L’Etat, ses origines, son évolution et son avenir

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L’Etat, ses origines, son évolution et son avenir

Publié le 21 juin 2012
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A l’occasion de la sortie, sur notre bibliothèque électronique Librairal, de L’Etat, ses origines, son évolution et son avenir de Franz Oppenheimer, ouvrage fondamental initialement paru en 1913, nous vous invitons à lire la préface de cette édition électronique, annotée et augmentée. 

Par Fabrice Copeau.

Franz Oppenheimer, né le 30 mars 1864 à Berlin et mort le 30 septembre 1943 à Los Angeles, était un sociologue et économiste politique allemand. Il est pour l’essentiel connu pour le présent ouvrage Der Staat, paru en 1908, dans lequel il développe des théories majeures sur l’origine de l’État, et qui bénéficieront d’une longue postérité.

Oppenheimer étudie la médecine à Fribourg-en-Brisgau et à Berlin. Il pratique ensuite à Berlin entre 1886 et 1895. Il s’intéresse progressivement à l’économie politique et à la sociologie. Il devient à partir de 1895 rédacteur en chef de Die Welt am Morgen.

En 1909, il obtient un doctorat en économie à l’université de Kiel, avec une thèse sur David Ricardo, dont les idées exercèrent une grande influence sur lui. Entre 1909 et 1917, il est Privatdozent (professeur non rémunéré) à l’université de Berlin, puis occupe une chaire entre 1917 et 1919. Cette année, il part à l’université Goethe de Francfort sur le Main, occuper la première chaire de sociologie ouverte dans le pays. Il y dirigera en particulier la thèse de Ludwig Erhard, soutenue en 1925. Il eut aussi le célèbre ordo-libéral Wilhelm Röpke comme élève.

Juif, il part en 1934-1935 enseigner en Palestine. L’année suivante, il est fait membre honoraire de la société américaine de sociologie. En 1938, il émigre définitivement, au Japon puis aux Etats-Unis, s’y installant sur la côte Ouest. Il participe entre autres au lancement de l’American Journal of Economics and Sociology. Il enseigna également à l’université de Kobe.

« Moyen économique » et « moyen politique »

Pour Oppenheimer, il y a deux manières, exclusives l’une de l’autre, d’acquérir de la richesse ; la première est la production et l’échange volontaire avec les autres – la méthode du marché libre, qu’il appelle « la voie économique ». L’autre manière est plus simple parce qu’elle n’exige pas la productivité ; c’est la manière de l’accaparement des marchandises d’une autre personne, ou de ses services, par l’utilisation de la force et de la violence. C’est la méthode de confiscation unilatérale, du vol de la propriété des autres. C’est la méthode qu’Oppenheimer nomme « la voie politique » d’accroissement de la richesse. Comme l’écrit Murray Rothbard dans L’Anatomie de l’Etat, il devrait être clair que l’utilisation pacifique de la raison et de l’énergie dans la production est la voie « naturelle » pour l’homme : ce sont les conditions de sa survie et de sa prospérité sur cette terre. Il devrait être également clair que le moyen coercitif et exploiteur est le contraire de la loi naturelle ; il est parasitaire car, au lieu d’ajouter à la production, il en soustrait. « La voie politique » siphonne la production au profit d’un individu ou d’un groupe parasite et destructeur ; et ceci réduit non seulement le nombre des producteurs, mais abaisse également l’incitation du producteur à produire au-delà de sa propre subsistance. En fin de compte, le voleur détruit même sa propre subsistance en réduisant ou en éliminant la source de son propre approvisionnement[1].

Etat-ours et Etat-apiculteur

Oppenheimer retrace l’histoire universelle de la constitution de l’Etat, indépendamment des races, des époques, des ethnies, des religions, des croyances, des latitudes. Il observe un cheminement qui, plus ou moins lent, plus ou moins systématique, est le lot de toutes les civilisations et de toutes les époques. La première étape de l’Etat, c’est le vol, le rapt, le meurtre lors de combats frontaliers, échauffourées sans fin, que ni paix ni armistice ne peuvent faire cesser.

