Washington, entre erreur et déni

Attentat de Boston : les informations concernant les frères Djokhar et Tamerlan Tsarnaev se multiplient les failles de la bureaucratie gouvernementale en charge de la sécurité.

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Djokhar et Tamerlan Tsarnaev

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Washington, entre erreur et déni

Publié le 26 avril 2013
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Attentat de Boston : les informations concernant les frères Djokhar et Tamerlan Tsarnaev se multiplient et révèlent les failles de la bureaucratie gouvernementale en charge de la sécurité.

Par Stéphane Montabert.

Dans sa première allocution immédiatement après l’attentat de Boston, le président Barack Obama réussit à commenter la situation sans employer une seule fois le mot « terrorisme ». Pour le chef d’État américain, la déflagration simultanée de deux engins explosifs au milieu de la foule à l’arrivée d’un marathon n’était sans doute pas suffisante pour mériter un tel qualificatif. À moins qu’il n’ait cherché à ne stigmatiser personne. D’authentiques terroristes auraient pu s’indigner.

À l’époque, on ne savait pas encore que les explosions s’étaient déclenchées à partir de cocottes-minute piégées ; la méconnaissance de ce détail nous épargna peut-être l’évocation d’un « dramatique accident de cuisine » par le responsable de la Maison Blanche.

Aussi ridicule soit-il, le déni est une réaction humaine. Admettre que l’attentat de Boston soit la première offensive terroriste exécutée sur le sol américain depuis les attentats du 11 septembre n’a rien de facile. C’est pourtant la stricte et douloureuse vérité. En voilà une autre : dans sa tâche de protéger le peuple américain, Barack Obama a fait moins bien que son prédécesseur George W. Bush. Et il ne peut même pas se retrancher derrière l’excuse de l’effet de surprise.

Si le déni est problématique pour un individu, il devient dangereux lorsqu’il affecte des pans entiers de la société, que ce soit les médias ou les services gouvernementaux chargés de la défendre.

Pendant l’étrange phase « Où est Charlie » où des milliers de fonctionnaires et d’internautes épluchaient les images des caméras et les prises de téléphone portable au moment des faits pour tenter de trouver des suspects (sans qu’aucun militant ne manifeste plus contre l’ignoble empiètement de la vidéosurveillance sur la vie privée), les éditorialistes se faisaient un devoir d’examiner les pistes. Au menu figuraient à peu près tous leurs fantasmes, livrés en vrac : nationalistes anti-gouvernement, miliciens pro-NRAA en rogne contre Obama, extrémistes chrétiens, agents secrets de Corée du Nord… Ou l’inévitable Mossad, comme d’habitude.

En même temps, comme si un petit sentiment taraudait la conscience en sourdine, il fallait se couvrir : le petit peuple évoquant bruyamment la piste islamiste sur Twitter, on expliqua alors que, dans l’hypothèse proprement invraisemblable d’un terroriste musulman, cela ne pourrait être que le fait d’un « loup solitaire », un illuminé, un Homegrown Terrorist agissant de son propre chef à base de vidéos de propagande et de construction de bombes vues sur Youtube.

Bref, un individu non fiché, surgi de nulle part, et contre lequel il est impossible de se prémunir.

Toutes ces idées fausses volèrent en éclat (métaphoriquement, pour une fois) avec la découverte des frères Tsarnaev. Deux musulmans d’origine Tchétchène, accueillis comme réfugiés politiques par les États-Unis, fichés depuis longtemps, travaillant de concert pour massacrer un maximum de civils du pays qui avait eu l’audace de leur offrir la nationalité et un avenir.

Depuis, les révélations se suivent et se ressemblent : faisceaux d’indices guère suivis, manque de coordination avec des services étrangers (notamment russes), bureaucratie incapable de maintenir ses fichiers à jour, perte de leur trace à cause de fautes d’orthographe, toute la ribambelle consternante des fautes de services gouvernementaux en charge de la sécurité…

Les deux frères quant à eux, loin de se contenter de vidéos islamistes, accomplirent une carrière terroriste tout à fait classique : sensibilité à la cause, endoctrinement – vraisemblablement à l’étranger, les mosquées américaines étant trop molles – puis voyage de l’aîné dans un Disneyland islamiste pour parfaire la formation de poseur de bombe, ici le Daguestan et la Tchétchénie, en janvier 2012.

