de nombreuses banques à la faillite, « il y faisait de plus en plus consensus parmi tous les Américains qu’une autorité bancaire centrale était nécessaire pour avoir l’assurance d’un système bancaire sain et pour fournir une souplesse dans la gestion monétaire » selon l’histoire officielle de la Réserve fédérale.

Mais les critiques prétendent que la Fed a fait empirer les choses. Les problèmes qui se sont succédés étaient le résultat de la démission des gouverneurs de la Fed face aux pressions politiques en faveur de la monnaie facile ou « bon marché ». C’est la politique controversée de taux d’intérêt de la Fed. S’ils sont fixés trop bas, les taux induisent en erreur les consommateurs et le monde des affaires, les poussant à emprunter excessivement. Ce qui peut mener à un cycle d’expansion et de récession.

Beaucoup pensent que c’est ce qui s’est produit en 2007-2008, quand des millions d’Américains étaient encouragés par la politique d’argent bon marché à s’endetter en prêts subprime pour acheter des maisons alors qu’ils n’en n’avaient pas les moyens. Mais les opposants à la Fed soutiennent que cela s’était déjà produit.

Par exemple, les taux d’intérêt étaient très bon marché en 1972, ce qui a mené à un désastre économique quand l’inflation a grimpé jusqu’à 10% et que les taux d’intérêt ont dépassé les 20% durant les années 1970.

« La conséquence du cadre monétaire des années 1970 a été deux périodes d’inflation à deux chiffres » a déclaré le président de la Fed Bernard Bernanke dans un récent discours intitulé « Un siècle de banque centrale aux États-Unis : objectifs, cadre, responsabilité ». Ce qui a tué les industries dépendantes des taux d’intérêt, et détruit beaucoup de petites entreprises qui ne pouvaient pas obtenir de crédit.

Cette politique monétaire controversée a mené à des crises, des dépressions, et des récessions, y compris la crise de 1929 et la Grande Dépression qui en résulta, déclarent les critiques. Quelques 10 000 banques ont fait faillite entre 1930 et 1933, selon les chiffres de la Fed.

« Tragiquement, la Fed a failli dans l’accomplissement de son mandat de maintenir la stabilité financière » a déclaré Bernanke dans son discours.

« Beaucoup », selon l’histoire officielle de la Fed, « critiquent la Fed pour avoir échoué à endiguer les prêts spéculatifs qui ont mené à la crise, et certains prétendent qu’une mauvaise compréhension de la monnaie a empêché la Fed de mener des politiques qui auraient pu atténuer l’ampleur de la Dépression ».

Parmi ceux qui critiquent la Fed se trouve l’économiste et historien de la monnaie Milton Friedman. Il a critiqué la politique de la Fed pour avoir provoqué la crise de 1929 et en conséquence une dépression qui a duré une décennie.

« Durant toute la récession, le système de la Réserve fédérale avait largement les moyens de stopper le tragique processus de déflation monétaire et d’effondrement bancaire », selon l’ouvrage The Great Contraction 1929-1933 de Milton Friedman et Anna Schwartz.

Pour les critiques de la Fed, la Grande Dépression de 1929 et la grande inflation des années 1970 sont des éléments d’un fourvoiement de la politique monétaire qui s’est reproduit en 2008.

« Il n’y aurait jamais eu une crise des prêts hypothécaires subprime si la Fed avait été vigilante », a déclaré Anna Schwartz au Wall Street Journal. « C’est une chose dont Alan Greenspan doit répondre maintenant ».

Dans ses mémoires, The Age of Turbulence, Greenspan, l’ancien président de la Fed, concède que l’action de la Fed, avant la crise, était dangereuse. Il a écrit : « Je suis conscient que les facilités accordées au crédit hypothécaire pour les emprunteurs subprime (NdT: le terme subprime désigne un crédit accordé à quelqu’un dont le risque d’insolvabilité est élevé) a accru le risque financier, et que cette sorte de subvention accordée à ceux qui voulaient devenir propriétaires a créé des distorsions sur le marché ». Malgré tout, Greenspan déclare qu’il croit toujours en l’idée que chaque Américain doit posséder son foyer.

L’économiste Laurence Kotlikoff de l’Université de Boston déclare qu’il accorderait un C comme note à la Fed pour son premier siècle.

« Elle n’a pas empêché la Grande Dépression ni la Grande Récession. Elle n’a pas résolu le cœur du problème : l’opacité et l’effet de levier du système bancaire », a déclaré Koutlikoff.

« La banque centrale a un piètre bilan, mais d’autres méthodes peuvent marcher aussi bien », ajoute Jeffrey Gundlach, manager du Doubleline Total Return Bond Fund, qui investit dans des titres adossés à des prêts hypothécaires. Gundlach a été très critique de la politique d’argent bon marché de la Fed et a prédit la crise de 2008. Il considère que l’État devrait d’abord équilibrer le budget et ensuite envisager l’avenir de la Fed.

D’autres, en considérant le passé de la Fed, sont plus sévères. Ils disent qu’il est temps de supprimer la Fed, en partie parce qu’elle favorise certains intérêts bancaires.

« La Fed est un instrument du capitalisme de connivence », met en garde Hunter Lewis, un gérant monétaire, et co-fondateur de Cambridge Associates, une entreprise de conseil en investissement.

« La Fed devrait être supprimée parce que son monopole légal de création monétaire tend à faire d’elle une institution foncièrement inflationniste, qui peut créer de la monnaie à volonté et sans limite », déclare Salerno, soulignant qu’en valeur de 1913 un dollar vaut aujourd’hui cinq cents.

« L’histoire et l’expérience courante », ajoute Salerno, « nous apprend que les groupes à qui on a accordé un monopole légal sur n’importe quel secteur de l’économie ont tendance à en profiter à fond pour s’enrichir, ainsi que leurs amis et leurs alliés ».


Sur le web.

[*] Gregory Bresiger est journaliste économique indépendant. Il écrit dans la page économie du New York Post et du Financial Advisor Magazine.

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