Peu à peu, le paysan, victime principale de ces hordes barbares, accepte son sort et cesse toute résistance. C’est alors que le berger sauvage, nomade et hostile, prend conscience qu’un paysan assassiné ne peut plus labourer, et qu’un arbre fruitier abattu ne peut plus rien porter. Dans son propre intérêt, donc, partout où c’est possible, il permet au paysan de vivre et épargne ses vergers. La tribu de nomades perd peu à peu toute intention de pratiquer le vol et l’appropriation violente.

Les pilleurs ne brûlent et ne tuent plus que dans la stricte mesure du « nécessaire », pour faire valoir un respect qu’ils estiment salutaire, ou pour briser une résistance isolée. Mais en général, le berger nomade ne s’approprie désormais que l’excédent du paysan. Il laisse au paysan sa maison, son équipement et ses provisions jusqu’à la prochaine récolte.

Dans une métaphore saisissante, Oppenheimer démontre que le berger nomade, qui était jadis comme l’ours, qui, pour voler la ruche, la détruit, devient progressivement, dans un second temps, comme l’apiculteur, qui laisse aux abeilles suffisamment de miel pour les mener jusqu’à l’hiver. Alors que le butin accaparé par la tribu de bergers nomades n’était qu’une pure et simple spoliation, où peu importait les conséquences, où les nomades détruisaient la source de la richesse future pour la jouissance de l’instant, désormais, a contrario, l’acquisition devient rentable, parce que toute l’économie est basée sur la retenue face à la jouissance de l’instant en raison des besoins de l’avenir. Le berger a appris à « capitaliser ». La société est passée de l’ « Etat-Ours » à l’ « Etat-apiculteur ».

La conception libérale de la lutte des classes

Par ailleurs, Oppenheimer montre que l’histoire de toutes les civilisations est celle du combat entre les classes spoliatrices et les classes productives. Il inscrit son analyse de la formation de l’Etat dans le cadre de cette théorie libérale de la lutte des classes.

Cette théorie fut d’abord l’œuvre de Charles Comte au XIXe siècle , l’auteur du journal Le Censeur Européen et l’un des maîtres de Bastiat[2]. Selon Comte, l’homme a le choix entre deux alternatives fondamentales : il peut piller la richesse produite par d’autres ou il peut travailler pour produire lui-même des richesses. On retrouve cette idée chez Bastiat aussi : « Il y a donc dans le monde deux espèces d’hommes, savoir : les fonctionnaires de toute sorte qui forment l’État, et les travailleurs de tout genre qui composent la société. Cela posé, sont-ce les fonctionnaires qui font vivre les travailleurs, ou les travailleurs qui font vivre les fonctionnaires ? En d’autres termes, l’État fait-il vivre la société, ou la société fait-elle vivre l’État ?[3]  ». Comme l’a fait justement remarquer Ralph Raico, la similarité entre cette analyse et celle d’Oppenheimer dans L’Etat est frappante. Sa genèse de l’Etat s’oppose frontalement à celle du gentil-Etat-protecteur, dans la tradition du contractualisme des Lumières, et inspirera Max Weber (« L’Etat, c’est le monopole de la violence physique légitime »).

De plus, L’Etat d’Oppenheimer est un excellent complément au livre de Bertrand de Jouvenel, Du pouvoir, Histoire naturelle de sa croissance (1945). Là où Oppenheimer écrit, en effet : « Qu’est-ce, alors, que l’Etat comme concept sociologique ? L’Etat, dans sa genèse (…) est une institution sociale, imposée par un groupe victorieux d’hommes sur un groupe défait, avec le but unique de régler la domination du groupe victorieux sur le groupe défait, et de se protéger contre la révolte intérieure et les attaques de l’étranger. Téléologiquement, cette domination n’a eu aucun autre but que l’exploitation économique du vaincu par les vainqueurs. », Bertrand de Jouvenel ajoute, comme en miroir : « l’Etat est essentiellement le résultat des succès réalisés par une bande des brigands, qui se superpose à de petites et distinctes sociétés[4]. ».

