France : pourquoi un tel rapport à l’argent ?

Le rapport à l’argent des Français est particulièrement compliqué pour des raisons qui ne sont pas toujours justifiées.

Le rapport à l’argent des Français est particulièrement compliqué pour des raisons qui ne sont pas toujours justifiées.

Par Philippe Robert.

En France, nul n’ignore que le rapport à l’argent des Français est particulièrement compliqué  pour des raisons qui ne sont pas toujours justifiées, loin s’en faut ; ne serait-ce que parce que l’idéologie communiste, plus qu’en aucun autre pays avancé, perdure chez nous d’une manière aussi irrationnelle qu’anachronique…

Nous sommes donc confrontés à une situation d’autant plus déroutante que la France peut se prévaloir d’un héritage libéral de premier plan, reconnu comme tel partout où le libéralisme apporte la preuve de son efficacité, alors que nous Français nous faisons un devoir sacré d’en récuser superbement les enseignements ! Comme l’écrivait Bastiat [1] :

Comment se fait-il qu’en France on sache si peu une science qui nous touche tous de si près, et dont la diffusion aurait une influence si décisive sur le sort de l’humanité ? Serait-ce que l’État ne la fait pas assez enseigner ?

Pas précisément. Cela tient à ce que, sans le savoir, il s’applique avec un soin infini à saturer tous les cerveaux de préjugés et tous les cœurs de sentiments favorables à l’esprit d’anarchie, de guerre et de haine. En sorte que, lorsqu’une doctrine d’ordre, de paix et d’union se présente, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité, elle trouve la place prise. »

D’où la gravissime stagnation économico-politique, fruit empoisonné d’une régression intellectuelle inouïe, qui depuis des lustres retient la France captive d’un univers glauque où il est vain d’espérer et au cœur duquel, avec force relents totalitaires, règne l’obscurantisme socialiste made in France.

Pour en revenir au maudit argent qui donne tant de boutons aux Français mais qui sait aussi sourire, par un juste retour sur investissement vous expliquera Bernard Tapie, à ceux qui, comme lui, savent le caresser dans le sens du poil, jusqu’où peut-on aller dans l’adoration du Veau d’or sans risquer d’y perdre sa réputation ?

Le déroulé de carrière de l’électron libre touche-à-tout qui a nom Bernard Tapie est d’ailleurs emblématique, selon moi, des efforts considérables mais aussi quelque peu désordonnés que cet homme d’affaires que, personnellement, j’aurais plutôt tendance à qualifier d’affairiste, a pu déployer pour arriver à ses fins. En revanche, peut-être ne s’est-il pas assez rendu compte que son appétit dévorant pour édifier une fortune digne de la haute idée qu’il se faisait de lui-même exigeait, à tout le moins, plus de raffinement dans l’action sans par ailleurs céder inutilement à la précipitation toujours mauvaise conseillère. En dernier lieu, peut-être que l’exposition ostensible d’une certaine réussite matérielle, aujourd’hui remise en cause par le doute certes non encore réellement étayé pesant sur la légitimité de sa constitution, participe-t-elle aussi à l’aune de son luxe excessif à la remise en cause du bien-fondé de sa jouissance.

Bref, le temps ayant prélevé sa dîme, voilà notre héros une nouvelle fois pris dan les rets de la justice qui cette fois-ci lui reproche, selon les termes d’une accusation d’une extrême gravité, d’avoir touché de fabuleux honoraires indus grâce à un heureux concours de circonstances dont il aurait pu être le deus ex machina.

Je n’ai ni à condamner ni à absoudre Bernard Tapie n’ayant aucune qualité pour ce faire et même si j’ai ma petite idée sur la question, je la garderai pour moi. Cependant, que l’on me permette de dire quand même ici que le fonctionnement actuel de la justice de mon pays, pour le moins occulte, m’effraie au plus haut point…

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Note :

  1. Frédéric Bastiat, Maudit argent ! suivi de La vitre cassée, Berg, 2013