Une amende de 10% sur le salaire des journalistes

Le rapport officiel du FMI ne propose pas de prendre 10% de l’épargne des Européens. Bien au contraire.

Par Gaspard Koenig.

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J’aimerais réagir sur l’article « Lagarde la pillarde », basé sur (je cite) « une proposition du FMI : prendre 10% de l’épargne des Européens ».

Je ne chercherai même pas à discuter du fond du raisonnement, puisque les prémisses en sont fausses : le FMI n’a jamais formulé une telle proposition. L’auteur reprend les approximations honteuses qui ont traîné dans la presse récemment (y compris dans les journaux les plus réputés) et qui ne reflètent que la paresse et le manque de professionnalisme des journalistes et commentateurs français.

Toute cette affaire vient d’un rapport publié à l’occasion des Assemblées Annuelles du Fonds : le « Fiscal Monitor », un exercice biannuel qui fait le point sur l’état des finances publiques dans le monde et propose des pistes de réflexion en matière de fiscalité. En page 49 d’un rapport qui en compte plus d’une centaine se trouve un modeste, très modeste encart que je reproduis ci-dessous :

encart fmi

Comme chaque lecteur de bonne foi peut le constater, l’hypothèse d’une « one-off capital levy » (taxe exceptionnelle sur le patrimoine) est évoquée en réponse à ses partisans, tels que Stefan Bach, économiste et professeur à l’université de Postdam.

L’avis du FMI sur une telle mesure, censée permettre de rembourser une partie des dettes accumulées par les États, est négatif. Le Fonds évoque principalement deux raisons :

  1. L’expérience a déjà été tentée après les deux guerres mondiales et a échoué, ne réussissant qu’à provoquer fuite de capitaux et inflation.
  2. Les taux de taxation requis seraient trop élevés, le FMI indiquant à titre d’exemple que, pour ramener les dettes européennes à leur niveau d’avant-crise, il faudrait prélever 10% du patrimoine privé.

Il a donc fallu qu’un journaliste pressé extraie les 10% de ce contexte et, flairant le bon coup éditorial, fasse ses choux gras de « la-taxe-à-10%-proposée-par-le-FMI », relayé dans l’instant par ses confrères et les réseaux sociaux. Nommons-le, ce journaliste : Jean-Pierre Robin, « envoyé spécial à Washington », qui a titré le 9 octobre dans Le Figaro : « l’idée d’une supertaxe sur le capital ressurgit ».

Envoyé spécial, vraiment ? Quand les comités de déontologie des journaux décideront-ils de sanctionner de telles inventions ? Quand appliquera-t-on à la presse le dixième des exigences demandées aux autres professions ? Quand les commentateurs cesseront-ils de reprendre benoîtement ce genre d’informations de seconde main, sans aller lire eux-mêmes les textes originaux, pourtant publics ? Bien sûr, la tribune est trop tentante : « Lagarde vous pille ». Tout le monde a droit à ses quinze secondes de buzz, n’est-ce pas ? Et c’est ainsi que naît le « vent médiatique » que chacun déplore par ailleurs à longueur d’articles.

Je formulerai donc à mon tour une proposition : imposer une amende de 10% du salaire aux journalistes qui ne respectent pas la vérité.

Il est vrai que mon sang n’aurait peut-être pas bouilli aussi vite si je ne gardais pas pour Christine Lagarde, pour qui j’ai travaillé, une affection et une admiration sans réserve.

Mais les faits sont là, clairs, précis, documentés, incontestables. Avant d’écrire n’importe quoi, prenez donc le temps de lire.


Lire en contrepoint : En réponse à Gaspard Koenig sur Christine Lagarde