La postérité de L’Etat

Parmi les auteurs grandement inspirés par Franz Oppenheimer, on trouve indubitablement Murray Rothbard. Dans L’Ethique de la liberté, il considère qu’Oppenheimer définit « brillamment l’Etat comme « l’organisation des moyens politiques ». C’est que l’Etat est d’une essence criminelle. »

Plus encore, sa définition de l’Etat n’est qu’un prolongement des écrits d’Oppenheimer. « L’État, selon les mots d’Oppenheimer, est l’ « organisation de la voie politique » ; c’est la systématisation du processus prédateur sur un territoire donné. Le crime, au mieux, est sporadique et incertain ; le parasitisme est éphémère, et la ligne de conduite coercitive et parasitaire peut être contestée à tout moment par la résistance des victimes. L’État fournit un canal légal, ordonné et systématique, pour la prédation de la propriété privée ; il rend certain, sécurisé et relativement « paisible » la vie de la caste parasitaire de la société[5] ».

De plus, Oppenheimer pointe du doigt une idée reprise et confirmée par nombre d’auteurs : comme la production doit toujours précéder la prédation, le marché libre est antérieur à l’état. L’État n’a été jamais créé par un « contrat social » ; il est toujours né par la conquête et par l’exploitation. Une tribu de conquérants, qui pille et assassine les tribus conquises, et décide de faire une pause, car elle se rend compte que le temps de pillage sera plus long et plus sûr, et la situation plus plaisante, si les tribus conquises étaient autorisées à vivre et à produire, les conquérants se contentant d’exiger comme règle en retour un tribut régulier.

Carl Schmitt ajoute : « Alors que la conception de l’Etat propre au XIXe siècle allemand, systématisé par Hegel, avait abouti à la construction intellectuelle d’un Etat situé loin au-dessus du règne animal de la société égoïste, et où régnaient la moralité et la raison objectives, [chez Oppenheimer] la hiérarchie des valeurs se trouvent à présent inversée, et la société, sphère de la justice pacifique, se place infiniment plus haut que l’Etat, dégradé en zone d’immoralité et de violence[6] ».

D’autre part, la distinction sociologique entre ceux qui vivent du pillage (spoliation) et ceux qui vivent de la production marquera aussi profondément les premiers intellectuels américains de la Old Right au XXe siècle : Albert Jay Nock[7] et Frank Chodorov.

Enfin, il est indéniable qu’Oppenheimer exerça une influence majeure sur nombre de libéraux allemands et américains, comme Ludwig Erhard, père du miracle économique allemand, Benjamin Tucker, Kevin Carson ou Albert Jay Nock. Si ces personnalités ont des idées si éloignées, c’est non seulement à cause des thèses éclairantes de l’auteur, mais aussi parce que l’on peut tirer deux conclusions de celles-ci : soit que l’Etat est une organisation aux fondements injustes et dont on doit se débarrasser ou limiter le pouvoir du nuisance (perspective minarchiste ou libertarienne), soit que l’on doive lutter contre ces injustices, y compris par l’utilisation de l’État et la modification des attributs de ce dernier. C’est la voie choisie par Oppenheimer, pour qui les libéraux doivent accepter une phase de transition durant laquelle le pouvoir politique rétablirait une situation juste. En particulier, pour Oppenheimer, c’est la répartition de la propriété foncière qui est injuste, répartition dont est responsable le pouvoir politique. Il convient d’y remédier en luttant contre les excès du pouvoir politique, qui maintient une société de classes. Pour cela, l’Etat doit être transformé, de moyen de conservation des privilèges et des monopoles à l’adversaire de ces derniers. Ainsi sera possible la transition entre un régime capitaliste non libéral et une vraie économie de marché, dans laquelle l’intérêt général sera atteint par la liberté économique[8].

