L’austérité n’est pas une solution

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Les politiques d’austérité ne résolvent rien et ne font qu’aggraver la crise avec les conséquences politique que l’on connaît.

Les politiques d’austérité ne résolvent rien et ne font qu’aggraver la crise avec les conséquences politique que l’on connaît.

Que l’assemblée se rassure, je ne suis pas devenu membre d’ATTAC et je n’ai non plus pas retourné ma veste pour rejoindre le camp des étatistes ou autres collectivistes du genre. Non, rien de tout cela. Il était toutefois bon de préciser cela avant de me lancer dans mon argumentation et ce parce qu’il est rare de trouver des libéraux qui critiquent les politiques d’austérité. En effet, dans la pensée mainstream qui affecte néanmoins la famille libérale, il y a cette idée que la crise de la dette ne peut se résoudre que par la coupe budgétaire. Si, effectivement, je préférerais toujours les coupes budgétaires au maintien des politiques d’endettement perpétuel, je reconnais toutefois que les politiques d’austérité ne résolvent rien et ne font qu’aggraver la crise avec les conséquences politique que l’on connaît.

Bien évidemment, pour adhérer à mon point de vue, il faut avoir une approche différente quant aux fondamentaux de l’économie, c’est-à-dire fondée sur les thèses débitistes, ainsi que d’être plutôt un tenant des théories déflationnistes. En effet, la plupart des libéraux s’inquiètent d’une hyperinflation imminente due aux activités des banques centrales injectant des liquidités en masse afin de faire survivre le système. Si l’hyperinflation risque effectivement de se produire, in fine, il ne faut pas oublier une toute autre phase du crash qu’est la déflation se prolongeant ensuite dans une période dépressionnaire. Bref, avant l’hyperinflation, il y aura la déflation et les politiques d’austérité ne font qu’accentuer les tendances déflationnistes provoquant finalement les grandes dépressions que le monde a déjà connu. Ce n’est donc pas un hasard si chaque dépression a succédé des politiques axées sur les coupes budgétaires.

De 1817 à 1821, la dette nationale a diminué de 29% ; de 1823 à 1836 elle a été éliminée (grâce aux efforts de Jackson), de 1852 à 1857 elle a baissé de 59%, de 1867 à 1873 de 27%, de 1880 à 1893 de plus de 50%, et de 1920 à 1930 d’environ un tiers. […] Les États-Unis ont également connu six périodes de dépression. Ces dépressions ont débuté en 1819, 1837, 1857, 1873, 1893 et 1929. (Y décelez-vous un schéma ? Jetez donc un œil aux dates énumérées ci-dessus.).
Randall Wray, « Cessons de comparer le budget du gouvernement à celui d’un ménage »

La citation ci-dessus, hélas, provient d’un billet rédigé par un économiste keynésiens qui, bien évidemment, utilise ces faits historiques afin de légitimer les politiques keynésiennes fondées sur le deficit spending (politique favorisant la dépense publique au détriment d’une politique visant l’équilibre budgétaire – ou même l’excédent budgétaire) et donc l’endettement perpétuel. Cette instrumentalisation des faits est certainement motivée par cette fausse croyance, pourtant à nouveau affirmée dans l’article ci-dessus, qu’un État ne peut jamais faire faillite. Il suffit pourtant de jeter un œil dans un livre d’histoire économique et sociale pour se rendre compte de l’absurdité d’une telle affirmation.

