Qui était Friedrich Hayek ?

Loin des raccourcis qui sont souvent faits par ses détracteurs, la pensée de Hayek, philosophe et économiste, est d’une très grande richesse, que cet article tente de présenter à grands traits.

Loin des raccourcis qui sont souvent faits par ses détracteurs, la pensée de Hayek, philosophe et économiste, est d’une très grande richesse, que cet article tente de présenter à grands traits.

Article publié en collaboration avec l’Aleps.
Hayek, le philosophe

Avec Keynes, qu’il a combattu sa vie durant, Hayek est considéré à juste titre comme le plus grand économiste du 20ème siècle. Il figure dans notre galerie des portraits des grands économistes. Pourtant, le champ intellectuel exploré par Hayek est bien plus large que l’économie : il est à la fois historien, politologue, juriste et, coiffant l’ensemble, philosophe. Et si le fil conducteur de son œuvre est la liberté, ce serait réduire l’apport de Hayek que d’en faire – comme Friedman par exemple – un simple partisan du libéralisme économique. Son libéralisme est étayé par une conception de la science, des règles sociales, de l’être humain qui englobe et soutient son credo libéral et le rend très convaincant.

Science et connaissance

Hayek, comme Popper, dénonce le scientisme, qui naît de la transposition des méthodes des sciences de la nature aux sciences de l’homme. Celles-ci ne se prêtent pas à l’expérimentation, parce que l’être humain n’a jamais de comportements répétitifs, sa connaissance s’élargissant au fur et à mesure qu’il agit (on est bien dans l’univers de Husserl).

Hayek forge une solide théorie de la perception : les sensations éprouvées par le corps s’inscrivent dans une carte de notre cerveau, qui elle-même s’intègre dans des modèles, qui forgent notre âme. De la sorte, les mêmes événements prennent un sens différent pour différents individus et dans différentes circonstances. Il y a ainsi une incertitude radicale concernant les réactions individuelles.

Personne ne peut donc se mettre à la place de quelque autre, puisque la connaissance est fruit de la conscience individuelle. Ainsi l’usage de la connaissance dans une société de libertés repose sur l’échange, sur la complémentarité des expériences et des savoirs. La « division du travail », évoquée par Smith devient, plus profondément et plus précisément, la division de la connaissance dans une société ouverte.

Ordre spontané et darwinisme social

Une société ouverte s’organise suivant un ordre généralisé. Cette organisation est spontanée : personne ne la conçoit ni ne l’impose, elle est le produit de l’expérience de vie en commun, des relations nouées par des milliers d’êtres humains appartenant à des communautés qui s’élargissent progressivement. Cet ordre spontané naît de l’expérience sociale. Il se forge en permanence par sélection des règles qui permettent à la communauté de vivre en harmonie, donc de se survivre. On parle à ce propos de « darwinisme social », bien que chez Hayek cet évolutionnisme soit davantage celui de Lamarck (transformisme) que celui de Darwin (sélection). En tous cas, cet ordre spontané est aux antipodes de l’ordre créé, conçu par quelque penseur, ou imposé par quelque pouvoir central. Ces ingénieurs sociaux ont la présomption de construire la société parfaite. Le constructivisme est fatal, il mène au totalitarisme, qu’Hayek a combattu sous la forme communiste et nazie. Cependant, l’évolutionnisme hayekien fondé sur l’adaptation permanente n’explique pas le mouvement interne de la transformation, de sorte qu’il n’a aucune orientation – au contraire de l’ordre naturel dynamique thomiste, résultat de la recherche permanente de l’infini divin.

La constitution de la liberté

Quelles sont les règles sociales qui permettent à l’homme de vivre en liberté ? Hayek place au premier rang l’état de droit (mieux : le règne du droit, the rule of law) qui garantit les droits individuels à travers des lois générales. Les institutions sont faites pour réduire l’incertitude sur ce que vont faire les autres : quand la règle est bonne il est plus fréquent que tout le monde la respecte. Hélas, Hayek déplore le déclin du droit. Le développement de l’État Providence a multiplié les textes d’exception, les privilèges ; cette législation n’a rien à voir avec le droit. Il faudrait un pouvoir exécutif sans prise sur le législateur, sous la garde d’une constitution elle-même protégée par une Cour totalement indépendante du pouvoir politique. Cette « démarchie », commandement du peuple, serait plus sérieuse et plus sécurisante pour les citoyens que la démocratie, qui tourne à la démagogie. Hayek est d’une grande lucidité !


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