L’élection présidentielle américaine pourrait-elle nous surprendre ?

Nous sommes déjà à moins de trois mois du scrutin, pour une entrée en fonction fin janvier 2013. Il est tout a fait possible que début novembre les Américains élisent un homme relativement neuf, avec une expérience essentiellement dans le secteur privé, à la place occupée par un orateur au passé d’agitateur social dont les réalisations ont été limitées.

Nous sommes déjà à moins de trois mois du scrutin, pour une entrée en fonction fin janvier 2013. Il est tout a fait possible que début novembre les Américains élisent un homme relativement neuf, avec une expérience essentiellement dans le secteur privé, à la place occupée par un orateur au passé d’agitateur social dont les réalisations ont été limitées.

Par Jean-Claude Gruffat, depuis New York, États-Unis.
Publié en collaboration avec l’Institut des libertés. 

Vous avez sûrement en mémoire l’Obamania qui déferla sur la France en 2008, et la victoire célébrée du premier Président Africain Américain comme on le définit ici. Également la déclaration de concession du perdant, le Sénateur John McCain, un modèle de vertu démocratique et d’élégance. On se souviendra aussi de certains discours du Président, sacré Prix Nobel de la paix, peu après son élection, tel celui prononcé au Caire. Mais quel est le bilan ?

Le bilan peu reluisant de la Présidence Obama

Obamacare qui devrait à terme couvrir les dépenses de santé d’une bonne partie des millions d’Américains préalablement non pris en charge, dépendant de leur employeur, ou du bon vouloir de l’assureur privé consentant, est un système compliqué, imparfait, contesté par beaucoup, comme onéreux et bureaucratique. Dont la mise en pratique prendra plusieurs années.

Guantanamo, qui devait être fermé dans la semaine suivant la prise de fonction en janvier 2009 est toujours ouvert, et les conjurés organisateurs du 11 septembre n’ont toujours pas été jugés, et termineront devant une juridiction militaire d’exception.

GM a émergé de la procédure du Chapter 11, mais Fannie et Freddie, largement responsables de la crise des subprimes, demeurent une source de pertes potentielles sous garantie implicite du Trésor américain.

L’armée américaine a pu quitter l’Irak, mais s’est embourbée en Afghanistan et le nombre de tués dépasse désormais largement le chiffre élevé atteint pour l’Irak. Osama Bin Laden a été retrouvé et exécuté sommairement, Al Qaida est affaiblie mais survit notamment en Afrique subsaharienne et dans la corne de l’Afrique, ainsi qu’au Pakistan et en Afghanistan où leurs alliés talibans regagnent du terrain et deviennent un interlocuteur incontournable pour négocier une sortie peu honorable, en 2014, des troupes engagées.

Sur le plan intérieur, une réforme financière a été votée, Dodd Frank, il y a 2 ans et n’est toujours que très partiellement mise en œuvre. La reprise est « molle », moins de 2% de croissance du PNB : elle ne crée que peu d’emplois surtout dans le secteur privé, et les politiques de stimuli ont été onéreuses et peu efficaces. Avec beaucoup de bruits médiatiques, à l’initiative personnelle de Barack Obama, une « task force » sur la compétitivité et l’emploi fut lancée en 2011, avec la participation d’industriels tels Jeff Immelt de GE ; elle n’aurait pas été réunie depuis plus de 6 mois. Le Président a aussi créé une commission bipartisane dite Simpson Bowles pour traiter le problème du déficit budgétaire, de la santé, Medicare et Medicaid, et de la Sécurité sociale, mais ses recommandations pour un mix de réductions des dépenses principalement et de revenus nouveaux accessoirement ont été ignorées. Ceci explique largement la perte du AAA américain il y a un an, au moins auprès de S&P.

L’indépendance énergétique de l’Amérique, grâce au gaz naturel, au charbon et aux renouvelables, devient une réalité mais l’administration a bloqué un projet de gazoduc qui devait approvisionner une partie des États-Unis à partir du Canada, sous la pression de lobbies défenseurs de l’environnement. Les carcans règlementaires ont prospéré dans de nombreux domaines, avec l’aval de l’administration. Avec un coût total de 1.800 milliards$ selon l’étude récemment publiée par le Competitive Enterprise Institute.

En bref, cette présidence a géré la crise au jour le jour mais n’a véritablement que très peu réformé et a laissé filer les déficits et l’endettement.

L’exacerbation de la bipolarisation politique

Plus profondément, on a encouragé au plus haut niveau une polarisation excessive de la vie politique, avec un partage du pays entre les Rouges républicains et les Bleus démocrates. Les républicains ne sont certes pas exempts de toute responsabilité dans cette détérioration de la vie publique qui conduit progressivement à un blocage des institutions (voir la saga périodique des votes requis pour élever le plafond de la dette fédérale).

