Monnaie : critique de « Paper Money Collapse » de Detlev S. Schlichter

Dans Paper Money Collapse, Detlev S. Schlichter tente de répondre à la question de la viabilité des monnaies fiduciaires et de leurs dangers.

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Monnaie : critique de « Paper Money Collapse » de Detlev S. Schlichter

Publié le 29 août 2013
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La monnaie est une des plus grandes inventions de l’humanité, mais sa version actuelle n’a plus aucun lien avec les métaux précieux d’antan. Est-ce un progrès ? Paper Money Collapse, par  Detlev S. Schlichter tente de répondre à cette question.

Par Rémy D.
La monnaie est l’une des plus grandes inventions de l’humanité. Elle facilite les échanges, entraîne la spécialisation des individus et la division du travail, et fournit quantité d’informations sur l’utilisation des ressources au sein d’une économie. Les hommes l’utilisent depuis plus de 2 500 ans. Cependant, la monnaie qui se trouve aujourd’hui dans nos portefeuilles est différente de celle de nos ancêtres pour au moins deux raisons : elle ne résulte pas d’un choix volontaire des individus mais se trouve imposée – et « gérée » – par des instances étatiques ; elle ne possède plus aucun lien avec un métal précieux tel que l’or ou l’argent.

Ces deux évolutions constituent-elles des progrès ? On peut en douter à la lecture de Paper Money Collapse, le premier livre de Detlev S. Schlichter, économiste et ancien banquier.

Par son analyse minutieuse du système monétaire actuel, l’ouvrage montre que les monnaies fiduciaires, c’est-à-dire les monnaies ayant abandonné leur lien de conversion historique avec l’or, sont fondamentalement instables et génératrices de crises économiques majeures.

L’ouvrage, divisé en quatre parties, s’attache tout d’abord à détailler les origines et caractéristiques fondamentales de la monnaie. Il est rafraîchissant, surtout à notre époque, de voir rappelé que la monnaie est apparue spontanément, sans intervention du pouvoir politique, sous la forme d’une marchandise reconnue (progressivement) par tous comme moyen d’échange.

Cette constatation n’est toutefois pas suffisante pour invalider l’idée d’une monnaie fiduciaire. Ses partisans sont, en effet, prompts à avancer l’hypothèse qu’une économie en croissance aurait besoin d’une masse monétaire également croissante afin de ne pas stopper son développement. Une monnaie marchandise, parce qu’assise sur une quantité restreinte de métal, ne permettrait pas cela. Detlev S. Schlichter fournit une lumineuse réfutation de cet argument : la monnaie est un moyen d’échange ; son pouvoir d’achat s’adapte donc quelle que soit la quantité en circulation (M. Mugabe : cette partie du livre vous sera utile).

La deuxième partie du livre détaille les conséquences d’une injection de nouvelle monnaie dans l’économie. Elle constitue la thèse centrale du livre. En reprenant l’analyse autrichienne des cycles économiques, Detlev S. Schlichter montre comment les actions des individus (notamment les entrepreneurs) sont influencées par la nouvelle offre de monnaie à disposition ; principalement comment des ressources (terrains, machines, travailleurs) sont transférées vers des activités rendues rentables uniquement suite à l’apport de nouvelles liquidités. Dès lors que ces ressources ne sont plus utilisées là où elles sont réellement désirées par les individus, des pénuries et une hausse des prix apparaissent au fur et à mesure que la nouvelle monnaie se diffuse. Ainsi que l’indique l’auteur « une récession est devenue inévitable » (page 116). Malheureusement, il peut-être tentant, pour une autorité politique, d’éviter cette récession en continuant la politique expansionniste initiale. Ce faisant les déséquilibres dans la structure de production se trouvent accentués et la nécessaire correction des excès s’avère plus brutale et durable.

Complétant cette analyse théorique par une revue historique des expériences (toutes catastrophiques) de monnaies fiduciaires, Detlev S. Schlichter montre, en quatrième partie, en quoi l’effondrement de telles monnaies est inévitable : « au cours des 30 dernières années, le mégacycle du crédit a continuellement été réactivé par les banques centrales et les gouvernements […] Que ce cycle ait été étendu pendant si longtemps n’est pas une raison de se réjouir. Au contraire, nous devons être conscients qu’un inévitable point de non retour doit être atteint ou, plus probablement, a été atteint suite auquel ni une nouvelle prolongation du cycle ni une correction ordonnée et indolore des dislocations précédemment accumulées sont des options envisageables » (page 219). Un retour à une monnaie marchandise est, pour l’auteur, à la fois souhaitable et inévitable.

Confronté à la radicalité d’une telle conclusion, le lecteur pourra facilement considérer que Paper Money Collapse est un brûlot sans grand intérêt. Ce serait oublier les leçons de l’histoire et négliger un argumentaire parfaitement construit.

— Detlev S. Schlichter, Paper Money Collapse. The Folly of Elastic Money and the Coming Monetary Breakdown, John Wiley & Sons Inc., 261 pages.