Autant pour le Homegrown Terrorism.

Il est de bon ton de pointer du doigt les erreurs de Washington, mais la capitale américaine n’est pas la seule à refuser d’aborder le problème. L’histoire des frères Tsarnaev résonne dans bien des pays occidentaux – que ce soit Mohammed Merah en France, Magd Najjar en Suisse ou Taimour Abdulwahab en Suède. Combien de paumés se laissent progressivement endoctriner par des prêches extrémistes ? Combien d’apprentis-terroristes viennent quérir une formation au cours d’un voyage « touristique » dans une zone tribale ? Combien d’étrangers sans aucun attrait pour leur pays d’accueil ou ses habitants se retrouvent gratifiés de sa nationalité ? Combien crachent leur haine pour l’Occident dans l’indifférence générale ?

L’idée d’islamistes mus par la pauvreté et les inégalités n’a jamais été que l’expression des fantasmes de la gauche, sans le moindre lien avec la réalité. Ceux qui s’accrochent désespérément à la vision de terroristes forcément étrangers et aisément identifiables sont aussi en retard d’un attentat ; les frères Tsarnaev ne portaient même pas de barbe.

Aiguillonnés par la tuerie de Boston, les services de sécurité occidentaux se réveillent. On arrête des membres d’al-Qaeda en Espagne. Le Canada se découvre une filière de talents islamistes, avec projets d’attentat clef en main. Quant à la France, elle ne sait trop de quelle façon elle récoltera les fruits du printemps arabe. Sans remise en question des politiques d’accueil et d’intégration, comment croire que ces opérations récentes suffiront à juguler la menace ?

Certains élus, dont l’inénarrable John McCain, proposèrent de qualifier les terroristes de « combattants étrangers », pour mieux les dissocier du peuple américain. Sachant que Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev vécurent plus de dix ans sur le territoire des États-Unis et que le plus jeune reçut même la nationalité américaine, la proposition est pour le moins osée.

Mais acceptons la suggestion pour ce qu’elle vaut et suivons l’hypothèse jusqu’au bout : si Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev sont effectivement des combattants étrangers, la ligne de front est à revoir.


Sur le web.

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  • Bravo pour cet article !
    On se demande quand même comment cet aveuglement des « élites » peut se situer à un tel niveau alors que la majorité des gens du peuple ne sont pas du tout aveugles. C’est là que l’on voit le divorce entre les politiques et les médias d’une part et la population d’autre part. Cela se passe dans tout l’Occident.

    Le jour où un attentat aura lieu en France, je parie qu’ « on » nous dira que ce sont des jeunes fachos de la « Manif pour tous »…

  • « dans sa tâche de protéger le peuple américain, Barack Obama a fait moins bien que son prédécesseur George W. Bush »

    Euh… Le 11 septembre c’etait juste un mauvais reve?

    • Expliquez-nous donc comment George W. Bush serait directement responsable des attentats du 11 septembre.

      • Expliquez-nous donc comment Barack H. Obama serait directement responsable des attentats de Boston.

        • C’est simple: Il était dans sa 5e année de pouvoir, a eu toute latitude pour agir (les deux chambres en mains démocrates pendant deux ans et au début de son mandat!) y compris sur le plan international (Irak, Afghanistan, Pakistan, attaques de drones etc.) et pour réorganiser les services de sécurité et d’immigration, ce qu’il ne s’est pas gêné de faire d’ailleurs. Il n’avait pas l’effet de surprise.contre lui non plus. Il aurait enfin pu mettre en oeuvre sa fameuse politique du « reset » avec les Russes en 2009, qui aurait – si elle avait été sincère – amené la CIA à ne pas ignorer les avertissements du FSB.