De l’autre côté, les primaires républicaines ont vu, au travers de débats parfois surréalistes, l’émergence progressive de Mitt Romney, et l’élimination de candidats dont certains étaient irresponsables mais surtout inquiétants par les propos tenus, notamment sur des sujets de société. La campagne s’intensifie, Romney sera investi à Tampa, Floride, à la fin de ce mois, Barak Obama, incontesté dans son camp deviendra officiellement peu après candidat à un second mandat à Charlotte, Caroline du Nord. Ensuite, tout ira très vite, quelques débats, et l’élection début novembre. Nous sommes déjà à moins de trois mois du scrutin, pour une entrée en fonction fin janvier 2013.

Une élection indécise

Samedi 11 août, la campagne a pris une nouvelle dimension avec le choix de Paul Ryan comme candidat républicain à la vice présidence. Ceci devrait sécuriser l’électorat conservateur et/ou évangélique qui restait encore réservé sur les orientations réelles de Mitt Romney. Élu a la Chambre de l’État du Wisconsin, Paul Ryan, que j’ai rencontré à deux occasions au cours des derniers mois, est une étoile montante du Parti républicain, expert reconnu et respecté en matière de budget et de finances publiques, même par ses adversaires. Un libéral convaincu : il propose d’éliminer les niches fiscales et d’abaisser les taux d’imposition, et ses positions sont clairement en faveur d’un État fédéral ramené à ses missions classiques de sécurité intérieure et de défense. Il a en particulier proposé une réforme majeure et audacieuse du système dit Medicare qui assure une couverture généreuse des dépenses de santé pour les plus de 65 ans sans condition de revenus, une des causes principales de la dérive des comptes publics. Agé de 42 ans, de confession catholique, Paul Ryan peut contribuer à attirer sur le ticket républicain des suffrages catholiques indisposés par certaines des positions récentes du Président et de son VP, sur des sujets tels que le mariage homosexuel.

Il est ici ou là de bon ton de considérer que le Président sortant est déjà réélu, avec sans doute un Congrès républicain, à la Chambre, ce qui est déjà le cas, et peut-être au Sénat, ce qui serait nouveau même si la majorité qualifiée apparait hors d’atteinte. Je voudrais ici mettre en garde et exprimer quelques doutes sur ce scenario de consensus majoritaire des médias. Tout d’abord, compte tenu de la bipolarisation extrême, l’élection se jouera chez les électeurs dits indépendants en nombre de plus en plus restreints et qui avaient assuré la victoire dObama en 2008. Elle se jouera dans 20% des États, notamment en Ohio, Caroline du Nord, Floride, Wisconsin, Virginie. Et dans ces États, les deux candidats sont coude à coude. Ensuite cette campagne est financée, et les Républicains ont l’avantage sur les Démocrates, en dépit des visites répétées de levée de fonds à NY par le Président. Wall Street cette fois, à la différence de 2008, est derrière Romney : 104 million$ levés par Romney Victory en juillet seulement.

Obama et son équipe de campagne ont choisi une tactique offensive, engagée dès les primaires, pour présenter Romney comme un indécis, sous influence de l’extrême-droite conservatrice, avec une expérience politique peu convaincante de gouverneur du Massachussetts, et un passé de destructeur d’emplois et de délocalisation quand il était un des dirigeants de Bain Capital.

J’ai eu la semaine dernière le privilège d’être présenté à Mitt Romney, qui parle encore un peu de français, appris quand il fut pendant 2 ans missionnaire mormon en France. J’ai entendu un message équilibré et responsable d’amaigrissement de l’État fédéral, de réductions des déficits notamment par élimination des niches fiscales, et d’encouragement à l’entrepreneuriat et à l’innovation. Romney a parfaitement intégré ce qu’une remarquable étude réalisée et récemment distribuée par John Silva, économiste de Wells Fargo, a bien articulé et documenté : les créations d’emplois ne viendront que du secteur des PME, en aucune façon du secteur étatique ni des grandes entreprises. Plus l’indépendance énergétique.

Il est tout a fait possible que début novembre ce pays élise un homme relativement neuf, avec une expérience essentiellement dans le secteur privé, à la place occupée par un orateur sans doute visionnaire au passé d’agitateur social mais dont les réalisations ont été limitées. Il est symptomatique que, à moins de trois mois de l’élection, Obama n’ait pas encore articulé les raisons pour lesquelles il sollicite un second et dernier mandat.

Une campagne sur-financée peut créer un certain nombre de surprises eu égard aux excès de négativismes, et certains de mes amis Républicains craignent un dérapage anti-Obama de la part de certains super PAC’s ultra conservateurs, qui pourraient faire pencher les indécis en faveur du Président, affaire à suivre dont je vous reparlerai sûrement.

L’Amérique reste donc toujours le pays où tout est possible.

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