Pulp libéralisme : interview de Daniel Tourre

Pulp libéralisme

Dans Pulp Libéralisme, la tradition libérale pour les débutants, Daniel Tourre présente de façon humoristique les bases philosophiques du libéralisme classique. Interview de l’auteur.

Dans Pulp Libéralisme, la tradition libérale pour les débutants, Daniel Tourre présente de façon humoristique les bases philosophiques du libéralisme classique. Interview de l’auteur.

Contrepoints : Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire un tel livre ?

Daniel Tourre : C’est un projet qui me tient à cœur depuis longtemps. J’ai commencé depuis plusieurs années à enrichir un site (www.dantou.fr) dont sont tirés une partie des textes du livre mais j’avais envie de repartir de cette base pour écrire une sorte de manuel distrayant. Le livre que j’aurais aimé avoir il y a 20 ans lorsque j’ai commencé à m’intéresser au libéralisme.

À l’époque, j’avais des intuitions libérales, des agacements sur ce que j’observais dans mon pays, mais  j’ignorais tout du libéralisme lui-même, et je ne savais même pas par quel bout commencer. J’ai beaucoup tâtonné, je suis tombé sur des mauvaises synthèses écrites parfois par des adversaires du libéralisme et j’aurais aimé avoir un livre me permettant de balayer les grandes notions avant d’en approfondir certaines ailleurs dans d’autres livres.

Aujourd’hui avec Internet, le besoin est moins criant qu’à l’époque, mais je pense tout de même qu’entre les livres plus savants et les essais de qualité – que nous avons désormais – il manquait un ouvrage plus grand public qui puisse servir de porte d’entrée au libéralisme pour un curieux comme pour un libéral intuitif. Un livre qu’on puisse prêter à un ami, sans crainte de l’ennuyer, pour qu’il découvre les grandes lignes du libéralisme classique. J’ai voulu partir de 36 clichés régulièrement entendus dans la sphère publique pour capter l’attention d’un néophyte plus facilement.

J’espère aussi que le livre va assez dans le détail de chaque sujet pour permettre à un libéral plus aguerri de découvrir ou redécouvrir des notions ou des auteurs.

Le livre a un format assez atypique pour un livre politique.

Oui, il a un grand format (A4), avec beaucoup d’illustrations. L’objectif était qu’on ait envie de le feuilleter, même un peu fatigué ou même si l’on n’est pas passionné par la politique. Un livre qui puisse se lire par petit bout, qui fasse sourire et qu’on referme en ayant appris une chose ou deux. Il est donc divisé en sections puis en sous-sections souvent autonomes et sur chaque page, il y a un texte explicatif, une illustration humoristique et une courte citation.

Est-ce que ce livre couvre toutes les écoles du libéralisme ?

Non. Le livre fait très clairement la part belle d’une part au libéralisme classique basé sur le Droit naturel moderne et d’autre part à l’École Autrichienne. Il consacre d’ailleurs plusieurs chapitres au Droit naturel. C’est d’abord parce qu’il s’agit de la vision du libéralisme dont je me sens le plus proche. C’est de surcroit parce qu’à mon avis, c’est à la fois la vision la plus prometteuse pour défendre le libéralisme en France et la vision la moins connue dans le grand public.

Quant à l’École autrichienne et sa théorie des cycles, elle occupe aussi une partie importante de l’ouvrage. Il me parait important de diffuser le plus possible ses fondements et sa vision, en particulier en temps de crise. Beaucoup de gens sont actuellement convaincus que les crises sont une défaillance structurelle du capitalisme libéral. L’École Autrichienne montre de manière convaincante qu’il n’en est rien. Sans cet apport, la défense du capitalisme libéral hier comme aujourd’hui est beaucoup plus difficile.

Pourquoi « pulp » libéralisme ?

« Pulp », cela fait référence à toute une culture populaire américaine des années 1930, 1940, 1950.  Il s’agit de petits fascicules vendus pour 10 cents dans les épiceries ou les magasins ambulants.

