Syrie : la leçon libyenne oubliée aux USA

La mosaïque tribale qu’est devenue la Lybie devrait donner à réfléchir aux Américains avant qu’ils ne commettent les mêmes erreurs en Syrie.

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Syrie : la leçon libyenne oubliée aux USA

Publié le 4 juillet 2013
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La mosaïque tribale qu’est devenue la Libye devrait donner à réfléchir aux Américains avant qu’ils ne commettent les mêmes erreurs en Syrie.

Par Ted Carpenter depuis Washington.
Cet article a été publié par le Cato Institute et traduit par Libre Afrique.

La décision de l’administration Obama d’accroître l’aide aux rebelles syriens, y compris maintenant une aide militaire, semble indiquer que les États-Unis deviennent peu à peu un participant à la guerre civile syrienne. Ce qui est inquiétant dans cette tendance, c’est combien la politique américaine évolue dans le même sens que l’intervention passée des États-Unis en Libye. Avant que Washington ne s’engage franchement dans cette voie, il serait sage que les décideurs américains se rappellent comment s’est soldée la mission Libye. L’exercice donne en effet à réfléchir, l’après Kadhafi en Libye ne constituant guère un modèle qu’un décideur politique sensé veuille répéter.

Bachar El-Assad en Syrie et Mouammar Kadhafi en Libye ont tous deux acquis une réputation amplement méritée de dirigeants effroyablement brutaux. Même si les allégations récentes selon lesquelles le régime Assad a utilisé des armes chimiques se sont avérées infondées, il ne fait aucun doute que les forces gouvernementales syriennes ont maintes fois utilisé des armes conventionnelles contre différentes cibles avec peu de considération pour leur impact potentiel sur les civils innocents.

Mais comme dans le cas de la Libye, les insurgés en Syrie sont constitués d’une coalition hétéroclite allant de réformateurs démocratiques et pragmatiques à des islamistes radicaux étroitement alliés à Al-Qaïda. Les responsables américains, ainsi que les partisans, au Congrès américain, de l’aide aux rebelles, comme les sénateurs John McCain et Lindsey Graham, affichent une suprême arrogance lorsqu’ils supposent que Washington peut orienter l’aide vers les premiers tout en évitant que les financements et les armes ne tombent entre les mains de la deuxième faction. Comme le sénateur Rand Paul et d’autres critiques de l’aide aux rebelles le soulignent, Washington pourrait finir par renforcer les éléments terroristes qui souhaitent faire des ravages aux États-Unis.

Les révolutionnaires victorieux en Libye, que les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont aidés de manière décisive, se sont assez rapidement fragmentés en diverses milices armées, dont beaucoup sont loin d’être des démocrates tolérants. Une milice extrémiste à Benghazi, Ansar al-Sharia, est largement soupçonnée d’avoir orchestré l’attaque du 11 septembre 2012 contre le consulat américain. Les affrontements entre autres milices ont transformé la Libye en un État chaotique et dysfonctionnel qui rappelle le Liban dans les années 1970 et au début des années 1980, ou l’Afghanistan dans les années qui suivirent immédiatement le retrait des forces soviétiques.

En effet, l’État libyen montre des signes multiples et inquiétants de fragmentation. Les affrontements tribaux dans le sud du pays en février 2012 qui ont entraîné la mort de plus d’une cinquantaine de civils et causé la fuite de centaines d’habitants de la région sont un signe précoce de l’instabilité sous-jacente du pays. Au début du mois de juin 2013, le chef de la province de la Cyrénaïque, riche en pétrole, a déclaré la région autonome, et d’autres provinces de l’Est peuvent chercher à lui emboîter le pas. Le respect de la part de ces factions pour le gouvernement national à Tripoli ou pour l’armée libyenne n’est certainement pas très grand. Le 15 juin, des centaines d’hommes armés (apparemment des miliciens) ont tiré sur des soldats de la Première Brigade d’Infanterie à Benghazi, tuant six personnes, en blessant onze, et forçant le reste à se retirer de plusieurs bases dans la région.

