Cuba : plus qu’un simple câble

Le traitement de l'information à Cuba sur l'arrivée du câble Alba-1 est révélateur de l'attitude des dirigeants cubains, et pas seulement.
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
imgscan contrepoints 2013418 Cuba

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Cuba : plus qu’un simple câble

Publié le 30 janvier 2013
- A +

L’attitude du parlement et des médias cubains suite à l’activation du câble de télécommunications sous-marines Alba-1 est illustrative des travers du régime cubain, et pas seulement.

Par Yoani Sánchez, depuis La Havane, Cuba.

En décembre notre parlement s’est réuni. Un conglomérat d’âges, d’origines sociales, de races et de genres divers, mais d’une seule filiation politique. Plus de six cents députés qui prétendent représenter une nation mais qui sont en réalité les porte-parole en nombre d’une seule idéologie. Le simulacre de la pluralité, avec des statistiques construites pour impressionner étant donné le nombre de femmes, de jeunes, de métis et d’ouvriers qu’elles présentent, mais sans aucune diversité de pensée. Un arc en ciel avec sept bandes de la même couleur, ou presque, puisque la palette ne contient que du rouge et du vert olive. Mais ce n’est pas précisément de ce groupe d’individus dociles, qui se contentent d’applaudir au Palais des Conventions, dont je veux parler aujourd’hui, mais du câble de fibre optique qui relie Cuba et le Venezuela.

Lorsque le mois dernier le ministre des Télécommunications et de l’Informatique a présenté une information devant l’Assemblée Nationale, la presse publique n’a pas dit un mot sur le câble Alba-1. Depuis le mois d’août 2012, dit aujourd’hui le journal Granma, la connexion sous-marine fonctionne pour « la transmission de voix correspondant au service de téléphonie internationale ». Ceci signifie que lorsque Maimir Mesa s’est adressé au parlement il pouvait déjà donner l’information et il a préféré la garder pour lui et nous en priver. Pourquoi ? Peut-être par peur que la hâte que nous avons de nous connecter à Internet soit ravivée par cette annonce. Peut-être nous a-t-il caché ces informations parce qu’il ne connait pas d’autre stratégie d’information que le secret. « Moins il y en a qui sont au courant, mieux c’est », semble être la devise de nos dirigeants.

Mais notre monde est un mouchoir de poche, une balle de baseball, une petite orange acide. Il y a quelques jours l’entreprise américaine Renesys a annoncé qu’elle avait observé une latence dans le démarrage d’Alba-1. Il y a d’abord eu un trafic dans un seul sens, avant que le flux de kilobits se fasse dans les deux sens. Le câble était vivant, il se réveillait. Deux ans après son arrivée sur les terres cubaines, avec un coût de 70 millions et 1600 kilomètres de long, le serpent de la fibre optique commençait à fonctionner. Nous avons eu l’information comme très souvent cela se produit, par les médias étrangers. C’est seulement quand la nouvelle a été connue de toutes parts, que la presse officielle l’a confirmée ce matin dans un article succinct. Lequel article précise « que la mise en service du câble sous-marin ne signifie pas la multiplication automatique des possibilités d’accès.

La vérité est que je ne crois plus personne. Ni l’Assemblée Nationale passive, ni le ministre adepte du secret, ni les journaux officiels qui assistaient à cette session du Parlement et qui n’ont pas rapporté l’absence d’un sujet aussi important, ni un journal qui ne s’exprime que lorsque l’on découvre ses silences. Je crois encore moins au caractère véritablement citoyen de tous ces millions de cubains qui se sont tus et se sont satisfaits des plus mauvaises conditions d’accès à internet de cet hémisphère.


Sur le web
Traduction : Jean-Claude Marouby.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
6
Sauvegarder cet article

Suite au triptyque sur la fabrique du consentement (ou plus exactement, l’extorsion du consentement), il apparaît profitable d’y ajouter deux addenda : le premier relatif au clergé médiatique et le second tenant à la délégation de responsabilité sans signature.

Ces deux éléments constituent deux courroies majeures de la transition vers un régime post-démocratique tel que l’avait élaboré dès 2004 le chercheur anglais Colin Crouch.

Car la post-démocratie c’est l’évolution de la démocratie vers une tyrannie qui conserve malgré tout... Poursuivre la lecture

Tous ces médias entre les mains de groupes privés, tous ces capitalistes qui achètent des journaux, des radios, des chaînes de télé, et s’allient entre eux pour chercher des synergies et de la rentabilité, préoccupent quelques sénateurs de gauche.

Des sénateurs contre les patrons des médias

Une commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias a été créée fin 2021, et ce serait bien, pensent ses membres, de boucler ladite enquête avant le premier tour de l’élection présidentielle afin d'inciter les candidats à se saisir de ... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article
Cher lecteur,

Il y a quelques jours, nous vous disions avoir besoin de 11 000 euros pour continuer à faire vivre Contrepoints. Beaucoup d'entre vous ont répondu à l'appel et nous avons réuni cette somme en trois jours. Merci à vous !

Mais nous avons encore besoin de l'aide de ceux qui n'ont pas donné. Depuis le début de l'aventure Contrepoints, vous avez été environ 4500 à nous soutenir financièrement. Cela peut sembler beaucoup, mais c'est moins de 1 % de ceux qui nous lisent.

Les 11 000 euros récoltés ces derniers jours nous p... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles