Le « moment Syrien » de Ben Bernanke

La confiance des intervenants de marché et des investisseurs, au sens large, en Ben Bernanke et en la Fed est rompue.

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Le « moment Syrien » de Ben Bernanke

Publié le 29 septembre 2013
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La confiance des intervenants de marché et des investisseurs, au sens large, en Ben Bernanke et en la Fed est rompue.

Par Fabrice Drouin Ristori.

L’annonce de Ben Bernanke, président de la Fed, de continuer le plan de rachat d’actifs (QE) semble avoir surpris beaucoup de monde. A tel point que, désormais, les principaux intervenants sur les marchés annoncent avoir perdu toute confiance en Ben Bernanke. Il est vrai que Ben Bernanke n’a cessé depuis 4 ans d’annoncer la fin des plans d’assouplissement monétaire pour mieux affirmer l’inverse lors des réunions de la Fed (FOMC meetings). La Fed a imprimé 3 Trillions de dollars depuis 2007.

La confiance des intervenants de marché et des investisseurs, au sens large, en Ben Bernanke est rompue.

Ben Bernanke ne peut pas stopper le QE et ne le stoppera pas. Au contraire, il l’augmentera prochainement car les marchés ainsi que la solvabilité des banques dépendent directement des plans de rachat d’actifs réalisés par la Fed.

Pourquoi Bernanke ne peut pas stopper le QE

Si la Fed arrête ses rachats d’actifs, les taux d’intérêts vont augmenter et le prix de tous les produits financiers basés sur de la dette vont plonger, la bulle des dérivés de crédit, qui atteint la valeur astronomique de 489,7 Trillions de dollars, soit 7 fois le PIB mondial, va exploser, l’insolvabilité des banques fera à nouveau surface et le marché des bons US s’effondrera. Sans compter l’impact d’une augmentation des taux sur l’immobilier et la consommation.

Le G7, ou les sept pays les plus industrialisés, représentent 50% d’un PIB mondial qui s’élève à 30 trillions de dollars. La dette totale de ces sept pays s’élève à 140 trillions de dollars. Toute augmentation des taux d’intérêts de 1% entraînerait un coût supplémentaire de 1,4 trillion de dollars.

Dans ce contexte, Ben Bernanke ne peut pas stopper le QE.

Le « moment Syrien » de Ben Bernanke

Le parallèle est saisissant avec la perte de crédibilité du président Américain Barack Obama, suite aux événements récents en Syrie. La majorité des pays ne font tout simplement plus confiance de manière aveugle aux annonces et arguments avancés par le gouvernement américain pour justifier ses interventions militaires.

L’opinion publique mondiale commence à s’interroger sérieusement sur les motifs réels des guerres déclenchées ces dernières années. De nombreux pays, comme la Chine et la Russie, savent pertinemment que la tentative de déstabilisation de la Syrie (tout comme en Irak et en Lybie) a beaucoup plus à voir avec la survie du pétrodollar qu’à l’utilisation d’armes chimiques, dont les USA ont été les pionniers (Vietnam, Iran, Irak, etc.).

Sun Tzu disait que « toute guerre est un mensonge ». On constate que les États remettant en cause l’hégémonie du dollar ont systématiquement été déclarés « terroristes » sur la base d’arguments douteux, ces dernières années. Mais les temps changent et les dirigeants internationaux, ceux qui n’ont aucun intérêt à voir le dollar survivre, ont bloqué l’intervention en Syrie.

Ben Bernanke et Barack Obama ont très certainement basculé un peu plus vers une défiance totale, ces dernières semaines. Cette défiance a et aura des conséquences radicales pour le dollar et le système monétaire international dont on sait qu’il repose sur la confiance…

Ces deux évènements sont liés, et ces deux décisions doivent être comprises comme des tentatives de continuer à imposer le dollar comme monnaie de réserve internationale et, donc, de protéger le système monétaire de monnaie-papier.

Mais l’inverse est en train de se produire : rejet massif du dollar, perte de confiance globale dans le dollar et isolement des USA.

L’affrontement international actuel non avoué est un affrontement pour la maîtrise des réserves naturelles (gaz naturel et pétrole), mais surtout pour la détermination de la monnaie dans laquelle ces énergies vitales seront échangées (monnaie-papier ou actifs tangibles).