C’étaient des textes mais aussi des comics, des BD, sur toutes les thématiques (roman, science fiction, horreur, policier, action, guerre, roman à l’eau de rose…) d’une trentaine de pages qui contenaient deux ou trois histoires avec quelques héros récurrents et un courrier de lecteurs pointilleux. Cette forme de publications existe d’ailleurs toujours. Une large partie de ces BD jusqu’aux années 1950 sont tombés dans le domaine public. Elles sont aujourd’hui scannées et rassemblées par des collectionneurs puis mises en ligne sur des sites aux USA.

J’aime bien cet univers kitsch fait de robots, de fusées jaunes ou vertes, de demoiselles en détresse et de monstres ridicules. Je cherchais un moyen décalé d’illustrer le livre tout en ayant une certaine homogénéité, un fil conducteur. J’ai donc passé des heures et des heures à survoler ces centaines de pages afin de trouver des scènes me permettant d’illustrer une idée… J’ai d’ailleurs beaucoup travaillé à la bibliothèque pendant cette période, et je sentais ces étudiants observant ce vieux qui passait des journées et des journées, à la même place, à lire à la vitesse de la lumière sur écran de portable des vieilles BD avant de s’arrêter sur une page, avec un air de chercheur d’or ayant trouvé un pépite. Ensuite, il s’agissait de réécrire les dialogues à la sauce libérale.

Pourquoi avoir créé votre propre maison d’édition pour sortir ce livre ?

Ça, ce n’était pas du tout prévu au départ. Des éditeurs étaient intéressés par le texte explicatif lui-même mais le format ne les intéressait pas pour des raisons économiques. A4 avec illustrations, cela coûte beaucoup plus cher à imprimer, stocker ou expédier qu’un livre normal. Et dans le domaine politique, cela ne se fait tout simplement pas. Bref, après pas mal d’hésitations, j’ai trouvé que je perdais une large partie de l’originalité du livre en acceptant les conditions des éditeurs – par ailleurs parfaitement compréhensibles. J’ai donc préféré lancer une maison d’édition pour avoir exactement le livre auquel je pensais. Puis je me suis pris au jeu de l’édition. Ça m’a permis de découvrir le milieu de l’édition/librairie en France comme de l’import/export puisque j’ai fait imprimé le livre en Turquie.

Le livre reste cher…

Oui hélas, mais il faut savoir qu’entre une impression noir et blanc sur un format habituel (grosso modo A5) et une impression couleur sur un format A4, le coût de fabrication va du simple au quintuple. La couleur est chère. Une BD couleur de 50 pages coûte d’ailleurs environ 10€. « Pulp Libéralisme » fait 234 pages en format A4. Il y a une version Noir et blanc pour 22 euros qui devrait être aussi largement disponible. J’aimerais aussi faire une version ipad/kindle, mais c’est un gros travail surtout avec la mise en page de ce livre et elle ne sortira pas avant plusieurs trimestres.

Êtes-vous optimiste sur la diffusion des idées libérales dans les prochaines années ?

Oui, très. D’une part parce que le modèle dominant en place est en train de s’effondrer doucement. Beaucoup de gens cherchent une autre vision et restent très curieux lorsqu’un discours sort des sentiers battus.

Dans le même temps Internet favorise de manière incroyable la diffusion des idées nouvelles ou oubliées.

Enfin en dehors de mon livre (très bien donc), beaucoup d’autres livres sortent ou vont sortir, dans des créneaux complémentaires, à commencer par le dictionnaire de Mathieu Laine de très bonne qualité ou dans un autre registre Libres, 100 auteurs pour la liberté. Avec un peu de chances, d’ici quelques années, sur les rayons des bibliothèques, les livres parlant du libéralisme ne seront plus (uniquement) des longues rangées de livres hostiles au libéralisme mais des livres écrit par des libéraux…

La diffusion des idées libérales est de toute manière un préalable indispensable à toute réduction significative de la place de l’État dans nos vies et dans la société. Notre grand défi dans les prochaines années sera de s’adresser au grand public, mais contrairement aux décennies précédentes nous avons vraiment une fenêtre qui s’ouvre.

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Daniel Tourre, Pulp Libéralisme, la tradition libérale pour les débutants, Éditions Tulys, 1er avril 2012, 236 pages, Broché couleur.

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