10 idées hayekiennes pour un monde en crise

Friedrich A. Hayek

Pour comprendre pourquoi les hommes politiques font fausse route face à la crise, il est bon de se rappeler les thèses défendues par Friedrich Hayek. Voici 10 idées-clés de l’auteur autrichien.

Pour comprendre pourquoi les hommes politiques font fausse route face à la crise, il est bon de se rappeler les thèses défendues par Friedrich Hayek. Voici 10 idées-clés de l’auteur autrichien.

Par David Azerrad.
Un article de l’Institut Coppet.

Inspiré  d’un essai de Bruce Caldwell, éditeur de « The Collected Works of F. A. Hayek », dans lequel ce dernier identifie les 10 thèmes clés de la pensée de Hayek.

1.  Les récessions sont inévitables.

Des alternances de périodes de croissance économique et de périodes de stagnation ou de recul sont nécessaires et inévitables dans une économie monétaire de marché libre. Les ralentissements ne sont pas des aberrations mais un remède douloureux et nécessaire pour rétablir l’équilibre de l’économie.

Toutefois, cette vérité ne signifie pas que toutes les récessions sont naturelles : l’ingérence de l’État dans l’économie culmine dans une récession. Par exemple le maintien des taux d’intérêts trop bas trop longtemps conduisant au malinvestissement, trop de projets d’investissements sont lancés qui ne peuvent en fin de compte être rentables.

2. La planification centrale et une réglementation excessive ne fonctionnent jamais.

Le désir de planifier et de soumettre l’économie à la domination des experts met la liberté en danger. Comme Hayek le notait succinctement : « plus l’État planifie, plus la planification individuelle devient difficile ». Hayek soutenait que la planification centrale, pleinement mise en œuvre, conduit à des résultats économiques désastreux et finalement à des restrictions des libertés politiques et personnelles.

3. Il faut quelques règles.

Hayek a clairement fait savoir qu’il ne préconisait pas un système de « laisser-faire pur » [1], mais un système général de règles qui permette aux individus de mener à biens leurs propres plans. La contribution de Hayek a été de souligner l’importance des institutions : un système de marché, dans un régime démocratique, avec un système de droits de propriété bien définis, appliqués et échangeables, protégé par une forte constitution et fonctionnant sous le règne du droit, dans lequel les lois sont stables, prévisibles et appliquées de façon impartiale.

4. La stimulation ne sert qu’à stimuler le déficit.

L’expérience du passé sur les tentatives de réglages fins de l’économie montre que les politiques budgétaires et monétaires contra-cycliques peuvent parfois rendre les choses bien pires (comme dans les années 70). Les hommes politiques sages seraient ainsi bien avisés de ne pas intervenir, quand bien même leurs instincts les poussent à montrer aux électeurs qu’ils font quelque chose.

5. L’économie est trop complexe pour une prévision précise.

Comme aurait pu le dire Yogi Berra [légende du baseball, connu pour ses lapsus – NdT] : « Je déteste faire des prévisions économiques. Surtout si elles concernent l’avenir. » Ce n’est pas que nous ne sachions rien, mais plutôt que ce que nous ignorons révèle les limites de notre connaissance, et partant, de notre capacité à planifier et à prévoir. Lorsque le problème de la connaissance s’ajoute à d’autres problèmes politiques et économiques, l’espoir qu’une démarche rationnelle émerge de Washington devient très faible.

6. Se souvenir de la règle des conséquences imprévues.

L’histoire montre qu’en s’efforçant d’atteindre certains objectifs – particulièrement lorsque leur réalisation implique d’interférer avec le fonctionnement du mécanisme des prix – toutes sortes d’effets pervers qui ne faisaient pas partie du plan initial se produiront (voir point 10).

Hayek n’était pas totalement opposé à l’expérimentation et au changement, mais pensait que des inflexions graduelles étaient toujours préférables à des tentatives de reconstruction globale de la société.

