Plus de productivité : une dérive dangereuse ?

Faut-il s’inquiéter de l’augmentation de la productivité ? Certains prophètes de malheur prédisent le pire et préconisent de freiner la croissance. Une attitude irrationnelle.
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Plus de productivité : une dérive dangereuse ?

Publié le 28 juillet 2013
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Jour 7 de l’anthologie des 30 textes de Robert Wenzel qui vous amènera à devenir un libertarien bien informé : cet article du Mises Institute a été originellement publié le 6 juin 2012.

L’Institut Coppet vous propose pour cet été, en partenariat avec Contrepoints, l’anthologie des trente textes libertariens de Robert Wenzel traduite en français. Robert Wenzel est un économiste américain éditeur du site Economic Policy Journal et connu pour son adhésion aux thèses autrichiennes en économie. Cette anthologie regroupe une trentaine de textes qui s’inscrivent quasi-exclusivement dans le courant autrichien et plus généralement dans la pensée libertarienne. Le but principal de cet ensemble bibliographique de très grande qualité est de former au raisonnement libertarien, notamment économique, toute personne qui souhaiterait en découvrir plus sur cette pensée.

Lire aussi les premiers textes de l’anthologie.


Résumé : Faut-il s’inquiéter de l’augmentation de la productivité ? Certains prophètes de malheur prédisent le pire et préconisent de freiner la croissance. Une attitude irrationnelle.


Par David Gordon.
Traduit par Victor Stepien, Institut Coppet

David Gordon traite des nouveaux livres en économie, en politique, en philosophie et en droit pour la Mises Review, la revue trimestrielle de littérature en sciences sociales, publiée depuis 1995 par le Mises Institute. Il est l’auteur de The Essential Rothbard, disponible sur le Mises Store.

 

C’est déjà un comble que les opposants au marché libre accusent de manière erronée le capitalisme de la pollution environnementale, des dépressions économiques et des guerres. Peu importent les failles de leurs théories causales, ils ont le mérite de s’intéresser à des choses catégoriquement mauvaises. On frise le ridicule, cependant, lorsque le marché est accusé de produire quelque chose de bien.

C’est ce que fait Tim Jackson, Professeur de développement durable à l’Université de Surrey, dans son article qui s’intitule « Soyons moins productifs », dans le New York Times du 26 mai 2012.

Selon Jackson, la productivité intensifiée aurait connu sa limite. Par productivité, il veut dire « la quantité de production par heure de travail dans l’économie ». Il est d’accord pour dire que puisque le travail est devenu plus efficace, on peut bénéficier d’avantages substantiels : « Notre capacité à générer plus de production avec moins de personnel nous a délivré des corvées et nous a apporté une panoplie de richesses matérielles. »

Malgré ces avantages, le danger est devant nous :

« Une productivité de plus en plus grande signifie que si nos économies ne continuent pas à augmenter, nous prenons le risque de mettre des gens au chômage. Si davantage de productivité est possible chaque année avec chaque heure de travail, soit la production doit augmenter, soit il y aura moins de travail pour embaucher des gens. Que cela nous plaise ou non, nous sommes esclaves de la croissance. »

Si la crise financière, les prix élevés des ressources comme le pétrole, ou les dégâts sur l’environnement rendent la croissance sans rupture impossible, nous risquons l’éventualité du chômage. « Une productivité qui s’accroît menace le plein emploi. »

Que peut-on alors faire ? Jackson propose un remède ingénieux. Nous devrions nous concentrer sur les métiers dans des sphères de production moindre. « Certaines tâches reposent de manière inhérente sur l’allocation du temps et de l’attention des travailleurs. Les métiers du social en sont un bon exemple : la médecine, l’assistance sociale, l’éducation. En augmentant nos économies dans ces directions, nous récolterons beaucoup d’avantages. » Un cynique pourrait se demander si c’est vraiment une coïncidence que Jackson lui-même travaille pour une de ces professions.

Jackson a également d’autres idées pour des réformes au-delà d’un effort plus important pour privilégier les professions du social. (On se demande d’ailleurs si Jackson utilise cette expression pour insinuer que les personnes qui travaillent dans des postes à grande productivité n’ont que peu de préoccupation pour le social. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce serait une suggestion assez osée.) Il ajoute que nous devrions également accorder davantage de ressources aux objets artisanaux qui demandent beaucoup de temps à faire, tout comme au « secteur culturel ».

Le programme de Jackson pose une question principale : comment pouvons-nous mettre en place ces changements ? Il nous apporte une réponse bien préparée. Bien entendu, une transition vers une économie de moindre productivité n’aura pas lieu en y rêvant. « Cela demande beaucoup de considération sur les structures d’encouragement par exemple, des taxes moins élevées sur le travail et plus élevées sur la consommation de ressources et la pollution. »

Jackson a tout à fait raison de penser que si le travail devient plus efficace, les travailleurs doivent trouver une autre utilisation du temps qui leur est désormais disponible. Mais pourquoi est-ce un problème ? Les êtres humains ont des souhaits sans limite, et on trouve toujours de nouvelles façons d’utiliser la main d’œuvre humaine.

Comme le dit Murray Rothbard :

La main d’œuvre doit être économisée parce qu’il s’agit d’un produit en petite quantité et parce que la soif qu’ont les hommes à échanger des produits est loin d’être satisfaite. Plus on économise de la main d’œuvre, mieux c’est, parce qu’alors, la main d’œuvre utilise des biens d’équipement de meilleure qualité en y passant beaucoup moins de temps.

Une amélioration technologique dans une industrie aura tendance à améliorer le marché de l’emploi dans ce secteur si la demande pour ce produit est élastique à la baisse, pour qu’une offre plus importante de produits conduise à davantage de consommation. Par contre, une innovation dans une industrie avec une demande peu élastique à la baisse fera en sorte que les consommateurs dépenseront moins sur les produits abondants, en contractant le marché de l’emploi dans cette industrie. En somme, la procédure d’innovation technologique transforme la main d’œuvre d’industries à demande non-élastique vers des industries à demande élastique. [1]

Les crises financières peuvent interrompre la croissance, mais vu le caractère illimité des souhaits humains, elles ne peuvent pas complètement l’anéantir. Jackson nous a offert une manière d’y remédier, mais il n’a pas réussi à démontrer qu’une maladie existante nécessitait réellement un remède.


Suivre les articles de l’anthologie libertarienne de Robert Wenzel.

Note :

  1. Murray Rothbard, L’Homme, l’économie et l’État, Paris, Charles Coquelin, 2007.
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  • Comme ce n’est pas la productivité qui fait a qualité d’une monnaie, on sait déjà que la Chine sera la plus grosse perdante. A force de vouloir être partout avec une offre massivement mauvaise, son image de produit de masse est dépassé par celui de produit de merde.

  • hippolyte canasson
    28 juillet 2013 at 12 h 35 min

    Dans les secteurs hautement productifs, la masse salariale est, relativement, faible comparée au CA. Cela ne pose donc pas de problèmes sociaux. Dans les secteurs de service faiblement productifs la masse salariale représente presque tout le CA. Là il y a des problèmes sociaux.
    Dire que la médecine, l’assistance sociale, l’éducation ne seront pas l’objet d’amélioration de productivité est plus que très risqué.

  • Les commentaires sont fermés.

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