Mais surtout, de cette lutte ancestrale entre le moyen politique et le moyen économique, le vainqueur apparaît clairement aux yeux d’Oppenheimer. Et c’est bien cela le plus important de sa pensée. En effet, si la tendance de l’évolution de l’Etat se révèle comme la lutte constante et victorieuse du moyen économique contre le moyen politique, le droit du moyen économique, le droit d’égalité et de paix, héritage des conditions sociales préhistoriques, était à l’origine borné au cercle étroit de la horde familiale. Autour de cet îlot de paix l’océan du moyen politique et de son droit faisait rage.

Or, peu à peu, ce cercle s’est de plus en plus étendu : le droit de paix a chassé l’adversaire, il a progressé partout à la mesure du progrès économique, de l’échange équivalent entre les groupes. D’abord peut-être par l’échange du feu, puis par l’échange de femmes et enfin par l’échange de marchandises, le territoire du droit de paix s’étend de plus en plus. C’est ce droit qui protège les marchés, puis les routes y conduisant, enfin les marchands qui circulent sur ces routes. L’Etat, ensuite, a absorbé ces organisations pacifiques qu’il développe. Elles refoulent de plus en plus dans son territoire même le droit de la violence. Le droit du marchand devient le droit urbain. La ville industrielle, le moyen économique organisé, sape par son économie industrielle et monétaire les forces de l’Etat Féodal, du moyen politique organisé : et la population urbaine anéantit finalement, en guerre ouverte, les débris politiques de l’Etat Féodal, reconquérant pour la population entière avec la liberté le droit d’égalité. Le droit urbain devient droit public et enfin droit international.

De là découle la conclusion optimiste du présent ouvrage : « Nous sommes enfin mûrs pour une culture aussi supérieure à celle de l’époque de Périclès que la population, la puissance et la richesse de nos empires sont supérieures à celles du minuscule Etat de l’Attique.

Athènes a péri, elle devait périr, entraînée à l’abîme par l’économie esclavagiste, par le moyen politique. Tout chemin partant de là ne peut aboutir qu’à la mort des peuples. Notre chemin conduit à la vie ! »

Et nous pouvons dès lors faire nôtres les dernières phrases de L’Etat :

« L’examen historico-philosophique étudiant la tendance de l’évolution politique et l’examen économique étudiant la tendance de l’évolution économique aboutissent au même résultat : le moyen économique triomphe sur toute la ligne, le moyen politique disparaît de la vie sociale en même temps que sa plus ancienne, sa plus tenace création. Avec la grande propriété foncière, avec la rente foncière, périt le capitalisme.

C’est là la voie douloureuse et la rédemption de l’humanité, sa Passion et sa Résurrection à la vie éternelle : de la guerre à la paix, de la dissémination hostile des hordes à l’unification pacifique du genre humain, de la bestialité à l’humanité, de l’Etat de brigands à la Fédération libre. »

Notes

  1.  Murray N. Rothbard, L’Anatomie de l’Etat, in Egalitarianism as a Revolt Against Nature and Others Essays, Auburn, Mises Institute, 1974, pp. 55-88, trad. F. Ribet, brochure libéraux.org, disponible sur catallaxia.
  2. Voir notamment : Considérations sur l’état moral de la nation française, et sur les causes de l’instabilité de ses institutions, vol. 1, pp. 1-2, 9.
  3. Tome VII de l’édition Guillaumin des Œuvres complètes de Bastiat, texte 60.
  4. Du Pouvoir, p. 100-101.
  5. Murray N. Rothbard, L’Ethique de la liberté, trad. F. Guillaumat et P. Lemieux, Les Belles Lettres, 1991 ; nouvelle édition, préface de Jérémie Rostan, Les Belles Lettres, 2011.
  6. Carl Schmitt, La notion de politique, 1932.
  7. Albert Jay Nock a écrit vivement que « l’Etat clame et exerce le monopole du crime (…) Il interdit le meurtre privé, mais lui-même organise le meurtre à une échelle colossale. Il punit le vol privé, mais lui-même fait main basse sans scrupule sur tout ce qu’il veut, qu’il s’agisse de la propriété d’un citoyen ou d’un étranger. », Nock, On Doing the Right Thing, and Other Essays (New York, Harper and Bros., 1929), p. 143 ; cité in Jack Schwartzman, « Albert Jay Nock—A Superfluous Man, » Faith and Freedom (December, 1953) : 11.
  8.  Franz Oppenheimer, « Praktische Ökonomik und Volkwirtschafspolitik », Annalen der Naturphilosophie, 12, 1913, p.22, cité par N. Goldschmidt, p. 966.

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  • Je n’ai jamais compris cette fascination pour l’oeuvre d’Oppenheimer qui me fait bondir à chaque fois que j’entends sa « démonstration ». Affirmer que l’Etat naît toujours de la conquête, est toujours le fruit de l’imposition du pouvoir d’envahisseurs à des autochtones est une vision absurdement partiale de l’Histoire. Pour affirmer cela il faut masquer toute l’autre moitié de l’Histoire de l’Etat, qui n’est marquée que par des exemples contraires : des états constitués par des peuples libres pour justement garantir leur liberté face à l’étranger. C’est le cas (qui se voit quand même comme le nez au milieu de la figure) des Etats-Unis, par exemple.
    Les conséquences de cette démonstration partiale sont énormes puisque les anarcho-capitalistes se fondent dessus pour dénoncer l’illégitimité absolue de l’Etat, qui ne serait que le fruit immoral de la violence, alors que c’est une institution de droit naturel dont l’objet est précisément de garantir le respect du droit naturel.
    Les cas évoqués par Oppenheimer ne sont que des cas particuliers d’appropriation indue de l’Etat par des groupes, de détournement. On ne peut pas les utiliser pour dénoncer une illégitimité absolue de l’Etat.

    • Merci pour ces pertinentes observations !

      Tout d’abord Oppenheimer ne nie pas du tout qu’il puisse exister un type d’Etat destiné à protéger la liberté des individus, il ne nomme « Etat constitutionnel » ; il observe toutefois que même ce dernier est le fruit de l’opposition entre le moyen politique et le moyen économique, et marque la victoire quasi définitive du moyen économique. Il explique bien en quoi le Nouveau Monde a institué un Etat de ce type dès son avènement, sans passer par les étapes intermédiaires (et en particulier la féodalité primitive puis développée).

      Ensuite, Oppenheimer ne s’appuie sur aucune perspective jusnaturaliste. Pour lui, une « institution de droit naturel » ne veut absolument rien dire. C’est d’ailleurs cela que je trouve le plus intéressant chez lui : il montre en quoi on peut construire une théorie de l’Etat, de la liberté (et de l’exploitation) libérales, qui ne s’appuie ni sur l’école de Salamanque, ni sur les anarcho-capitalistes.

      Enfin, si l’on s’en tient aux définitions d’Oppenheimer, je doute qu’on puisse réellement soutenir que le moyen politique d’acquisition des biens de jouissance puisse être érigé sans coercition.

      • « Oppenheimer ne s’appuie sur aucune perspective jusnaturaliste. »

        Ah ben ça doit venir de là, alors.
        C’est sans doute intéressant intellectuellement de voir que l’on peut construire une théorie de l’Etat et de la liberté sans s’appuyer sur le droit naturel.
        L’ennui c’est qu’on peut toujours construire des théories sur tout sans s’appuyer sur les faits, mais pratiquement ça a des limites assez évidentes.

        Note : dans les commentaires d’un autre article, également consacré à Oppenheimer, j’avais noté que l’autre grand Etat apparu dès l’origine pour garantir les libertés des individus, avant les USA, c’est Rome.