Au sens large, nous assistons à un affrontement entre deux « factions » : l’une, de plus en plus isolée, défendant un système monétaire basé sur une monnaie-papier non convertible et l’autre, ne bénéficiant en aucune manière de la capacité d’émettre la monnaie de réserve internationale, d’un système monétaire basé sur une monnaie tangible, fiable et qui ne supporte les intérêts d’aucune nation en particulier : l’or.

Analyser ces événements économiques et géopolitiques à travers une grille de lecture centrée sur le dollar permet de mieux comprendre l’enchaînement des événements récents (économiques ou géopolitiques) et d’anticiper les conséquences d’un effondrement de la monnaie de réserve au niveau global.

Rappel historique monétaire :

L’or a été utilisé comme forme de monnaie depuis plus de 5,000 ans. Nous vivons, depuis la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, une expérience monétaire unique dans l’histoire de l’humanité, puisque c’est la première fois qu’aucune monnaie n’est convertible en actifs tangibles à l’échelle mondiale.

En résumé, depuis 1971, nous remettons en cause 5,000 ans d’expérience monétaire humaine. 5,000 ans pendant lesquels l’humanité est systématiquement revenue à une forme de monnaie basée sur l’or. 5,000 ans au cours desquels toute expérience de monnaie-papier s’est traduite par la destruction totale de la valeur de la monnaie-papier.

Il est saisissant, aujourd’hui, de constater que la majorité des individus a aujourd’hui complètement oublié l’intérêt de posséder une monnaie convertible en actif tangible. Ces mêmes individus qui ne comprennent pas d’où vient l’inflation ravageuse qui détruit leur pouvoir d’achat et les appauvrit un peu plus tous les ans.

Le système du pétrodollar :

Un système de monnaie-papier ne peut survivre que tant que la confiance dans la capacité de cette monnaie à retenir sa valeur réelle (son pouvoir d’achat) est effective et reconnue par les utilisateurs de ce moyen d’échange.

Dès que cette confiance est rompue, le système s’effondre, d’où l’intérêt pour les émetteurs d’une monnaie fiduciaire d’assurer une demande permanente permettant de soutenir la valeur ce cette monnaie non convertible. (La valeur d’une monnaie-papier est déterminée par l’offre et la demande.)

Cette demande permanente (qui soutient le cours du dollar) est rendue possible par le fait que le pétrole est vendu en dollars, c’est le système du « pétrodollar ».

On comprend la volonté des USA et des tenants du système financier actuel de rendre obligatoire la vente du pétrole en dollars, mais également de tout faire pour qu’aucun pays producteur de pétrole ne décide de vendre son pétrole dans une autre monnaie que le dollar. Et surtout pas en échange d’or, véritable antithèse de toute forme de monnaie-papier.

L’Irak souhaitait vendre son pétrole en euros, la Libye contre de l’or, et l’Iran également (via l’intermédiation de la Turquie). La Russie souhaite vendre son gaz naturel en échange d’une monnaie qui ne soit pas imprimée à hauteur de 85 milliards tous les mois, détruisant d’autant le pouvoir d’achat de ses réserves de change. La Chine paiera ses importations de pétrole en provenance d’Iran en Yuan, dont j’anticipe qu’il deviendra à terme convertible en or.

La valeur de la monnaie de réserve internationale et le privilège exorbitant de l’émettre sont défendus coûte que coûte depuis 1971, que ce soit par des accords négociés (avec l’Arabie Saoudite, notamment), par l’intervention militaire ou par la manipulation du cours de l’actif reflétant la dévaluation du dollar : l’or.

Changement de paradigme monétaire en cours :

Trois piliers de protection du dollar s’effondrent progressivement sous nos yeux.

1) La Syrie marque très certainement la fin de la capacité des USA à défendre le pétrodollar par la force. La Chine et surtout la Russie s’y étant opposées très fermement avec succès, on constate que nous avons basculé dans un monde de puissances multipolaires. Le système du pétrodollar prend fin et, avec lui, la confiance dans la monnaie de réserve internationale, le dollar.

