La Pologne et les juifs, à l’aube d’une réconciliation possible

L’image d’une Pologne collectivement antisémite est ancrée dans l’inconscient européen et dans les médias. L’ouverture imminente d’un musée de l’histoire des juifs en Pologne est le signe d’une réconciliation possible.

L’image d’une Pologne collectivement antisémite est ancrée dans l’inconscient européen et dans les médias. L’ouverture imminente d’un musée de l’histoire des juifs en Pologne est le signe d’une réconciliation possible.

Par Guy Sorman, depuis Varsovie, Pologne.

Musée de l’histoire des juifs de Pologne (Varsovie).

On sait combien les relations entre la diaspora juive et la Pologne sont mauvaises : l’image d’une Pologne collectivement antisémite est ancrée dans l’inconscient européen et dans les médias. Les Polonais sont souvent perçus comme plus coupables encore que les Allemands qui, eux, ont fait amende honorable et ont multiplié les actes de contrition et les monuments. Rien de tel en Pologne, en grande partie parce que les Polonais se perçoivent plutôt comme victimes du nazisme que comme complices de l’Holocauste des Juifs. Mais tout ceci change.

L’ouverture imminente d’un musée de l’histoire des juifs en Pologne (magnifique architecture par le Finlandais Rainer Mahlamäki), du Moyen âge à l’extermination, restitue aux juifs leur rôle dans la culture polonaise : l’initiative en revient à Marian Turski, survivant des camps et rare intellectuel polonais à n’avoir pas quitté le pays. Il est par ailleurs le fondateur de la revue de référence Polityka. Ce musée devrait ramener les juifs en Pologne, du moins comme touristes, sur les traces de leurs ancêtres.

Autre geste fort et significatif, l’ouverture cette semaine d’une exposition bouleversante des archives du ghetto de Varsovie, à l’Institut d’histoire juive dirigé par Pawel Spiewak. On peut y voir en particulier les documents  sur la vie dans le ghetto jusqu’à son soulèvement de 1943, assemblés par Emanuel Ringelblum : 18 janvier 1943, la première révolte organisée contre les Nazis en Europe. Après la guerre, grâce à un des rares survivants, il fut possible de retrouver ces archives dans des boîtes en métal et des bidons de lait enterrés sous les décombres.

Et aussi, dans les rues de Varsovie, les traces du mur qui enfermait le ghetto sont désormais ancrées au sol, bien visibles. Les Polonais n’ignorent plus que les juifs furent des leurs.

Il reste aux juifs à reconnaître qu’ils furent aussi polonais. Et la culpabilité ? Mon père qui traversa et survécut à la tragédie, considérait que l’Holocauste était l’œuvre du Diable et pas celle des hommes, que tous les hommes en furent victimes. Lui qui avait vu, savait : moi, je n’ai rien vu, né par chance un peu trop tard. Je ne saurais donc juger et condamner puisque lui ne jugea ni ne condamna, sauf le Diable assurément.

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