Bertrand de Jouvenel, De la souveraineté

Paru en 1955, De la souveraineté de Bertrand de Jouvenel prolonge et affine l’argument développé dans le Pouvoir.

Paru en 1955, De la souveraineté de Bertrand de Jouvenel prolonge et affine l’argument développé dans le Pouvoir.

Un article de l’Institut Coppet.

Bertrand de Jouvenel (1903-1987) était un personnage complexe qui connut une évolution intellectuelle remarquable. Son parcours témoigne des interrogations d’une époque.

Son père, Henry de Jouvenel, dirige le quotidien parisien Le Matin et le fils montre un goût précoce pour le journalisme et les questions politiques. Mais le jeune Jouvenel accorde une interview à Hitler début 1936 et rejoint le P.P.F. de Doriot avant de quitter définitivement cette mouvance en 1938.

Cet épisode lui sera vivement reproché, notamment par l’historien Zeev Sternhell, dans son Ni droite, ni gauche : L’Idéologie fasciste en France paru en 1983. Pourtant, après son éloignement du P.P.F., Jouvenel devient durablement un défenseur de la liberté et un adversaire du pouvoir sous toutes ses formes. Son ami Raymond Aron viendra d’ailleurs à son secours pour le réhabiliter. La défense de Jouvenel fut la dernière déclaration publique de Raymond Aron qui meurt d’une crise cardiaque dans les instants qui suivent.

Recruté par les services de renseignements au début de la guerre, Jouvenel espionne ensuite son ancien ami Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne à Paris. À la Libération, il fonde avec Jacques Rueff et Friedrich von Hayek la Société du Mont Pèlerin et publie son livre le plus célèbre, Du pouvoir. La dénonciation du pouvoir, de sa croissance indéfinie et de ses abus est un thème majeur de l’œuvre de Jouvenel, soucieux de dénoncer avec Hayek la “route de la servitude”. Impôts, police, bureaucratie : la guerre et la gestion en temps de paix se ressemblent. La richesse, la puissance militaire et politique, se concentrent dans une partie de la société qui prend une forme pyramidale.

À cette domination par le pouvoir, Jouvenel oppose l’autorité, la “mise en mouvement de l’homme par l’homme” qui est la base de l’action collective. Celle-ci est souhaitable, car elle suppose l’assentiment volontaire, et donc la liberté.

Paru en 1955, De la souveraineté prolonge et affine l’argument développé dans le Pouvoir :

Cet ouvrage est la suite directe du Pouvoir […] Les présentes méditations, renouvelées pendant neuf années, ont été progressivement reportées vers le cœur du problème politique. Chacun de nous, alors même qu’il n’y pense point, a une activité politique, exerce une autorité, et doit prendre conscience de ce rôle, des obligations qu’il comporte, s’appliquer à le mieux jouer. La politique comme activité bien plus quotidienne, plus répandue et plus nécessaire qu’on ne pense, l’autorité comme présente à quelque degré en tout homme, le bien que l’on doit poursuivre comme résultat de cette activité et cette force partout manifestées, forment les thèmes inséparables de l’enquête ici entreprise.

Moins connu que le premier, De la souveraineté est un livre de la maturité qui gagne à être relu.

Télécharger le livre complet, mis en ligne par l’Institut Coppet