La Libye est davantage une mosaïque tribale qu’un État-nation moderne au sens occidental du terme, et l’aide militaire de l’OTAN aux forces insurgées a aidé cette mosaïque à commencer à se désagréger. Ce n’était pas une coïncidence si la révolution qui a renversé Kadhafi a trouvé son origine à Benghazi et a été largement dominée par les tribus de la partie orientale du pays. Toutes les rébellions antérieures contre son régime avaient également commencé dans l’Est du pays. En revanche, la base du pouvoir politique de Kadhafi s’est appuyée sur le soutien des tribus de l’Ouest. Ca a été d’ailleurs la partie du pays qui est tombée en dernier aux mains des insurgés. Les tribus du sud ont traditionnellement mené une stratégie équilibrée et prudente, en essayant d’éviter un engagement excessif en faveur soit de Kadhafi et de ses alliés occidentaux tribaux à l’ouest soit de ses adversaires de l’Est.

De la même façon, la Syrie tient davantage de l’amalgame de groupes ethniques et religieux que d’un État avec une forte identité nationale. La population de la Syrie est divisée entre Arabes sunnites (environ 60 pour cent de la population), chrétiens (environ 10-12 pour cent), alaouites (une branche chiite, également environ 10-12 pour cent), druzes (environ 6 pour cent) et diverses minorités ethniques, essentiellement sunnites, principalement des Kurdes et des Arméniens. La famille Assad, qui est alaouite, a fondé son pouvoir durant plus de quatre décennies sur la loyauté solide de son bloc religieux, dans une alliance souple avec les chrétiens, les druzes et parfois un ou plusieurs des autres petits groupes ethniques. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est une tentative largement sunnite de renverser ce régime de « coalition des minorités ».

Aider à renverser Bachar El-Assad peut paraître moralement séduisant aux militants des droits de l’homme aux États-Unis et ailleurs en occident, mais il faut se méfier des conséquences inattendues. Sil’étape suivante est une Syrie instable et agressive, avec un nouveau gouvernement fortement influencé par des éléments islamistes radicaux, ou une Syrie qui se fragmente en mini-États ethno-religieux, le résultat risque ne pas être très plaisant. Malheureusement, comme nous l’avons vu en Libye, l’un de ces scénarios est tout à fait probable dans les pays qui manquent de cohésion nationale. Et comme dans le cas de la Libye, les architectes intellectuels d’un tel fiasco stratégique souffriront probablement d’amnésie et se débrouilleront pour ne pas endosser la responsabilité de leur œuvre douteuse.

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  • C’est bien gentil tout ça, mais les Assad père et fils et leur régime ont été nos ennemis des le début, et maintenant que nous avons manifeste notre désir qu’il parte il serait encore plus risque qu’il reste, employant son énergie a se venger le plus possible. Il est évident que la révolution en Syrie est multiple, comme l’ont été toutes les autres avant elles (y compris les nôtres dont nous sommes si fiers), durant lesquelles des adversaires s’allient contre un ennemi commun pour parvenir a leur objectif stratégique, quitte a se faire la guerre ensuite. Si les djihadistes se sont précipites, tout joyeux, en Syrie, ce ne sont pas eux qui ont commence l’insurrection populaire dont la violence est due a la réaction violente d’Assad lors des manifestations sociales du début (comme toujours aussi, les revendications politiques des uns trouvent leur écho dans la faim des autres – pensez a 1789). Si donc les sunnites syriens et les djihadistes sont près a s’affronter après s’être débarrasse d’Assad, comment croire que donner des armes aux premiers est equivalent a en donner au second ? Au contraire, en renforçant les katibas non djihadistes, on leur permet d’assurer leur rang au sein de l’insurrection armée (sinon les djihadistes auront toute la gloire d’avoir combattu la ou c’était le plus dangereux etc.) d’une part, et on leur permet de pouvoir contrôler les djihadistes ensuite d’autre part. C’est si les sunnites syriens ne sont pas soutenus que le risque djihadiste est le plus grand.

    Enfin, ces pays qui manquent de composition nationale ont été crée par les puissances coloniales : que n’avons nous pas, au moment de l’indépendance, fait en sorte de respecter « le droit des peuples a disposer d’eux-mêmes » en créant un pays touareg, un Kurdistan indépendant, etc. ! La guerre froide a gelé ces dispositions et étouffé les revendications, mais maintenant plus rien n’empêche ces nationalismes (dans le meilleur sens du terme, c’est-a-dire revendiquant le droit des peuples a former une Nation) de se s’exprimer haut et fort, et les confondre avec le djihadisme islamique est stupide, d’autant plus que celui-ci vise un émirat unique… Le mouvement qui s’enclenche est irrésistible, donc plutôt que de tenter de s’appuyer sur des dictateurs corrompus pour essayer d’endiguer un djihadisme qu’ils suscitent de l’autre main (ou chez leurs ennemis régionaux pour les embêter, ou chez eux par la misère sociale résultant de leur politique), tachons de montrer aux vainqueurs de demain que nous ne leur sommes pas hostiles.