          Bref, fiasco sur toute la ligne – et il y a travaillé, en plus. Rien à voir avec un président isolationniste frappé par un pearl harbor islamique neuf mois après le début de son premier mandat.

          • Je vois pas en quoi tout cela le rend « directement » responsable de ces attentats.

            1) Les erreurs des services de renseignent sont consubstantielles à leur nature bureaucratique et à la difficulté de leur tache. Ce n’est pas le genre de problème auquel il existe une solution idéale. Il est toujours faciles de venir après la bataille et de montrer que tous les éléments permettant d’empêcher une attaque étaient disponibles, en oubliant qu’ils étaient noyés dans un océan de données contradictoires gérées par une administration pléthorique. De plus les services de renseignement américains n’ont pas substantiellement changé depuis Obama : ils ont surtout été réformé suite au 11 septembre.

            2) Dans la mesure où la famille des terroristes à eu le droit de s’installer définitivement aux USA en 2007 je ne vois pas ce que la politique d’immigration d’Obama (en fonction depuis 2009) vient faire là-dedans.

            3) Je me demande bien en quoi une politique étrangère différente aurait pu éviter cet attentat. Et même si c’était le cas je me demande pourquoi la politique étrangère devrait être déterminé principalement en fonction du risque d’être attaqué par… des résidents (des nationaux même) de son propre pays ! Et puis là aussi la politique étrangère américaine n’a pas significativement changé avec Obama (quoiqu’on en dise).

  • On peut évidemment tirer sur le pianiste, s’émouvoir que le dossier des 3 millions de musulmans américains ne soit pas up-date, et récupérer l’événement de cent manières différentes …

    En fait, nous avons affaire à un type (le frangin est un petit suiveur semble-t-il) qui développe son petit djihad personnel en bonne partie sur Internet, et peut-être se fait valoir dans un camp exotique ad hoc.

    Personne ne sait s’il a agi sur instruction ou d’initiative personnelle.

    Les « bons jeunes gens bien intégrés » qu soudain se transforment en tueurs à la fin de l’adolescence, il y en a toujours eu. Cela va du gamin qui bute toute sa famille, de celui qui s’en va par un matin radieux égorger des bébés dans une crèche, ou flinguer ses condisciples dans une école ou une université.

    Je sais que la mode est de ne plus accepter aucun accident, de mettre des maires en examen quand une tribune s’effondre, d’incriminer des clients quand un bateau sombre, et de chercher des responsa
    bles à tout. Mais des accidents, il y en aura toujours, et Boston en est probablement un, sauf à démontrer qu’il est le fruit d’un réseau organisé, ce dont je doute.

    Chacun va désromais tirer la couverture à soi, mettre le gouvernement, le FBI ou Mme Soleil en cause, créer des associations de lavage de cerveaux , psychanalyser chaque adolescent, interdire les cocottes-minutes, ne vendre es boulons que sur prescription, interdire les armes blanches y compris le couteau à pommes de terre, bref, on va bien s’amuser …

    • Ce n’est pas un accident mais un pas dans une changement de civilisation.

      L’Occident est chrétien donc fondé sur une vision de l’absolu restreinte à une morale abstraite.
      L’islam est fondé sur la certitude inverse.

      Or ce qui est absolu n’est pas laissé à l’appréciation des individus ni même d’un débat démocratique.
      La société américaine est donc, d’un point de vue islamiste, une insulte à Allah. C’est à la suite d’une visite aux USA qu’Al Banna a fondé les Frères Musulmans.
      Contrairement à ce que la gauche prétend, il ne s’agit pas là de l’invention de l’islamisme: Mohamed était le premier islamiste.

      Ce fut la prise de conscience par un islamiste de ce que la société libérale occidentale est de leur point de vue une abomination à détruire par tous les moyens.

