Brive : Règlement de compte entre militaires et jeunes des quartiers

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Brive-la-Gaillarde connaît depuis quelques jours de fortes tensions communautaires qui opposent les militaires du 126ème RI aux jeunes du quartier populaire des Chapélies.

Brive-la-Gaillarde connaît depuis quelques jours de fortes tensions communautaires qui opposent les militaires du 126ème RI aux jeunes du quartier populaire des Chapélies.

Dans la nuit du 16 au 17 juillet, entre 23h30 et 2h30, le quartier populaire des Chapélies à Brive-la-Gaillarde a été le terrain d’une rixe opposant des militaires du 126ème régiment d’infanterie et des jeunes du quartier. Les forces de l’ordre ont dû intervenir à cinq reprises. L’altercation a été assez violente, en témoignent les stigmates de jets de pierre, plusieurs voitures dégradées, ainsi qu’un engin de chantier incendié (cf. photo ci-contre). Hier, des interpellations ont eu lieu ; plusieurs militaires et civils ont été placés en garde à vue.

L’histoire débute le lundi 15 juillet lorsque quelques jeunes du quartier populaire s’introduisent dans une résidence privée, alors occupée par des familles avec enfants, pour profiter de la piscine. Les jeunes sont priés de quitter les lieux par un militaire du 126ème RI d’origine polynésienne, présent sur place. Le ton monte, l’affaire dégénère et le militaire est passé à tabac. Selon les dires d’une personne proche du militaire, une femme enceinte aurait également été violentée au cours de l’altercation, avec de possibles conséquences graves pour l’enfant à naître. La résidence aurait également été dégradée par les jeunes impliqués dans la bagarre, selon une source proche du commissariat.

Le lendemain, mardi 16 juillet au soir, un groupe de militaires se serait rendu au quartier de la Chapélie. Les habitants du quartier auraient alors pris la fuite. Des jeunes seraient revenus avec des moyens de défense et une grande bagarre aurait éclaté, interrompue par l’arrivée des véhicules de police.

La version des faits diverge selon les sources.

Selon La Montagne, dans un article daté du 20 juillet, il s’agirait d’une « expédition punitive » fomentée par les militaires qui s’en seraient pris à une trentaine de personnes, essentiellement des familles avec enfants, se rassemblant dans le parc du quartier pour un moment convivial, une heure après la rupture du jeûne du ramadan. Témoignages d’habitants du quartier rapportés par le quotidien régional : « Certains n’avaient même pas eu le temps de fumer une cigarette quand on a vu entre 50 et 60 militaires descendre de la rue Courteline avec des pierres, des coupe-coupe, des battes de base-ball » ; « Il y a des femmes qui criaient, des pierres sifflaient à leurs oreilles ». Certains habitants déplorent l’inaction des forces de police et estiment « ne pas avoir été défendus, contre des représentants de l’État », tout en comprenant que « des flics qui gagnent 1.300 euros par mois » n’aient pas voulu se frotter à « des mecs formés pour tuer ». Rappelons en effet que 126ème régiment d’infanterie est spécialiste du combat rapproché en milieu urbain.

Selon une source proche des militaires, ceux-ci n’étaient pas armés et auraient quitté le quartier dès l’arrivée « des forces de l’ordre, que les militaires respectent » – tandis que les jeunes s’en seraient pris aux policiers, ainsi qu’aux pompiers venus pour éteindre les différents feux. Toujours selon cette source, depuis ces événements, certains militaires, notamment les « gars des îles », auraient été victimes d’embuscades par des gens du même quartier. Des « coups de feu » auraient été entendus aux abords des appartements des militaires. Dès le lendemain, le chef de corps du 126ème RI aurait réuni le régiment pour faire un appel au calme et interdire la sortie en ville aux militaires, notamment à tous les Polynésiens. Un militaire, « frère d’arme » de l’une des personnes mises en garde à vue, exprime son désarroi : « À notre plus grande surprise – mauvaise surprise –, les médias laissent entendre que les fauteurs de trouble seraient les militaires ! Nous nous demandons où est la justice ? Pourquoi les policiers ne sont-ils pas avec nous alors qu’ils ont tous les éléments ? Pourquoi les médias nous salissent-ils comme ça ? De qui viennent les ordres ? Je crois que si nous nous posons les bonnes questions, les réponses font peur. »

Inquiète des « tensions fortes entre les deux côtés », la municipalité a décidé de « calmer les esprits » en déployant des médiateurs de la mairie dans le quartier jusqu’à 3 heures du matin chaque soir et dit vouloir éviter toute stigmatisation en « montant une communauté contre une autre ». Il est vrai que cette violente altercation s’apparente à un conflit qui oppose, selon Le Figaro, des militaires en grande partie d’origine polynésienne aux habitants du quartier des Chapélies où résident de nombreux musulmans. On peut comprendre dès lors cette volonté de pacifier les tensions communautaires. Des CRS ont tout de même été mobilisés depuis le 20 juillet, renforcés par une compagnie depuis mardi soir, en raison de festivités qui se tiennent à Brive.

On peut s’étonner que cette affaire soit peu relayée par la presse nationale, hormis une brève de l’AFP qui la décrit comme une banale « échauffourée », alors qu’elle présente des similitudes avec les émeutes que connaît actuellement la ville de Trappes. La sous-préfecture de la Corrèze serait-elle trop éloignée des rédactions parisiennes subventionnées ?