    J’entends bien que rester neutres et aider activement n’est pas la même chose ; mais après avoir vendu tant d’armes a tant de dictateurs, rééquilibrer les forces ne semble pas une mauvaise idée, d’autant plus que les wahhabites sont activement soutenus par la Péninsule arabique et Assad par Moscou et Téhéran.

    Enfin on voit bien que les mouvements qui agitent aujourd’hui le mondent arabe correspondent au nationalisme européen du XIXeme siècle, qui s’est fait lui aussi sans bcp de démocratie au début (celle-ci n’est vraiment arrivée qu’au XXeme : suffrage censitaire en France jusque a la IIIeme Republique, empire en Allemagne, dictature en Italie, Espagne, Portugal, etc…)

    • Les Assad n’ont pas été plus nos ennemis plus que ce que la géopolitique régional implique : pour n’importe quel pouvoir syrien, l’indépendance du Liban est un scandale, Israel un ennemi, la Turquie et donc l’OTAN aussi. D’où l’alliance russe et iranienne.

      L’idée de segmenter le pays en divers pays par nationalité est séduisante sur le papier, mais en pratique elle sont trop imbriquées pour que ça se fasse sans casse, et ça ne résout pas vraiment les problèmes, ça les change seulement niveau (par exemple : un problème national « indien » entre hindous et musulmans devient un problème international entre Pakistan et Inde ; avec nucléarisation, en plus, dans ce cas)

  • Non, ni Khadafi ni Assad n’iont été « effroyablement brutaux », sauf dans les contes pour petits gauchistes français. Le premier était un « dictateur assez éclairé », qui a fat progresser son pays comme aucun autre, affiné sa sécu, développé ses écoles, fait grimper son PIB presque à la verticale ; le second est un président démocratiquement élu, à la tête d’un gouvernement largement pluraliste, et dont le pays a connu une douceur de vie et une cohésion entre les gens, quelle que soit leur religion, absolument unique. J’ai longuement pratiqué ces deux pays, et ce qu’on en a raconté n’a aucun rapport avec la réalité.

    Autre erreur de l’article : pourquoi remballer sur Obama (chroniquement idiot bien entendu) une responsabilité largement partagée par d’autres pays, dont la France ? La première à avoir attaqué la Libye, ne l’oublions pas.

    En fait, il suffit de regarder ce que fait la France pour déterminer la ligne juste de conduite : faire exactement le contraire !

    La France a joué avec vigueur les Ayatollahs contre le Shah, avec le succès que l’on sait. (bien entendu, on a fait passer la bourde en racontant sur le Shah des horreurs de pure fantaisie). Elle a soutenu le grand souk tunisien en détruisant la croissance du pays, au nom d’une démocratie qui était pourtant tangible avant (mais plus maintenant) et en inventant des griefs grossiers contre Ben Ali. Elle a flingué Khadafi « très fréquentable la semaine précédente) et soudain devenu un monstre. Elle a dansé la carmagnole avec Morsi, et on voit ce que cela a donné. Et elle prend encore fait et cause pour l’invasion islamiste abominable en Syrie …

    Il est vrai qu’un pays qui a abandonné les loyaux sujets d’un de ses départements à une mort certaine, en les abandonnant purement et simplement comme en Algérie, a de solides références …

    Qu’elle cesse de critiquer les autres, balaie devant sa porte, et aille planter des géraniums dans ses banlieues !

  • Un état libéral ne se mêle pas de faire la guerre à d’autres états sauf si agression .L’armée est uniquement défensive et la neutralité inscrite comme règle constitutionnelle!Que gagnons nous à se mêler de tout cela?Rien à part des ennuis!

    • Et même : que gagnent les autres, ceux que soit disant on veut aider ? rien non plus. Un acteur étranger dans un jeu politique déjà compliqué au point de tuer, c’est la garantie de plus de bordel.

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