L’arme fatale du libéralisme

Le rêve des soviétologues était de vaincre l’URSS par la force de la pensée. Certains, parmi les plus grands, étaient libéraux et français. Nous ferions bien de nous en inspirer.

Le rêve des soviétologues était de vaincre l’URSS par la force de la pensée. Certains, parmi les plus grands, étaient libéraux et français. Nous ferions bien de nous en inspirer.

J’ai affronté leur idéologie. Mais en marchant contre eux, c’était ma propre tête que je portais sous le bras.
— Alexandre Soljenitsyne.

Interdit aux mauviettes

Ils étaient les Forces Spéciales de la recherche anti-totalitaire. Ils se donnaient pour mission de comprendre le communisme, et ils voulaient le comprendre pour le détruire. Ils se glissaient dans les canalisations idéologiques les plus infectes, rampaient dans la boue léniniste au risque d’y périr étouffés, arrachaient un à un les barbelés théoriques en se faisant canarder par l’ennemi. Ils risquaient leurs nerfs, leurs réputations, parfois leurs vies. Car déclarer la guerre intellectuelle à une URSS au faîte de sa gloire, c’était attirer l’intérêt vengeur du PCF et du KGB, et il ne faisait pas bon avoir ces officines-là sur le dos. Ils avaient décidé de ne pas avoir peur, ou le plus tard possible. Ils écrivaient comme on appuie sur la gâchette, conféraient comme on requiert la peine maximale. Ils étaient libéraux, fréquentables et élégants pour la plupart, mais guerriers. On les appelait : les soviétologues. Leurs noms brillent au firmament du courage intellectuel, et particulièrement français. Il se pourrait que nous ayons de nouveau besoin d’eux à l’avenir – voire même tout de suite. Apprenons à les admirer – et à essayer leurs armes. Face au socialisme, si le libéralisme est un sabre, la soviétologie est une tronçonneuse.

L’ombre du pire

Qu’est-ce que la soviétologie ? L’étude raisonnée du système soviétique. Étudier le communisme, c’est étudier le Mal qui est au cœur du socialisme. Comme Lénine résume à lui seul toutes les figures possibles du pouvoir communiste, et que son disciple Staline porte ce pouvoir à son point de perfection, il est raisonnable de considérer que l’URSS de 1917 à 1945 est un champ d’exploration idéal : il contient, en acte ou en puissance, l’ensemble des folies qui marqueront la seconde moitié du XXème siècle. Mao, Castro, la Corée du Nord, les Khmers Rouges sont préparés à distance par les thèses et les expérimentations d’Oulianov et Djougatchvili. On peut s’intéresser à Brejnev ou à Mao, mais leurs biographies ne nous apprendront rien de fondamental qui ne soit le développement logique de la perspective Lénine-Staline. Le système suicidaire inventé par Pol Pot diffère du soviétisme, mais il ne s’en éloigne jamais.

Qu’est-ce qu’étudier cette période pour comprendre le communisme et, au-delà, le socialisme ? C’est étudier un massacre. Le communisme a fait cent millions de morts. Qu’on nous permette de proposer une échelle de comparaison : cent millions égale dix-sept Shoah. La soviétologie observe à la loupe le plus grand charnier de tous les temps. Ce n’est pas de gaité de cœur. Mais il se trouve que, dès les premières heures de pouvoir communiste, en octobre 1917, le chaos s’installe, et avec lui la violence et la peur. La sauvagerie est inséparable de la naissance du collectivisme et de son parcours sur la surface de la Terre. Une sauvagerie qui n’a rien de naturel, qui semble comme mécanisée, fille des tranchées de 14-18 et de l’hypnose idéologique. Enfantée par la civilisation, elle se prétend moderniste. Pourtant, elle égorge à la chaîne, en transe, telle un prêtre maya un jour de sacrifices humains. Les bolchéviques blêmes et bavards à peine installés sur le trône, l’arbitraire prend ses aises et les cadavres s’entassent, les camps apparaissent, les wagons à bestiaux y mènent. Le soviétologue est un croque-mort. Il peut aimer la bonne chère, avoir de l’humour, cependant, il y a une ombre sur son front. Il écoute les victimes, il scrute leurs innombrables récits, car elles seules disent la vérité, elles seules connaissent le visage de la Bête.

Le bourbier de bois

La confrontation avec une violence aux dimensions planétaires est la première difficulté de la soviétologie. Le mensonge qui dissimule les fosses communes est la deuxième.