Je me dois, néanmoins, d’appuyer ma position visant à rejeter l’austérité et de proposer une solution que je considère bien plus viable. Si je condamne l’austérité, c’est parce qu’elle est malheureusement contreproductive, dangereuse et finalement fondée sur une connaissance approximative des réalités économiques. En effet, pour comprendre, il est tout d’abord nécessaire de se questionner sur l’origine des liquidités en circulation. On réalise assez vite qu’elles proviennent des emprunts qu’effectuent les acteurs sociaux et économiques (États, entreprises et ménages). Imaginez donc la conséquence mécanique d’une réduction drastique des dépenses publiques. Premièrement, l’État cesse d’emprunter et donc de créer de la monnaie. Ensuite, il va rembourser ses dettes et cela a pour conséquence la destruction monétaire ; soit la raréfaction des liquidités. Cette rareté, selon les principes économiques fondamentaux, est fatale aux entreprises débitrices qui recherchent désespérément des liquidités afin de rembourser leurs dettes. Ceci s’aggrave avec le fait que les ménages sont également à la recherche de cash afin d’honorer leurs créanciers, d’où l’importance d’avoir un œil tant sur la dette publique que privée. Cette tendance à rembourser provoque inéluctablement un recul de la consommation ainsi qu’un report dans le temps de cette dernière, ce qui fait alors baisser les prix. La baisse des prix n’est qu’un symptôme, dans ce cas, et n’est absolument pas un signal positif puisqu’une baisse des prix signifie une réduction des marges pour les entreprises. Qui dit réduction des marges, dit licenciements massifs et ce d’autant plus – souvenez-vous – que ces marges serviront surtout au remboursement des dettes. Des dettes qui auront pris de la valeur dans un environnement déflationniste ; les taux d’intérêt grimpent et étouffent les débiteurs.

Mais encore, politiquement et socialement, l’austérité est fatale. Comme je l’ai expliqué plus haut, elle aggrave les tendances déflationnistes qui provoquent les licenciements massifs. Ici, du reste, on saisit l’impossibilité de maintenir des politiques austères puisqu’il faudra bien payer les indemnités de chômage aux citoyens qui auront perdu leurs emplois et qui exigeront le respect de leurs « droits » sociaux. Les troubles sont également inévitables, comme on le voit en Grèce, puisqu’une politique d’austérité signifie de toucher au niveau de vie d’une partie importante de la population – si ce n’est la quasi majorité, étant donné la manière extrême dont les citoyens dépendent du denier public. Cette colère ne peut alors être ignorée, elle est concrète et s’exprime par la violence qui pousse les gouvernements à utiliser cette même violence – les moyens en plus ! On instaure donc un climat très agressif et en tenant compte de l’inculture quant à la philosophie libérale qui règne dans nos sociétés, il est fort à parier que seules des mesures autoritaires voient le jour. Peu importe le camp, gauche ou droite, nationaliste ou européiste-mondialiste, l’État peut dès lors devenir une véritable machine totalitaire qui dépense comme jamais – tout en ayant étatisé une partie de la société civile – afin de sortir du marasme ; c’est l’hyperinflation et – très certainement – la faillite finale. Cependant, il faut être conscient que cette faillite arrivera de toute façon, austérité ou pas, c’est simplement que les politiques de coupes budgétaires accélèrent le processus et aggravent ainsi la crise.

Finalement, à me lire, on peut croire à un fatalisme assez déroutant. Mais détrompez-vous, certains ont bel et bien réfléchi à des solutions alternatives combattant tant le point de vue keynésien que le point de vue conservateur caractérisé par l’obsession de l’austérité. Ainsi, voici mes propositions qui sont – et cela pourrait surprendre plus d’un – la dévaluation massive par décret avec mise en place d’un étalon-or. Ceci, à mon avis, permettrait le remboursement des dettes – qui auront perdu de leurs valeurs – sans passer par la case « déflation » et ce avec une toute nouvelle monnaie-or. Après cela, on peut imaginer l’introduction d’un article constitutionnel interdisant les gouvernements de faire du déficit. Ceci existe à Saint-Gall, en Suisse, ce qui oblige les gouvernements à faire preuve de rigueur et fait donc comprendre aux citoyens que rien n’est gratuit. Avec un peu de temps, on peut espérer que les citoyens se lassent de l’État et réalisent qu’il est possible de s’en débarrasser définitivement.

Bref, vous l’aurez compris ; l’austérité n’est pas une solution. D’autant plus que les politiques d’austérité actuelles n’ont qu’un seul objectif, celui de maintenir l’État en vie ainsi que de garantir des revenus à la classe créancière. Il vaut donc mieux revoir ses jugements et ses fondamentaux, ainsi que d’avoir le courage d’entreprendre des mesures courageuses et salvatrices – hors des schémas traditionnels. J’ai encore un peu d’espoir, même si au fond je crains que nul politicien n’envisagera cela. En attendant, continuons à propager le message de la liberté et de nous préparer, au moins mentalement, aux temps difficiles qui menacent.


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