Site de l’auteur : http://detlevschlichter.com/

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  • Comment empêcher les politiciens de créer de la monnaie ?

    1 – L’étalon-or
    2 – Une monnaie dont la quantité d’unités soit fixée définitivement
    3 – La démocratie directe

    Mon ordre de préférence est 3 > 2 > 1.
    En effet, 2) présente les mêmes avantages que 1), et évite les inconvénients d’avoir à gérer de l’or physique.

    Mais 3) est supérieure aux deux autres parce que les politiciens ne peuvent pas abolir la démocratie directe, ce qui compense largement le fait que le peuple peut parfois aussi commettre des erreurs.

    Rappelons que le peuple est plus raisonnable que les politiciens et surtout n’a pas les incitations perverses du clientélisme politique et de l’endettement (bénéfices pour mon mandat, faillite pour mon successeur).

    • le peuple, comme aurait dit robespierre.

      j’ai bien peur que vous surestimez cette entité assez abstraite.

      ce que veut le  » peuple  », c’est la francaise des jeu, et savoir avec qui couche sont voisin.

    • 4 : la privatisation des monnaies et la concurrence monétaire.

      Le marché libre est le processus démocratique le plus commun et spontané qui soit. Direct et continu, permettant à chacun d’exprimer son opinion à tout instant en fonction de ses mérites et compétences, on n’a pas inventé plus vivant et pertinent système démocratique.

      Avec un marché monétaire libre, chacun pourra voter selon ses besoins pour une monnaie déflationniste, une autre inflationniste, une monnaie stable, une monnaie étalonnée sur l’or, une autre sur le pétrole, etc., ou plus intéressant encore, voter en même temps pour plusieurs de ces monnaies, c’est-à-dire constituer un panier de monnaies.

      Avec la privatisation des monnaies, les politiciens ne pourront plus se livrer aux magouilles monétaires mercantilistes qui ont fait et font encore aujourd’hui tant de mal aux populations, puisqu’ils seront mis hors jeu des processus de création et de destruction monétaire. A ce sujet, on se souvient que la monnaie n’est pas et n’a jamais été une fonction régalienne. La monnaie aux mains de l’Etat n’est qu’un abus de pouvoir.

      Cette proposition est bien plus désirable que n’importe quelle autre solution artificiellement construite.

      • Je ne suis pas sûr de bien comprendre comment plusieurs monnaies coexisteraient.

        Mais lorsque je l’aurai compris je crois que je continuerai de préférer la démocratie directe, car ce système est vulnérable aux politiciens.

        • Lisez Hayek. Pour les aspects pratiques, le besoin de monnaie physiquement imprimée ou frappée sur des pièces ne représente qu’une part infime des échanges et pourrait être aisément dématérialisé. La dématérialisation de la monnaie autorise des conversions instantanées à faible coût, indispensable pour fluidifier le système. Plus aucun argument pratique ne justifie le maintien d’un monopole monétaire sur un même territoire, typiquement au sein de la zone euro, en remplacement de l’euro ou aux USA en remplacement du dollar.

          Sinon, quel système n’est pas potentiellement vulnérable aux politiciens ? Seule la morale leur échappera pour toujours et sa déclinaison à l’économie qu’est le marché libre. Même les cocos n’ont pas réussi à les détruire complètement malgré leurs innombrables victimes.

  • Il est peu crédible de parler de monnaie sans commencer par expliquer son endogénéïté. L’essentiel de la monnaie est de la dette, quel que soit l’étalon sous-jacent (ou son absence). La distinction entre monnaie-métal et monnaie fiat survient donc à la marge: d’une part au niveau du taux de change (fixe pour l’or, flexible pour la monnaie fiat, la flexibilité étant bien entendu préférable et de loin) et d’autre part au niveau d’une crise de déflation par la dette: là où une monnaie fiat permet, du moins en théorie, de garder la masse monétaire à peu près constante voire sur sa tendance long-terme, une monnaie métal ne le permet pas.

    • « L’essentiel de la monnaie est de la dette » : cette phrase paraît peu compréhensible. Toute monnaie est par définition une reconnaissance de dette, un « droit de tirage » sur le travail d’autrui.

      « Garder la masse monétaire à peu près constante » : mais quelle est la finalité de garder une masse monétaire à peu près constante ? Pourquoi faire ? A quel titre ? De quel droit ? La monnaie étant un bien comme un autre, c’est à peu près aussi vain que de vouloir conserver la « masse automobile », la « masse de smartphone » ou la « masse de pains » « à peu près constantes ». Laissons donc le marché indiquer quelle quantité monétaire est nécessaire aux individus et à quel prix ! Pour le savoir avec précision, il n’y a pas d’alternative à la concurrence monétaire.

      • Par « dette », il faut comprendre « crédit bancaire », un IOU émis par une banque commerciale lorsqu’elle a accordé un prêt. C’est très différent du « droit de tirage » que vous évoquez, et très différent d’un billet de banque par exemple, qui lui n’a pas à être remboursé, contrairement à un crédit.