Car toute l’idéologie est un mensonge. Une erreur, si vous préférez, ou une crise de démence, peu importe : in fine, à peu près tout en elle est faux. Pour avoir bourlingué dans la langue de bois communiste pendant des décennies, nous croyons pouvoir affirmer qu’une phrase marxiste-léniniste sur cent environ peut être considérée comme ayant un rapport – même vague, même incertain – avec la réalité. Les quatre-vingt-dix-neuf autres sont pure invention intello, bavardage pseudo-scientifique et anti-littéraire – il n’y a pire logorrhée que l’idéologie : le style en est définitivement absent –, fable glaciale singeant Hegel, heroic fantasy prétendument prolétarienne. La langue de bois n’aurait jamais dû envahir le monde. Elle est la moins lisible de toutes les écritures. Le cerveau lui résiste comme le bétail à la boucherie. Hélas, pour notre malheur, un empire entier la parla et la proclama 24/365, soixante-dix ans durant. Cet empire occupait, au milieu des années 70, un cinquième des terres immergées. Jusqu’à Washington, on le redoutait, on en faisait des insomnies ; la crise des missiles de Cuba plaça l’humanité en apnée pendant des jours entiers. On peine à imaginer aujourd’hui le poids qu’a fait peser sur le siècle dernier la présence d’un espace soviétique, puis communiste chinois. Puisque la démocratie et le marché avaient été inventés précédemment, l’irruption du totalitarisme collectiviste, et sa montée en puissance au fil des années – au point de se lancer dans un spectaculaire duel avec les États-Unis – furent la grande affaire du siècle dernier. Jamais la liberté n’avait eu à affronter un adversaire aussi robotique, déterminé, brutal et coriace.

Or, cet Alien politique était également séducteur, désinformateur, flatteur, grand-maître de la dissimulation : le monde rouge influença sciemment et sournoisement les intellectuels des cinq continents. On leur promettait de diriger le destin des foules, ils signèrent tout de suite. Ils se mirent alors, à leur tour, à parler cette non-langue, par mode, par lâcheté, pour complaire à leurs modèles révolutionnaires. Ainsi se propagea-t-elle jusqu’à nous. Les Russes acceptèrent la langue de bois parce qu’ils avaient un canon sur la tempe, et l’on peut les comprendre. Il faut en revanche déplorer que les démocraties l’aient adoptée de leur plein gré, via leurs universitaires, leurs sociologues, leurs économistes, leurs philosophes et leurs artistes révoltés en tous genres. Si tant de journalistes et de professeurs contemporains s’expriment dans un idéolecte comparable à celui d’un bolchévique, c’est la conséquence d’une très ancienne volonté soviétique. L’URSS a disparu, mais pas son empire intello.

Le labyrinthe de bois

Seulement, il y a un problème. Troisième difficulté. La langue de bois est indispensable. Elle l’est au communisme, car elle constitue le corps de l’idéologie, l’hostie dogmatique. Et elle l’est au soviétologue, car, aussi extraordinaire que cela puisse paraître, la langue de bois est la pensée du communisme dans la langue du communisme, exactement comme le Coran est la pensée d’Allah dans la langue d’Allah. En d’autres termes : une étude attentive, raisonnée, documentée, comparée, de la langue de bois permet d’entrer dans le cerveau du collectivisme, de visiter ses lobes et ses synapses, de disséquer ses circuits et de poser ses neurones sous le microscope. Aux yeux du soviétologue, lire la Pravda est la chose la plus utile qui soit, et les efforts que l’on fait pour espionner Brejnev ne vaudront jamais ceux pour quadriller Lénine.

La soviétologie estime que la langue de bois est la clé, parce que cette langue est systémique, tout comme l’empire soviétique, et qu’elle nous permet de voir clair dans les intentions, les fantasmes, les rêves et les secrets de l’idéologie. La langue de bois n’est pas une opacité, mais une transparence. Elle n’a aucun rapport avec la réalité, mais elle parle comme personne de l’irréalité collectiviste. Elle rend cohérente cette irréalité et, par-là, en dévoile les innombrables échafaudages cachés. La langue de bois n’est pas la forme de la Babel communiste : elle est la tour elle-même. Elle est l’idéologie, elle est la propagande, et elle est la terreur. Le soviétologue passe sa vie en sa compagnie.