        • « L’ennui c’est qu’on peut toujours construire des théories sur tout sans s’appuyer sur les faits, mais pratiquement ça a des limites assez évidentes. » : je ne suis pas sûr de comprendre, car c’est précisément ce qu’on peut reprocher aux théories du droit naturel.

          • Heu… non.
            Ce qui caractérise le droit naturel c’est qu’il est fondé sur l’observation (laquelle est la base de toute science) de la nature humain, et l’application de la raison aux observations faites afin d’en dégager des certitudes rationnelles.
            On ne peut prétendre se fonder sur les faits que quand on les prend tous en compte sans en exclure arbitrairement. Or c’est précisément ce que fait Oppenheimer en prétendant que l’Etat est le produit de la violence, alors qu’il n’en est qu’une conséquence, ce qui est une nuance aux conséquences énormes, car dans le deuxième cas il est légitime, dans le premier non.

    • Les états unis sont la preuve vivante que, même lorsque les prémisses de création d’un état sont la libre expression de des tous les membres d’une société, l’état se transforme immanquablement en une structure de prédation envers cette même société voir d’autres sociétés étrangère. l’état est, par nature, condamné à augmenter ses pouvoirs et saigner toujours plus son hôte qu’il soit volontaire ou non.

  • L’impression PDF déconne, il y a un lien pour télécharger le livre ? (kindle inside)

  • L’objectif libéral est de faire passer l’état du profil X « état-spoliateur » qui privilégie certaines communautés au détriment d’autres, au profil Y « état-acteur » qui répond à des besoins (de protection des personnes, des biens, des créances) et donc vend ses prestations (droits) de manière objective et impartiale, c’est-à-dire sans chercher à privilégier un groupe ou une caste en particulier ; donc en respectant ces 2 conditions cumulatives : aucune atteinte à la liberté contractuelle et l’obtention d’une proximité entre l’origine de ses recettes et la destination de ses ressources.

  • Toute cette analyse me semble pécher par un manque de perspective: Elle est fondée sur le préalable essentiel de la distinction entre Dieu et César alors que, s’il était solidement établi en Occident à l’époque, il ne l’est plus.

    En effet, il faut comprendre que cette distinction est équivalente à placer conceptuellement le champ politique dans l’ordre du temporel et non de l’absolu (que le christianisme circonscrit à sa morale). Sans ce préalable, il ne sert à rien de réfléchir en dehors du cadre plus ou moins étroit et arbitraire permis par la religion en place.
    L’absence de religion, si elle était possible, ne résoudrait pas ce problème: Les athées ne sont pas nécessairement fermés à la notion d’absolu, bien au contraire, et aussi paradoxal que cela puisse sembler. Les athées de gauche (pléonasme?) en sont même très friands, et commettent de grands dégâts en le définissant de manière désordonnée avant de l’imposer par tous les moyens.
    Il vaut donc bien mieux en avoir une vision très circonscrite, celle qui permettait à Bastiat de vouloir, comme législateur, servir l’homme tel que Dieu l’a fait et non le changer en ce qu’on voudrait qu’Il l’eût fait.

    La déchristianisation rend donc vaines toutes ces considérations dont elle ébranle les bases. C’est vers les pays arabo-musulmans qu’il faut maintenant nous tourner pour alimenter nos réflexions au sujet de l’État et de son avenir, puisque le fait dominant de notre époque est non seulement la déchristianisation mais aussi et surtout l’islamisation. Le moins qu’on puisse dire de l’islam est qu’il n’est pas dénué de principes relatifs à l’ordre public – et que ce ne sont pas ceux auxquels nos réflexions passées conduites dans un cadre chrétien avaient abouti.
    Il est intéressant, par exemple, de réfléchir au compromis entre les notions d’État occidental et celle, inhérente à l’islam, de fatwa applicable par tout « bon musulman ».

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