2) De nombreux accords commerciaux sont conclus entre les BRICS sans aucune référence à l’utilisation du dollar comme moyen de paiement. La Chine, la Russie, le Brésil et nombre d’autres pays rejettent le dollar comme mode de règlement de leur factures énergétiques ou de leurs échanges commerciaux. Historiquement c’est toujours le commerce qui a fait évoluer le secteur financier. Les accords bilatéraux signés entre les BRICS sont à analyser dans un contexte de rejet global du dollar.

3) La manipulation du cours de l’or, qui doit être comprise comme un mécanisme de défense du dollar, prendra fin en parallèle à une ré-introduction de l’or physique comme mode de règlement des échanges internationaux, sous l’impulsion de la Chine et de la Russie. Manipulation qui dure, certes, depuis beaucoup plus de temps que je ne l’avais anticipé, mais dont la fin ne fait aucun doute devant l’épuisement des réserves d’or que les banques centrales s’autorisent à vendre sur les marchés, La chute vertigineuse des stocks d’or disponibles sur le COMEX (de 11,059 Millions d’onces au début de l’année à 665, 000 à ce jour) le démontre et les preuves s’accumulent que les actifs de type or « papier » émis par les banques ne sont pas convertibles en or physique. En rapport: « L’ETF GLD refuse de livrer l’or physique à ses clients« 

Un changement de paradigme monétaire se produit en ce moment-même. Ben Bernanke a connu son « moment Syrien », perdant toute crédibilité aux yeux de ceux qui lui en accordaient encore.

Les évènements s’accélèrent, tout comme la vitesse à laquelle le pouvoir d’achat des monnaies est détruit.

L’issue de ce changement, appuyée par 5,000 ans d’histoire, ne fait aucun doute : un retour au standard-or au cours ré-évalué à plus de 7,000 dollars l’once pour éviter toute crise déflationniste. Un changement monétaire imposé par les nouvelles puissances mondiales (les ex-émergents), qui ne cessent d’acquérir des quantités massives d’or physique en anticipation de l’effondrement du système monétaire international basé sur le dollar.

La Chine a importé 517,92 tonnes d’or physique via Hong Kong lors des six premiers mois de 2013, et 116,4 tonnes au mois de juillet. La Chine, premier producteur mondial d’or, n’exporte aucune once d’or…

En août, la banque centrale de Turquie a fait l’acquisition de 23 tonnes d’or, celle de Russie de 12,7 tonnes, celles d’Ukraine, d’Azerbaijan et du Kazakhstan ont acheté, quant à elles, deux tonnes d’or chacune.

Parenthèse finale :

Le fait que des milliards de dollars, d’euros et de yens puissent être imprimés et créés à partir de rien tous les mois devrait nous faire réfléchir, et révèle en réalité quelque chose qui semble échapper à beaucoup d’entre nous : dans un système de monnaie-papier il y a potentiellement suffisamment d’argent pour tout le monde. Suffisamment d’argent pour régler la majorité des problèmes auxquels fait face l’humanité aujourd’hui.

Les sommes créées (que ce soit par la Fed, la BoE, la BCE ou la BoJ) sont astronomiques, mais toutes dédiées à sauver un système monétaire qui ne peut mathématiquement pas survivre.

Quand on y pense sérieusement, le « manque » monétaire n’existe que parce que l’émission monétaire sert principalement des intérêts privés. Il est temps que le privilège de « battre monnaie » retourne dans la sphère publique, mais qu’une discipline (un garde-fou) soit mise en place afin d’éviter toute dérive hyperinflationniste : une convertibilité en actifs tangibles (dont l’or).

En théorie, si nous étions responsables et disciplinés, la convertibilité en or ne serait même pas nécessaire, mais en attendant une évolution globale qui, je l’espère, viendra suite à cette dernière expérience catastrophique de monnaie-papier, l’or, et d’autres actifs tangibles, apporteront la discipline que l’humanité ne sait pas s’imposer pour le moment.

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  • Excellente synthèse, même si le parallèle « instant syrien » entre Benanke et Obama est audacieux.

    Vous le rappelez très bien : ça fait 4 ans (comme beaucoup d’autres personnalités, exemple Merckel) que Bernanke dit et fait le contraire. Une communication aux petits oignons.