Liberté contre système

La soviétologie voit un système, un seul, toujours le même, quand elle regarde le soviétisme et ses dérivés. Armé des thèses et des intuitions de Soljenitsyne (l’Archipel du Goulag reste, en 2013, indépassable en termes de vérité sur le communisme), d’Orwell (qui a fait voir par le roman ce que la philosophie était incapable de saisir), d’Arendt (dont les constructions cauchemardesques constitueront pour longtemps encore un indispensable arsenal conceptuel), de Zamiatine (précurseur russe d’Orwell), de Chalamov (l’autre grand écrivain des camps après Soljenitsyne), d’Aron (berceau de la meilleure pensée française de droite dans l’après-guerre) et de myriades de témoignages et de documents sous le manteau, le soviétologue cherche à esquisser le schéma le plus explicatif et le plus prédictif possible du communisme réel. Puisque ce Mal, le collectivisme, est une immense machinerie, conçue comme telle et fonctionnant comme telle, en découvrir le plan permettra de la démonter. La soviétologie est une science qui entend détruire son objet, mais en conservant son sang-froid. En joueuse d’échecs. Elle veut être la forme d’intelligence qui anéantira la forme l’intelligence nihiliste.

Et ça marche. Les soviétologues seront les premiers chercheurs et universitaires à pouvoir dire : « Nous savons comment pense l’ennemi, nous savons ce qu’il veut, comment il compte l’obtenir, et comment le contrer ». Ce pour deux raisons. Ils sont les premiers à livrer de l’histoire soviétique une interprétation qui rende justice à l’effroyable complexité de la réalité communiste. Et ils sont les premiers à rendre l’URSS prévisible. Si, comme le pensent les soviétologues, la systèmie est telle que le Politburo, plus haut organe de commandement de l’empire, fonctionne exactement comme une cellule de base du Parti, suivant les mêmes règles, avec le même langage et les mêmes rites, alors, il devient possible de voir quelle direction prend le système soviétique avant même qu’il en prenne conscience. Il a sa logique propre, et les soviétologues la connaissent mieux que lui, car ils savent ce qu’il est ET ce qu’est la vérité, tandis qu’il ne connaît que sa propre nature : il s’intoxique. Victime d’anosognosie, il ne sait pas de quoi il est atteint. Il ignore quel virus idéologique pullule en lui, tandis que ce même virus est soigneusement scanné et disséqué par les microscopes électroniques de la soviétologie.

Deux implacables font honneur au libéralisme

Les heures de gloire de la soviétologue sont la seconde moitié des années 70, quand l’URSS mène la danse. Car, à ce moment précis, il y a vraiment le feu. Plus rien ne permet de prétendre que les USA sortiront vainqueurs du bras de fer contre Brejnev. Considérez ce dernier, bureaucrate débile et alcoolique, comme un des empereurs les plus puissants de tous les temps. En termes territoriaux, il n’a rien à envier à Alexandre, ni à César. Il est présent en Afrique, en Europe de l’Est, en Asie, en Amérique du Sud, à Cuba, allié idéologique à la menaçante Chine, et heureux propriétaire d’un tentaculaire réseau de partis communistes locaux, dont le PCF est un fleuron. Les soviétologues tirent la sonnette d’alarme : ils voient venir le point de rupture, où les territoires communistes deviendront majoritaires sur la planète ; si cela arrivait, la bataille serait peut-être irrémédiablement perdue. Orwell avait peut-être raison. Donc, tout le monde sur le pont, les soviétologues partent au casse-pipes. En France, deux hommes font honneur à la fonction, et méritent une place à part dans la mémoire libérale : Jean-François Revel et Alain Besançon.

Revel est un blindé tactique, Besançon est un sniper. Leurs œuvres sont des festins pour l’intellect. Ils écrivent un français parfait, sont culturellement armés comme aucun intello de gauche, discrètement connectés aux réseaux de dissidents de l’Est, qu’ils aident. Ils déchiffrent la toxicité du communisme à tours de bras, prennent les risques nécessaires. Quiconque provoque le KGB, même hors de l’empire, sait que le prix à payer peut être infiniment élevé, car il n’est pas un lieu au monde où les agents de l’empire n’aient accès. Les deux auteurs sont insultés, surveillés, menacés par les communistes venus du froid, mais tiennent bon. Revel abat un travail herculéen en librairie et dans la presse, empilant les best-sellers antisoviétiques, mettant en garde à chaque page ses lecteurs contre la broyeuse idéologique. Il est admiré par tous ceux qui l’ont lu ou connu. Comment les Démocraties Finissent et La Connaissance Inutile sont des chocs : Revel est efficace, il cogne avec grand style et le plus fort possible, la France l’écoute. La droite intellectuelle et politique doit une fière chandelle à ce Cassius Clay du libéralisme. De son côté, Besançon, libéral lui aussi, perce à jour la nature profonde, essentielle, du communisme, qu’il développe puissamment dans Les Origines Intellectuelles du Léninisme, devenu depuis ouvrage de référence pour l’université mondiale.