  • Bravo pour la théorie du complot. Et on va encore inventer quoi …

  • Effectivement, bon article !
    Il est clair qu’en France, cela ne peut pas nous arriver car nous sommes une exception culturelle, un modele d’integration, le pays des lumieres, que la diversite est une richesse et le metissage une chance pour le pays…..

    Citez-moi un pays dans l’histoire humaine ou la cohexistance de communautes culturelles differentes ne se soit pas termine en guerre civile.

    Reponse grandeur nature dans quelques annees pour la France.

    A danser avec le diable, il faut bien s’attendre a ce que la musique s’arrete a un moment.

  • « L’idée d’islamistes mus par la pauvreté et les inégalités n’a jamais été que l’expression des fantasmes de la gauche, sans le moindre lien avec la réalité.  »

    Il faut une explication socialiste, et il faut nier que les religions sont inégales.
    Le rejet des faits est d’autant plus intransigeant que ses conséquences seront graves. En l’espèce, les conséquences seront calamiteuses, et le déni est donc fanatique.
    L’administration américaine doit même lutter contre un mal qu’il lui est formellement interdit de nommer.

    Les faits sont hélas très simples: L’islamisme est mû par la charia, et la charia indissociable de l’islam (même si tous les musulmans n’ont pas le même zèle à la promouvoir). Le djihad est un aspect, et pas le pire, de l’islamisme.

    Il est intolérable pour l’égalitarisme au pouvoir de constater que les religions, même monothéistes, ne sont donc pas égales. Elles peuvent même avoir des enseignements et des conséquences antipodes les unes des autres.
    Jésus a enseigné que Dieu ne gouverne pas, et il a illustré par sa vie la traduction pratique de cet enseignement.
    Mahomet a fait l’exact contraire. Il a enseigné la charia, il l’a imposée par tous les moyens, y compris le meurtre ou même le génocide (Banu Qurayza).

    On doit donc s’attendre à ce que l’alphabétisation des musulmans entraîne plus d’islamisme et d’apostasie. Au reboseurs des attentes de la gauche, le développement d’un islam enraciné dans nos pays se traduira non par un changement de l’islam, car les religions ne changent pas (c’est même à ça qu’on les reconnaît !) mais par un zèle islamiste redoublé, à l’exemple de Mahomet qu n’eut de cesse de soumettre sa ville natale de La Mecque.

    • ca me fait toujours rigoler que la gauche ait les yeux de chimène pour l’islam, probablement qu’ils y voient un allier contre leur grand enemie, le catholicisme romain. il est pourtant difficile de voir autre chose dans cette religion de la steppe, qu’un fascisme retrograde et violent: refus du progrés, refus de l’idée d’egalité entre les hommes, refus de l’egalité homme femme. la gauche a de drole d’alliers !
      quand a obama, lui qui avait fait preuve de contrition enver le monde musulman lors de son investiture, il a été bien recompensé de sa peine. pas etonnat qu’il ne voulait pas parler de  » terroristes  » .

  • Une remarque, on parle toujours des erreurs des services de sécurité, et peu de leur succés. Avec le nombre d’attentats évités depuis le 11 september 2001, il reste certains couacs… qui a garanti que les services de sécurité serait infaillibles?

    • L’hypothèse est séduisante (« un qui passe mais on en arrête des centaines… ») seulement l’examen des échecs et de l’incompétence dans le cas « qui passe » montre de telles carences dans l’organisation et le suivi de dossier, les recoupements et la compétence des services de sécurité en général qu’on a du mal à croire qu’ils en ont réellement arrêté cent, dans l’ombre.

      Ou alors les islamistes sont aussi mauvais que les bureaucrates qui les pourchassent.

  • L’islamisme ne signifie pas extrémisme, il s’agit seulement de la pratique d’une religion.

    Alors que l’on parle de néo-nazisme chrétien ne fait pas pour autant de tous les chrétiens de néo-nazis.

    La généralisation est un fléau bien pire.

    Et la charia n’est que à l’image de la haine propagée. Il y a des cons partout.

  • Les commentaires sont fermés.

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