Les petites théories de Bernard Stiegler

Ah qu’il est drôle de voir ces grands penseurs dénoncer avec un courage impressionnant les méfaits de l’affreux et odieux turbo-néo-ultra-méga-maxi-libéralisme. Mais quand on voit les subventions qu’ils touchent, on comprend mieux.

Ah qu’il est drôle de voir ces grands penseurs dénoncer avec un courage impressionnant les méfaits de l’affreux et odieux turbo-néo-ultra-méga-maxi-libéralisme. Mais quand on voit les subventions qu’ils touchent, on comprend mieux.

Par l’auteur du site Libéralisme expliqué.

Un certain Bernard Stiegler, présenté comme « philosophe » et Président de l’« Association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit » (oui ça existe vraiment) a pondu un article publié sur le NouvelObs.com et intitulé « Faut-il sortir du libéralisme ? ».

L’article se paie le luxe d’aligner de façon chaotique une série d’affirmations non documentées et non chiffrées dans une insupportable novlangue pseudo-intellectuelle où il s’empresse de déverser toute sa haine et son mépris pour les autres êtres humains dont il fustige « l’irresponsabilité, la dépendance et l’addiction » ainsi que la « toxicité mentale », rien que ça. Il accuse l’humanité entière d’être en situation d’ « incapacitation généralisée », trop stupide pour faire face à un complot  mondial tantôt de « la dogmatique néolibérale et libertarienne », tantôt de l’ « idéologie néoconservatrice », au choix. Voire carrément du « néoconservatisme « néolibéral », ou « ultralibéral » ».

Il est très important de paraitre intellectuel pour faire vibrer une petite horde de « penseurs » d’extrême gauche. On doit donc expliquer le monde par une série d’implications complètement tirées par les cheveux, en plus ça fait peur de voir une chose en impliquer une autre qui en implique une autre, qui en implique une autre, etc… Jugez plutôt :

« En l’occurrence, il s’agit dans notre cas de la catastrophe économique qui résulte précisément des réactions en chaînes induites par une situation d’insolvabilité généraliséeengendrée par le développement aveugle et illimité du consumérisme généralisé prescrit par la dogmatique néoconservatrice. »

La dialectique de Stiegler fait croire que le monde serait dominé par un tel complot qui nous imposerait par la force toute une série de choses. Ce monstre « prescrit », « impose », « détruit », « liquide », « soumet » à une logique, … sans qu’on sache vraiment de quelle façon il élimine d’autres choix, avec quelle armée. Stiegler veut faire croire que le libéralisme s’est imposé sans que nous n’ayons le choix, alors que personne n’est obligé de déposer son argent à la banque, personne n’est obligé de regarder des publicités, personne n’est obligé d’acheter des biens de consommation. Il se trouve que de nos jours, les gens supportent de moins en moins la famine et qu’ils ont trouvé un moyen facile, mais ô combien « consumériste » et « décapacitant », de se nourrir qui est d’aller dans un supermarché.

D’ailleurs Stiegler lui-même n’a jamais été empêché de dénoncer ce « dogme consumériste » comme il le souhaite et de penser différemment, c’est bien la preuve que rien ne nous est imposé. À moins que Stiegler soit effectivement supérieur au reste de l’humanité qui ne comprend rien et qu’il méprise tellement ! C’est seulement cette supériorité qui lui a permis d’échapper à l’addiction à laquelle le commun des mortels ne peut se soustraire. En dehors du fait qu’il publie dans un journal appartenant au groupe Lagardère, alors qu’il aurait pu le faire sur du papier recyclé qu’il aurait produit et diffusé lui-même, sans passer par un grand groupe financier néoconservateur consumériste toxique.

Dans le monde de Stiegler, «  la destruction de toutes les formes de puissances publiques a été engagée »,  selon lui, « la société consumériste, extrémisée par le néoconservatisme « néolibéral », ou « ultralibéral », a liquidé les puissances publiques ». Il va sans dire que notre champion se garde bien de nous présenter les courbes montrant une baisse généralisée des dépenses publiques dans les États de son pauvre petit monde tout triste. La réalité est que selon l’OCDE, les dépenses publiques totales de ses pays membres (qui sont les pays les plus soumis au consumérisme néoconservateur libertarien décapacitant et addictif) sont passées de 38,8% du PIB en 2000 à 43,3% en 2012.

Stiegler se plaint que « les institutions d’éducation étaient soumises à la même logique et se trouvaient dès lors dans l’impossibilité d’assumer leur mission première » sans dire que dans ces mêmes pays de l’OCDE, les dépenses publiques d’éducation ont augmenté partout (dans tous les pays sans exception) entre 1995 et 2007. En posant une base 100 en 2000, les dépenses publiques d’éducation dans l’OCDE étaient à 86 en 1995 et sont passées à 122 en 2007. Pourtant Stiegler nous explique que « les pouvoirs publics […] n’ont plus le droit d’accepter cette situation : leur lâche renoncement les discrédite ici plus gravement que jamais. »

Enfin, il y a « la généréalisation (sic) de l’incurie et de l’irresponsabilité dont chacun perçoit plus ou moins le caractère éminemment dangereux – et en particulier, les parents et les grands-parents ». Stiegler met à sa sauce le sentiment qui depuis la nuit des temps fait dire aux anciens que les plus jeunes n’ont plus de « savoir vivre » (le fameux « age d’or » où tout était si bien). Ah ! Les jeunes d’aujourd’hui, y a plus de saisons ma bonne dame. De notre temps, avec nos deux guerres mondiales, on avait plus de « savoir vivre ».

Heureusement, il y a une solution à tous ces drames :

« À cela, il y a évidemment une alternative, que je tente de théoriser et de contrétiser (sic) avec l’association Ars Industrialis. Ce que nous appelons l’économie de la contribution est une économie de la recapacitation et de la déprolétarisation généralisées – telles que les technologies numériques les rendent possible dans tous les domaines »

Bon, les technologies numériques, que ce soient les ordinateurs, les tablettes numériques, le web, les logiciels, ou que sais-je, ont été développées uniquement par des entreprises privées appartenant au complot consumériste décapacitant. En faire la base de son beau petit système qu’il souhaite imposer par la contrainte de l’État, c’est quand même légèrement gonflé ! Quoi ? Internet et la libéralisation de la connaissance qu’il apporte serait un élément d’émancipation des individus ? Problème…

Pour finir, notons que sa fabuleuse « Association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit » est sous perfusions de subventions publiques : en surfant sur le web, on trouve la trace au moins de 10 000 € en 2009 de la Région Ile-de-France10 000  € en 2010 de la Région Ile-de-France et aussi 25 000€ en 2011 de la part de la Région Centre pour la création d’une « école de philosophie » à Épineuil-le-Fleuriel qui semble faire 8 cours de 3h par an et un séminaire à l’attention de 12 étudiants étrangers… On parle bien de 25 000  € ! Tout de suite, les appels à l’augmentation de la dépense publique de Mr Stiegler prennent un sens plus concret…

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