Les offensives de Revel et les missions d’infiltration de Besançon participèrent réellement à la lutte contre le soviétisme. Ils firent la guerre à l’URSS, mais indépendamment de l’État, sans supérieurs ni ordres. Ils ne se contentaient pas de disserter sur Hayek – nous ne visons personne. Ils partaient à l’assaut du Mordor, chevaleresques. Qu’on nous permette de résumer la splendeur de la soviétologie en une vidéo de Jean-François Revel. Il vient de prouver que Georges Marchais est un ex-travailleur volontaire pour l’industrie de guerre en Allemagne nazie. Proposer à Marchais d’être jugé par une commission d’enquête composée d’anciens Résistants constitue une gifle de première grandeur.

Et nous ?

Il se trouve que la France de 2013 se socialise à vitesse grand H, et que nous voguons à fière allure vers un chaos étatique de première ampleur ; il n’est pas absurde de penser que ce chaos pourrait mener à un affaissement fatal de la démocratie. Il y a donc, comme au bon vieux temps de Darth Brejnev, le feu à la baraque. L’adversaire n’est pas le même, il est plus économique que militaire, il nous enterre vivants à coup de taxes françaises, de lois européennes et de crédits chinois plutôt qu’avec des missiles intercontinentaux, mais il est bien là, il marche sur nous, il s’appelle : la misère et l’extinction de nos libertés. Qatar, Chine, Russie : des dictatures nous regardent tomber, nous prêtent de l’argent, et songent à nous conquérir progressivement. L’État s’abandonne à eux. Le libéralisme français n’a plus le temps de comparer les deux mille sortes différentes de libertarianismes. Il doit impérativement entrer en ordre de bataille.

Il peut s’inspirer de la soviétologie, imiter sa démarche. Considérer que le socialisme contemporain est systémique, car il l’est. Considérer que ce n’est pas la faute des socialistes, qui sont atteints de somnambulisme, mais de l’idéologie qui les a endormis. Considérer que la compréhension de ce système est la clé de sa destruction. Considérer qu’expliquer ce système est la chose la plus importante au monde, et la plus sûre des dénonciations. Aussi me permettrai-je, avec toute l’humilité possible, de donner trois conseils aux néophytes, si d’aventure ils sont encerclés par une meute d’âmes de gauche.

1. Ne partez jamais du principe qu’ils sont idiots. L’idéologie peut les rendre très niais, mais elle n’est pas niaise. Elle pense pour eux, elle sait où elle va et comment y aller, à travers eux. Elle n’a pas besoin de leur intelligence, mais de leur aveuglement. Ne croyez pas qu’ils se servent d’elle pour avoir l’air intelligent : elle se sert d’eux pour avoir l’air bête.

2. Apprenez à penser comme eux. Tant que vous ne saurez pas exactement comment ils pensent, vous ne les arrêterez pas. Et vous ne pouvez le savoir que si vous faites l’effort de penser comme eux. Mon truc pour y parvenir : partez du principe qu’ils sont sincères. Non parce qu’ils pensent ce qu’ils disent, mais parce qu’à force de le dire, c’est devenu leur identité. Alain Besançon : « Il n’importe pas pour l’idéologie d’être crue, mais d’être parlée ». L’hypnose n’a pas besoin de l’intime conviction pour contrôler le patient. Un soviétologue s’interdit de penser que le socialiste a inventé le socialisme : il sait que c’est tout l’inverse. Le socialiste est victime de l’idéologie, quand bien même il en tire des bénéfices. Et ce n’est pas Jérôme Cahuzac qui nous contredira. Dans l’étude du socialisme hard, l’empathie est reine. Il n’est pas hasardeux que la plupart des meilleurs soviétologues soient d’anciens communistes ou d’anciens socialistes : ils connaissent intimement les dégâts que fait l’idéologie dans le cerveau. Le socialisme est cette vitre qu’il faut briser de l’intérieur. Entrez dans la langue de bois et trouvez la systémie, elle vous mènera jusqu’au réacteur central. Restez prudents – il fait sombre, là-dedans, les marches sont glissantes.

3. Pour vaincre le crescendo socialiste, lisez sur le communisme. La soviétologie est l’arme fatale de l’antisocialisme : qui sait renverser le plus peut renverser le moins. Or, l’État français fonce tête baissée du moins vers le plus, et sous Hollande encore plus vite que sous Sarkozy (ce qui n’est pas rien). Le temps est venu de tourner contre l’État socialiste les canons soviétologiques. Et de les utiliser. Et il n’y a pas que la France, comme cible, vous savez. Nous sommes innombrables en Europe, à trouver que Bruxelles prend soudain des airs exagérément autoritaires. Face à cette systémie-là aussi, la soviétologie peut s’avérer d’un secours incomparable.