        Ensuite, l’intérêt de conserver la masse monétaire, c’est d’éviter qu’une simple récession ne se transforme en dépression si la vélocité de la monnaie venait à tomber brutalement. C’est ce que Friedman a expliqué.

        • Les travaux de Friedman s’inscrivent dans un cadre précis, qu’on pourrait résumé par « voici ce qu’il faut faire pour sauver les meubles en attendant la concurrence monétaire ». Friedman n’offre pas une théorie définitive mais expose la moins pire des hypothèses de travail pour une BC dans le cadre explicitement mauvais du monopole monétaire. Une BC ne peut pas connaître le prix et la quantité nécessaires de la monnaie du fait de son monopole d’émission et de destruction. En l’absence de marché, c’est tout bonnement impossible. Les airs sérieux et pénétrés des banquiers centraux sont là pour masquer le fait qu’ils sont des charlatans guidés par leur doigt mouillé.

          « C’est très différent du « droit de tirage » que vous évoquez » : on ne voit pas en quoi. Est-ce l’intermédiation bancaire de la dette qui vous chagrine ? En dernière analyse, l’intermédiation est neutre car son coût sera nécessairement supporté par les individus d’une façon ou d’une autre, banques ou pas. Toute monnaie acceptée à l’échange représente une créance d’un individu sur autrui.

          • Oups : « résumer » et non « résumé ».

          • Le système monétaire actuel n’est pas prêt de disparaitre, donc discuter de ses alternatives est un exercice intéressant mais peu pertinent en ce qui nous concerne et qui va continuer de nous concerner pour les décennies à venir.
            J’ai l’impression que vous pensez que la monnaie vient uniquement de la banque centrale, c’est faux, l’essentiel de la monnaie est créée par les banques lorsqu’elles accordent des prêts au secteur privé, autrement dit l’essentiel de la création monétaire provient de transactions sur le marché, la banque centrale ne peut, à la marge, que fixer le taux de refinancement pour les banques auprès de la BC, et c’est tout. La condition de non-intervention de la BC, c’est un fed fund rate à zéro, et les banques privées qui accordent, en toute concurrence, des prêts au secteur privé. La BC n’est là, en théorie, que pour intervenir s’il y a une crise de liquidité sur le marché.

          • « Vous pensez que la monnaie vient uniquement de la banque centrale, c’est faux, l’essentiel de la monnaie est créée par les banques » : vous avez raison, l’essentiel de la monnaie est créée par les banques, la BC créant elle aussi de la monnaie lorsqu’elle prête directement à l’Etat (et donc tort de me prêter une vision différente). En effet, il y a création monétaire uniquement lorsque que le secteur financier accorde un prêt à un secteur non financier et destruction monétaire lorsque ce prêt est remboursé grâce à la création de richesses qu’il a soutenu. En revanche, on se souvient que lorsque la BC prête aux banques, il n’y a pas (encore) création monétaire.

            Pourtant, certains en profitent pour prétendre que la monnaie serait déjà privatisée. Mais c’est une analyse simpliste et erronée de la question, généralement à des fins idéologiques (mensongers).

            Dans le système actuel, les banques ne sont que déléguées à la création et à la destruction monétaires par la BC. En réalité, elles n’ont aucune autonomie car la monnaie qu’elles créent, c’est la monnaie monopole, pas leur monnaie. Bien que participant à créer et détruire la monnaie, elles ne s’émancipent aucunement du monopole monétaire. C’est d’ailleurs la perversité du système. A cause de la monnaie monopole, nous sommes tous contraints, sans aucune échappatoire possible, d’être solidaires des erreurs des banques ou des dettes publiques. A cause de la monnaie monopole (peu importe que ce soit l’euro ou le drachme), lorsque l’Etat grec fait faillite, chaque grec est obligé d’en assumer les conséquences. Ce ne serait évidemment pas le cas si les citoyens grecs pouvaient disposer d’une monnaie indépendante de celle utilisée par l’Etat ou les banques grecques. Pour caricaturer, les détenteurs grecs de bitcoins se fichent comme de leur première tétine que l’Etat grec fasse faillite : ils ne sont pas solidaires contraints par la monnaie monopole. Vive la concurrence monétaire !

            Les banques ou l’Etat ayant parfaitement conscience de cette solidarité forcée, rien ne les arrête dans leur gestion délirante et ils accumulent les dettes publiques et les bilans risqués sans fin. A cause de l’aléa moral qu’implique la monnaie monopole, ils savent qu’au final c’est nous qui devront payer leurs erreurs, pas eux !

            « Le système monétaire actuel n’est pas près de disparaître » : que dire ? Vous avez le droit d’y croire. Plus exactement, si le système fondé sur la monnaie monopole ne disparaît pas, c’est vous qui disparaîtrez, irrémédiablement ruiné.

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