    Mais là il aurait explosé en vol… Or vous oubliez qu’il est sur le départ.

    Et ça change tout. Pour moi, on a simplement assisté à l’épisode final du story telling… On grille le fusible Bernanke, pour mieux préparer la venue, et le travail… de Yellen.

    En plus c’est une femme, ça occupera les gogo bobos un bon bout de temps, comme on les a occupés avec Obama, noir de peau.

    Change, Yes We Can. 😉

    Yellen est ainsi placée dans le jeu au parfait moment pour annoncer… de nouveaux QE (car c’est bien cela l’enjeu). Seul quelqu’un d’autre pouvait annoncer que… well… l’économie US n’est toujours pas sortie du trou, qu’il faut donc continuer et accentuer les mesures de soutien.
    On tue donc l’image du père… La fille prodigue arrive.

    Ainsi plutôt qu’une boulette, j’y vois une nouvelle opération de com’, de pilotage des expectations comme ils disent.

    Pour le reste : il est beaucoup trop tôt…

    Car vous oubliez un acteur de poids : Israël… Personne n’en parle. Vont-ils accepter (si cela est vrai) qu’Obama la colombe renonce à l’empire au MO, se mette à faire des bises à l’Iran, et se couche devant la Russie ? On peut en douter.

    In fine, je reste persuadé que ce n’est pas encore la défaite (tant de fois annoncée) de l’empire US. Loin de là.

    A ce jour, il conserve le plus gros bâton (l’armée US) au monde, et ça, ça aide pour maintenir le pétrodollar.

    Quant à la Chine… et autres émergents, on pourrait gloser sur leur prétendue force…

    L’édifice mondial n’a jamais été plus fragile… et dans ces situations, c’est celui qui possède le plus gros bâton qui généralement s’en sort le mieux.

  • « Aucune monnaie n’est convertible en actifs tangibles » : ah bon ? Ne peut-on acheter (convertir) de l’or avec des euros ? « La majorité des individus a aujourd’hui complètement oublié l’intérêt de posséder une monnaie convertible en actif tangible » : on n’a pas oublié les défauts de la conversion contrainte non plus, c’est pourquoi on n’y reviendra pas.

    « Il est temps que le privilège de « battre monnaie » retourne dans la sphère publique » : OMG ! Encore un collectiviste faisant mine d’ignorer que la monnaie est un bien comme un autre. Puisque le marché permet de déterminer couramment un prix et une quantité pour chaque proposition monétaire, il est indéniable que la monnaie ne relève pas des fonctions régaliennes. Placer la monnaie dans la sphère publique est du vol institutionnalisé, un abus de pouvoir étatique manifeste mené aux dépens des populations. D’ailleurs, personne ne doute une seconde que les monnaies monopoles dollar ou euro sont des monnaies publiques, tout aussi manipulables que l’or laissé aux mains des politiciens.

    • En effet Cavaignac, la fin de l’article sombre malheureusement dans le n’importe quoi.

      • Sans oublier que si l’or est « tangible », je ne vois pas en quoi il est actif autrement que d’etre au debit du bilan de celui qui en possede… Le dollar ou l’euro sont au moins aussi « actifs » que l’or, et malgre tout bien plus stables (ils versent un interet et leurs flucutations sont tres inferieures aux fluctuations du cours de l’or).
        Il y a vraisemblablement des problemes avec nos monnaies actuelles mais en conclure qu’un retour a l’etalon-or est la solution me parait etre une ineptie.

        • dede, la manipulation va plus loin qu’on le pense: si les devises paient un intérêt, ils n’en demeure pas moins inférieur au taux d’inflation réel. Weimar, ça te dit quelque chose ? Le retour à l’étalon-or est la solution ultime que nous apprend l’Histoire: après chaque épisode de monnaie fiduciaire (tous se sont terminés de manière catastrophiques), l’homme est retourné naturellement à l’étalon-or. On ne refait pas 5000 and d’histoire en quelques coups de QE. Mais rien ni personne ne t’empêche d’accumuler des bouts de papier dont Voltaire disait que leur valeur finit toujours par tendre vers leur valeur intrinsèque, c-à-d zéro.

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