Monnaie : critique de « Paper Money Collapse » de Detlev S. Schlichter

Dans Paper Money Collapse, Detlev S. Schlichter tente de répondre à la question de la viabilité des monnaies fiduciaires et de leurs dangers.

La monnaie est une des plus grandes inventions de l’humanité, mais sa version actuelle n’a plus aucun lien avec les métaux précieux d’antan. Est-ce un progrès ? Paper Money Collapse, par  Detlev S. Schlichter tente de répondre à cette question.

Par Rémy D.
La monnaie est l’une des plus grandes inventions de l’humanité. Elle facilite les échanges, entraîne la spécialisation des individus et la division du travail, et fournit quantité d’informations sur l’utilisation des ressources au sein d’une économie. Les hommes l’utilisent depuis plus de 2 500 ans. Cependant, la monnaie qui se trouve aujourd’hui dans nos portefeuilles est différente de celle de nos ancêtres pour au moins deux raisons : elle ne résulte pas d’un choix volontaire des individus mais se trouve imposée – et « gérée » – par des instances étatiques ; elle ne possède plus aucun lien avec un métal précieux tel que l’or ou l’argent.

Ces deux évolutions constituent-elles des progrès ? On peut en douter à la lecture de Paper Money Collapse, le premier livre de Detlev S. Schlichter, économiste et ancien banquier.

Par son analyse minutieuse du système monétaire actuel, l’ouvrage montre que les monnaies fiduciaires, c’est-à-dire les monnaies ayant abandonné leur lien de conversion historique avec l’or, sont fondamentalement instables et génératrices de crises économiques majeures.

L’ouvrage, divisé en quatre parties, s’attache tout d’abord à détailler les origines et caractéristiques fondamentales de la monnaie. Il est rafraîchissant, surtout à notre époque, de voir rappelé que la monnaie est apparue spontanément, sans intervention du pouvoir politique, sous la forme d’une marchandise reconnue (progressivement) par tous comme moyen d’échange.

Cette constatation n’est toutefois pas suffisante pour invalider l’idée d’une monnaie fiduciaire. Ses partisans sont, en effet, prompts à avancer l’hypothèse qu’une économie en croissance aurait besoin d’une masse monétaire également croissante afin de ne pas stopper son développement. Une monnaie marchandise, parce qu’assise sur une quantité restreinte de métal, ne permettrait pas cela. Detlev S. Schlichter fournit une lumineuse réfutation de cet argument : la monnaie est un moyen d’échange ; son pouvoir d’achat s’adapte donc quelle que soit la quantité en circulation (M. Mugabe : cette partie du livre vous sera utile).

La deuxième partie du livre détaille les conséquences d’une injection de nouvelle monnaie dans l’économie. Elle constitue la thèse centrale du livre. En reprenant l’analyse autrichienne des cycles économiques, Detlev S. Schlichter montre comment les actions des individus (notamment les entrepreneurs) sont influencées par la nouvelle offre de monnaie à disposition ; principalement comment des ressources (terrains, machines, travailleurs) sont transférées vers des activités rendues rentables uniquement suite à l’apport de nouvelles liquidités. Dès lors que ces ressources ne sont plus utilisées là où elles sont réellement désirées par les individus, des pénuries et une hausse des prix apparaissent au fur et à mesure que la nouvelle monnaie se diffuse. Ainsi que l’indique l’auteur « une récession est devenue inévitable » (page 116). Malheureusement, il peut-être tentant, pour une autorité politique, d’éviter cette récession en continuant la politique expansionniste initiale. Ce faisant les déséquilibres dans la structure de production se trouvent accentués et la nécessaire correction des excès s’avère plus brutale et durable.

Complétant cette analyse théorique par une revue historique des expériences (toutes catastrophiques) de monnaies fiduciaires, Detlev S. Schlichter montre, en quatrième partie, en quoi l’effondrement de telles monnaies est inévitable : « au cours des 30 dernières années, le mégacycle du crédit a continuellement été réactivé par les banques centrales et les gouvernements […] Que ce cycle ait été étendu pendant si longtemps n’est pas une raison de se réjouir. Au contraire, nous devons être conscients qu’un inévitable point de non retour doit être atteint ou, plus probablement, a été atteint suite auquel ni une nouvelle prolongation du cycle ni une correction ordonnée et indolore des dislocations précédemment accumulées sont des options envisageables » (page 219). Un retour à une monnaie marchandise est, pour l’auteur, à la fois souhaitable et inévitable.

Confronté à la radicalité d’une telle conclusion, le lecteur pourra facilement considérer que Paper Money Collapse est un brûlot sans grand intérêt. Ce serait oublier les leçons de l’histoire et négliger un argumentaire parfaitement construit.

— Detlev S. Schlichter, Paper Money Collapse. The Folly of Elastic Money and the Coming Monetary Breakdown, John Wiley & Sons Inc., 261 pages.

Site de l’auteur : http://detlevschlichter.com/

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