Présidentielle américaine : quel impact sur le cours de l’or ?

Vue la puissance économique mondiale des Etats-Unis, l’élection présidentielle d’aujourd’hui peut avoir un impact significatif sur le marché de l’or.

Vue la puissance économique mondiale des Etats-Unis, l’élection présidentielle d’aujourd’hui peut avoir un impact significatif sur le cours de l’or.

Interview de Charles Sannat.

Article publié en collaboration avec L’or et l’argent.

Vue la puissance économique mondiale que représentent les États-Unis et ce malgré une baisse de leur leadership, les élections américaines ont toujours une influence considérable sur le monde dans bien des domaines. Le candidat vainqueur peut changer la face du monde en bien ou en mal, qu’il soit républicain ou démocrate. Nous avons demandé à Charles Sannat, Directeur des Études Économiques d’AuCOFFRE.com quelle incidence pouvait avoir l’élection de Mitt Romney ou de Barack Obama sur le cours de l’or.

En quoi se distingue traditionnellement les deux partis américains ?

Charles Sannat – La vision économique affichée par les deux partis est différente sur les aspects monétaires notamment. Si Romney passe, il demandera la démission de Ben Bernanke, on le sait. Il souhaitera reprendre en main la monnaie et ne voudra pas continuer de la sacrifier en faisant tourner la planche à billets.

En clair, qu’est-ce que cela signifie pour l’or ?

Charles Sannat – Certains disent que si un Républicain passe, c’est extrêmement mauvais pour l’or. Dans l’absolu c’est vrai. Car qui dit dollar fort, dit or faible. Mais les États-Unis sont allés trop loin dans le déficit. Laisser l’économie faire selon les Républicains, ce serait aller au-devant d’une récession majeure comme jamais nous n’en avons connu, une grave dépression.

Pensez-vous que les Républicains soient capables de laisser l’économie faire ?

Charles Sannat – À partir du moment où l’on laisse une ou deux banques s’effondrer comme ce fut le cas en 2008 avec Lehman Brothers par exemple, c’est tout le système économique qui s’effondre. Ce serait prendre la responsabilité de mettre toute la planète à feu et à sang. Cela serait possible, on peut imaginer que les États-Unis puissent perdre le leadership, entraînant la planète toute entière en récession, mais ils ont néanmoins la plus grande armée ! Toutefois, la réalité s’impose aussi bien à Romney qu’à Obama.

C’est-à-dire ?

Charles Sannat – La marge de manœuvre, quel que soit le candidat qui passe, est très serrée. Romney est un ancien gestionnaire de fonds qui a bâti sa fortune avec cette activité. Il a cofondé Bain Capital, une des plus grosses sociétés de gestion de fonds au monde. Il a donc une très bonne connaissance économique, il est intelligent. A priori il va dire de baisser les dépenses plutôt qu’augmenter les impôts mais que peut-il faire d’autre ? S’il laisse faire, tout le système financier s’effondrera.

Normalement l’économie libre, c’est ce que prônent idéologiquement les Républicains ?

Charles Sannat – Oui, sauf que là c’est super risqué. Ce ne serait pourtant pas une si mauvaise idée que ça pour repartir sur des bases saines, mais une telle décision impliquerait de faire souffrir des centaines de milliers de gens. Je ne pense pas que Romney soit assez fou furieux pour prendre une telle décision. Depuis 5 ans, on s’évertue à ne pas transformer la crise en récession à coups d’injections de liquidités. Or Romney ne peut pas supprimer les liquidités, car la bourse américaine est soutenue par de « l’argent gratuit ». Si tel était le cas, l’effondrement serait global, rapide et violent si les Républicains laissaient libre court au dollar et à l’économie.

Et si Obama passait, comme le laissent présager les sondages, continuerait-il sur sa lancée ?

Charles Sannat – Il pourrait aller plus loin dans le contrôle des banques, dans la régulation financière. Récemment, Bloomberg, le maire de New-York, a commencé un débat sur l’ouverture des chantiers de l’environnement, une idée plutôt portée par les Démocrates. Cela pourrait être la 2e inflexion importante du gouvernement Obama. Il marquerait là une véritable rupture quand on sait que les États-Unis n’ont pas ratifié les accords de Kyoto.

Quels sont les points communs entre Démocrates et Républicains ?

Charles Sannat – Qu’il soit Républicain ou Démocrate, le candidat n’aura pas d’autre choix qu’imprimer du billet pour maintenir une économie asphyxiée en respiration artificielle (et cela sera forcément favorable pour l’or). D’autre part, en dehors de toute étiquette politique, les États-Unis, comme la plupart des banques centrales d’autres pays, sont en train de remplir leurs coffres d’or.

Comment procèdent-elles ? Car les achats ne sont pas si visibles que ça !

Charles Sannat – Les boutiques de rachat d’or ne sont pas arrivées par hasard. On ne créé pas autant de commerces de l’or en partant de rien, depuis trois ans. Ces boutiques vont continuer de pulluler, dans tous les pays occidentaux. Car qu’y a-t-il derrière ça ? Les États-Unis vont a priori continuer de faire tourner la planche à billet, quel que soit le parti en place. À terme, cela signifie que le système monétaire va s’effondrer. Or quelle est et quelle sera la seule monnaie digne de confiance à ce moment-là ? L’or.

En quoi ces boutiques d’or jouent-elles un rôle au niveau macroéconomique ?

Charles Sannat – L’émergence de ces boutiques de rachat d’or relève d’une vision stratégique à moyen terme très cohérente. Ces tonnes d’or rachetées au particulier, c’est de l’or que l’on peut racheter hors marché. Ces tonnes d’or, c’est autant d’or qui ne pèse pas sur le marché de l’or. Car si les banques centrales refaisaient leurs stocks d’or en l’achetant directement, cela aurait une incidence certaine (trop directe et trop brutale) sur le prix de l’or.

Pensez-vous que les Républicains soient plus favorables à une monnaie légale or ?

Charles Sannat – Les Républicains sont les dignes héritiers de l’école économique ultralibérale autrichienne qui prône une monnaie inspirant confiance, neutre et capable de stocker de la valeur. On peut en déduire que les Républicains seraient favorables au retour de l’or dans le circuit monétaire mondial.

Un petit mot pour conclure sur ces élections américaines ?

Charles Sannat – La marge de manœuvre n’est pas si large que ça si l’on veut rester dans le cadre actuel. Si on veut le faire sauter, cela demande beaucoup de courage, car ce sera très douloureux, mais je doute que l’un ou l’autre candidat veuille faire table rase de façon aussi brutale pour repartir sur de nouvelles bases.

Sur le web – Achat d’or sur Internet