7. On n’imagine pas tout ce qu’on peut apprendre dans un cours d’initiation à l’économie.

Alors que Hayek a souvent souligné les limites inhérentes à une discipline qui traite d’un système complexe comme l’économie, les principes de base de l’économie – la rareté, l’offre et la demande, la division du travail, etc. – peuvent expliquer beaucoup de choses sur le monde et contribuer à éviter certaines mesures inadéquates (par ex. des prix plafonds).

Un bon cours d’économie aidera ainsi à identifier des politiques mieux adaptées – des mesures qui s’appuient sur les marchés plutôt que sur la fixation des prix ou la tentation d’obtenir des résultats spécifiques par la loi.

8. Ne pas tenir compte de la « justice sociale ».

Les marchés libres conduisent nécessairement à une distribution inégale des richesses et provoquent, tout aussi inévitablement, des appels pour une justice sociale égalitariste, comme le sait quiconque a lu les pages éditoriales du New York Times ou parcouru le Huffington Post. Hayek jugeait ces cris erronés et dangereux.

Tout d’abord, il contestait que la justice puisse s’appliquer à un processus de marché impersonnel : les actions d’une personne ou d’une organisation peuvent être justes ou injustes, mais le processus du marché et la distribution des revenus qu’il génère n’ont rien à voir avec la justice.

Deuxièmement, les revendications égalitaristes de ceux qui réclament la justice sociale violent le principe de l’État de droit. Si les gens diffèrent dans leurs attributs, alors des gens variés connaîtront nécessairement des résultats différents. Le seul moyen pour obtenir des résultats égaux pour des gens différents est de les traiter de manière inégale.

Enfin, les programmes de redistribution supposent que nous disposions de connaissances qu’en réalité  nous n’avons jamais (voir point 5).

9. Rien ne vaut le marché libre.

Hayek admettait que si nous disposions de davantage de connaissances, nous pourrions faire beaucoup plus pour améliorer le monde grâce à la planification et la réglementation. Mais ce n’est pas le cas, et dans le monde de connaissances dispersées qui est le nôtre, une grande partie de celles-ci nous est fournie par le fonctionnement du marché.

Dans un monde rempli d’incertitudes, où l’homme sur place ne dispose que de sa propre petite parcelle de connaissances locales (et parfois seulement tacites), les signaux du marché fournissent des informations sur lesquelles il peut fonder ses décisions. Celles-ci, additionnées à des millions d’autres, alimentent le système pour faire émerger les prix. Constamment, de mauvaises décisions et des erreurs sont faites, mais dans un système de marché, les erreurs des uns sont des opportunités pour d’autres qui contribuent à les corriger par leur recherche d’actions profitables.

Le système autorégulateur du marché, lorsqu’il fonctionne bien, réduit une partie de l’incertitude à laquelle nous sommes tous confrontés dans l’arène économique et contribue à coordonner nos actions avec celles de millions d’autres. Il permet aussi à des individus d’agir à partir de leurs propres connaissances locales et à d’autres de tirer profit de ces connaissances même s’ils n’en disposent pas eux-mêmes.

10. En règle générale, les remèdes de l’État ne sont pas seulement pires que le mal, mais conduisent à de nouvelles maladies.

Si vous considérez que les  bureaucrates sont incités à maximiser la bureaucratie, que les hommes politiques qui aspirent à leur réélection – et lequel n’est pas dans ce cas ? – sont incités à augmenter les dépenses et/ou à diminuer les impôts [2], et que les entreprises sont incitées à éliminer la concurrence au moyens d’avantages concédés par l’État, vous conclurez que le marché libre reste notre meilleure option (voir point 9).


Sur le web. Traduction : Jacques Peter, Institut Coppet.

Notes :

  1. NdR : Ici au sens de « laisser-aller ».
  2. NdR : On retrouve là l’opposition entre néo-keynésiens et tenants de l’économie de l’offre.