Les nouveaux venus en ces terres si inhospitalières trouveront ci-dessous une bibliographie la plus large possible et une vidéo Dailymotion d’anthologie – de quoi rire pour oublier. Bon voyage.

Les Origines Intellectuelles du Léninisme (Alain Besançon)
Une percée décisive aux tréfonds de l’âme totalitaire, et un portrait métaphysique de l’idéologie. Le mot « chef-d’œuvre » n’est pas de trop, pour cet essai dense, sombre, intense et méticuleusement implacable.

Comment les Démocraties Finissent (Jean-François Revel)
Et si la civilisation occidentale telle que nous la connaissons n’était qu’une brève parenthèse historique, coincée entre la barbarie passée et la sauvagerie future ? Une mise en garde qui fit l’effet d’un tremblement de terre à sa sortie. Le raisonnement reste hautement valide, et le style est ébouriffant.

Le Système Totalitaire (Hannah Arendt)
Arendt écrit par moments de manière un peu trop étrange, mais on ne saurait se passer de sa pensée. Elle est le brise-glace de la réflexion sur le totalitarisme. N’hésitez pas à attraper une migraine : c’est le métier qui rentre.

1984 (George Orwell)
Pour les Principes de la Novlangue, en appendice du roman, car c’est un diamant en soi. Et pour le roman lui-même, bien sûr.

La Langue de Bois (Françoise Thom)
Le seul ouvrage d’esprit scientifique sur le sujet, et le meilleur.

L’Archipel du Goulag (Alexandre Soljenitsyne)
Pour un libéral, se faire offrir les trois tomes d’un coup, pour Noël ou le jour de son anniversaire, devrait être un signe de savoir-vivre.

Le Livre Noir du Communisme (Stéphane Courtois, Nicolas Werth et contributeurs)
La génération des soviétologues français majeurs s’éloigne doucement, Courtois et Werth assurent la relève : leurs livres, écrits ensemble ou séparément, sont de haut niveau. Leur Livre Noir est le document-clé pour se plonger dans les abimes du communisme. Il manque parfois de profondeur, mais faire tenir tant de drames dans un si petit espace est un exploit.

Mao (Jun chang et Jon Hallyday)
Un tsunami de mensonges et de crimes, en mille pages au grand galop. À couper le souffle.

Staline – À la Cour du Tsar rouge (Simon Sebag Montefiore)
Un modèle de description de la folie communiste, abordée par le versant intime, quotidien, du leader totalitaire le plus intéressant. Le lecteur a le sentiment de vivre au Kremlin, en collocation avec Staline, et finit par avoir peur de lui. Envoûtant. Du même auteur, Le Jeune Staline dévoile le passé criminel du maître de l’empire.

La Révolution Russe (Richard Pipes)
880 grandes pages écrites petit. Colossal et très lisible, par un libéral. N’existe hélas qu’en un seul exemplaire sur Amazon. Toutefois disponible en anglais.

Revolutionary dreams : Utiopian Vision and Experimental Life in the Russian Revolution (Richard Stites)
Concerts de sirènes d’usines, nudisme révolutionnaires, chronométrage de la vie individuelle et autres déliriums : une anthologie des expériences les plus aberrantes tentées par les bolchéviques au pouvoir. Les lecteurs de Philippe Muray adoreront.

Un DVD : S-21 – La Machine de Mort Khmer Rouge
Le grand classique du documentaire sur le communisme. Un moment d’humanité, parfois même de poésie, malgré l’horreur du sujet. Disponible sur Amazon.

Pour se détendre après toutes ces émotions, un reportage de haut vol et hilarant. Je ne vous dis rien : quand vous l’aurez vu, vous ne l’oublierez plus. Cet Ovni est un miracle. Vous noterez que le député libéral est le personnage le plus digne du groupe.

1. http://www.dailymotion.com/video/x1nrxn_striptease-coree-du-nord-partie-1_travel

2. http://www.dailymotion.com/video/x1u2qz_coree-du-nord-partie-2_travel

3. http://www.dailymotion.com/video/x1ur1z_coree-du-nord-partie-3_travel#.UWHTE2gdN34

Et puisqu’il faut lire du communisme pour penser comme lui et le comprendre, les plus explorateurs d’entre vous, les aventuriers, pourront attaquer l’Everest par cette piste-ci, célèbre dans l’histoire du bolchévisme, et abordant un sujet qui vous intéresse toutes et tous depuis déjà longtemps. Un must, vous dis-je. Bienvenue dans l’anti-monde.